KikouBlog de Le Lutin d'Ecouves - Lutin et billevesées
Le Lutin d'Ecouves

Aucune participation prévue dans les 8 semaines à venir.

Sa fiche

Dans la catégorie Lutin et billevesées

ENCORE EN VILLE AVEC TONTON GILLES

Par Le Lutin d'Ecouves - 21-03-2021 19:46:36 - 4 commentaires

S'il est une silhouette bien connue dans la ville d'Alençon, c'est bien l'homme au chapeau, infatigable et quotidien photographe de notre bonne cité normande et nonobstant à taille humaine. De mes nombreuses promenades et pérégrinations photographiques en sa compagnie, j'ai appris à avoir un regard neuf sur les choses et les personnes. Bien sûr, en tant qu'instructeur bénévole au sein du Club Photo d'Alençon, il m'a apporté les bases nécessaires de son art, techniques que j’applique à mon style et surtout à mes appareils qui ont la particularité d'être de petite taille (hybride ou compact). 

Comme je lui sers régulièrement de modèle pour ses photos de rue (Voir son Flickr), il me rend souvent la pareille (photo 😉). Si j'ai en général un style à moi quand je photographie la nature (Voir mon Flickr), en la présence de Tonton Gilles, j'ai tendance à imiter son style très urbain tout en conservant mes petites manies comme le contre-jour. Je vous propose ainsi une sélection de quatorze portraits pris entre 2017 et 2021 de mon peintre de lumière préféré, portraits d'un homme mais aussi de notre chère cité alençonnaise.

Halle au Blé 2017  
 
Gérer ou animer une exposition photo avec le brouhaha et les sollicitations continuelles, Tonton Gilles préfère s'isoler un moment pour récupérer. Le bâtiment circulaire au toit verre et acier réalisé par un élève d'Eiffel possède une coursive qui en fait le tour. Calme, dépouillement et monochrome...

Rue aux Sieurs 2017

 Le monochrome est ici justifié par une météo grise dure aux couleurs. Il pleut et les passants sont rares dans cette rue commerçante. Un photographe qui photographie un photographe, ça a un petit air de certaines boîtes à camembert. Je ne me retourne pas mais j'ai l'impression que quelqu'un me prend en photo.

Champ Perrier 2018

Quand je suis avec Tonton Gilles, j'ai tendance à privilégier le monochrome, ce qui ne m'empêche pas de céder à ma manie du contre-jour. Pour obtenir des rayons comme ceux-ci, il me faut ouvrir à f/22. Cette boule de Noël par cette belle journée d'octobre ne laisse pas d'intriguer. 

Arboretum 2018  

Cette photo est peut-être ma préférée et d'ailleurs, une version légèrement plus sombre se trouve dans ma rétrospective 2018. Avec cette lumière, il est impossible de faire ce genre de photo à main levée a fortiori avec un petit compact Sony. Il s'agit de ma première expérience avec un trépied. Comme je ne voulais pas trop dépenser, j'avais acheté un minuscule trépied chez Lidl ; celui-ci était très instable et j'ai eu beaucoup de mal à faire les réglages dans cette lumière de décembre. Après avoir mis le retardateur, j'ai fait un cliché à 1/3 de seconde et la magie a opéré. Pour moi qui suis un lecteur de Simenon, ce portrait de dos me fera toujours penser aux descriptions de la silhouette de Maigret méditant dans la brume au bord d'un canal, même si en l'occurrence il s'agit de la rivière Sarthe.

Rue de Fresnay 2018

L'exercice du jour consiste à effectuer des clichés en pose longue pour saisir les traînées lumineuses des véhicules. Le trépied est obligatoire pour cette pose de 5 secondes. Mes photos de traînées ne sont pas satisfaisantes seule celle-ci, habitée par l'homme au chapeau à l'heure bleue possède assez de poésie pour être conservée.

Cour carrée de la Dentelle 2019

Ici, la pose est aussi de 5 secondes mais Tonton Gilles enveloppé dans une cape n'en passe que trois devant l'objectif puis se cache, ce qui génère cet effet de transparence spectrale.

Champ Perrier 2019

La même boule de Noël qu'en 2018 mais un 22 décembre... Ombre et lumière, heure bleue et grande profondeur de champ pour 6 secondes de pose effaçant les promeneurs. L'immobilité est donc requise pour mon modèle.

Parc Simone Veil 2020

Fin 2019 ouvre un nouveau parc dans l'enceinte de l'ancienne prison sise dans ce qui restait de la forteresse du Moyen-Age. Une réussite de pierre et de métal, nous y retournerons souvent pour y effectuer maints clichés. Dans celui-ci datant de juin 2020, le noir et blanc partiel accentue le côté minéral du lieu.
 
Parc Simone Veil 2020

Deux mois plus tard, j'effectue au même endroit ce qui pourrait bien être le portrait officiel de la prochaine expo de celui qui se nomme lui-même le "foutographe". Le travail sur le reflet est d'ailleurs typique de son style, je n'ai fait que copier.
 
Parc Simone Veil 2020
 
Il fait parfois très beau fin octobre. Le soleil se couche face à la coursive en acier Corten menant au jardin expérimental. je ne peux résister à ce contre-jour, Tonton Gilles y met de la vie à ma demande.
 
Rue de la Juiverie 2020
 
Ça faisait longtemps que j'avais repéré cet arbuste au pied d'un immeuble mais je n'avais jamais trouvé le bon cadrage et je n'avais jamais trouvé le bon moment. En fait, il ne fallait pas chercher à en faire le sujet de ma photo. Il fallait oser, j'ai donc mis 2/3 de l'arbuste, 2/3 du banc et 3/3 de la fenêtre. A tout cela j'ai ajouté 1/1 de Tonton Gilles pour habiller mon propos qui eût été trop sec s'il était demeuré mathématique.
 
Halle au Blé 2020
 
Du pur Tonton Gilles honteusement plagié par le Lutin... Il s'agissait de faire une photo qui servira plus tard d'affiche à l'exposition des clubs photo de la communauté urbaine. Je servis donc de modèle et Tonton Gilles en fit une version pour le moins renversante... Il me servit ensuite de modèle. La lumière était magnifique en ce jour de Noël dans Alençon désertée par ses habitants encore occupés à digérer la dinde ou le chapon.
 
Pont Neuf 2021
 
Le contre-jour n'a pas besoin d'être éclatant. En ce jour de février, le ciel offre cinquante nuances de gris mais aussi sublime le noir. Tonton Gilles m'offre sa silhouette sur cette photo à la perspective écrasée par le zoom.

Parc Simone Veil 2021

Un dernier contre-jour face aux monumentales portes en acier Corten du parc Simone Veil. Le compact utilisé n'ouvre qu'à f/8 mais j'ai quand même de beaux rayons. Comme pourrait dire ce calembourgeois décalé de Gilles : cette photo, il fallait la flare !

 
Merci à Tonton Gilles pour m'avoir servi de modèle, merci à Alençon pour sa douceur et sa modeste splendeur.


 


 

Voir les 4 commentaires

DOUZE PHOTOS QUI NE S'OPPOSENT COVID

Par Le Lutin d'Ecouves - 15-12-2020 12:30:23 - 9 commentaires

 Rétrospective 2020


Drôle d'année. Qui aurait pu prévoir les événements d'une si singulière année, qui aurait pu soupçonner qu'un jour il faudrait signer un papier pour sortir de chez soi, porter un masque dans la rue, renoncer peut-être pour très longtemps à la main tendue et à la bise ? En tant que photographe (très) amateur, il m'a fallu parfois faire preuve d'imagination pour effectuer des clichés lors de ce si beau printemps sans forêt d'Ecouves ou ce triste novembre sans flamboiement des hêtres et des chênes. Pas de photos de ma forêt cette fois-ci mais quand même des images de mes pérégrinations avec mon épouse mais aussi en compagnie mon très cher Tonton Gilles qui, s'il est loin d'être mon oncle, m'est toujours aussi précieux en tant que conseiller technique et artistique. 

Pour aller plus loin :

Le Flickr de Tonton Gilles
Le Flickr du Lutin d'Ecouves

 

Janvier

 

Le miroir de Ste Anne


Au pied de la forêt de Multonne à vingt km de chez moi, je balise le terrain en vue du cross de Champfrémont qui aura lieu l'après-midi. Les étangs en espalier de Ste Anne offrent comme à l'accoutumée une lumière singulière et le plus vaste d'entre eux présente un miroir semblable au reflet d'un autre monde. Il fait très gris et le passage en monochrome ne fait disparaître que quelques petites traces de bleu.

Compact Sony DSC-RX100M3


Février

 

Flying saucer in Brittany


A la veille de participer à mon seul et unique trail de l'année, je séjourne à Trégastel avec mon épouse. Il fait très froid et il me faut des gants pour manipuler mon trépied sur lequel j'ai vissé mon tout petit Sony. Le site est spectaculaire avec ses blocs cyclopéens en granite rose hauts comme des maisons de deux ou trois étages mais je préfère lors des vingt et quelques minutes que dure l'heure bleue photographier cette singulière coupole de piscine située en bord de plage. Comme j'ai réglé mon ouverture à F11, il me faut un temps d'exposition de 2 secondes. La photo est un peu froide mais bien représentative de l'ambiance.

Compact Sony DSC-RX100M3


Mars

 

L'adieu aux arbres

 

Le couperet vient de tomber, nous n'irons plus aux bois, les lauriers sont coupés ! Avant de m'astreindre à tourner 560 km en huit semaines autour de chez moi, confinement oblige, je m'échappe une dernière fois le long de la Sarthe pour une sortie de 21 km en pleine campagne. La nature est en train de nous préparer un printemps majestueux dont nous n'entendrons qu'un écho lointain. Les chênes semblent désolés lorsqu’ils me saluent. Je ne sais quoi leur répondre...

Compact Sony DSC-TX30


Avril

 

Halle au bleu


Tonton Gilles vient me chercher régulièrement pour une promenade limitée dans le temps et l'espace. Le photographe urbain qu'il est n'est guère perturbé dans sa pratique mais moi, je dois m'adapter. La ville d'Alençon quasi déserte offre des ambiances intéressantes comme le long de cette Halle au Blé et, tour à tour, nous servons de modèle l'un pour l'autre. En ces jours gris quoique ensoleillés, j'ai préféré gommer la couleur excepté sur mon compagnon au chapeau qui fait surgir la vie au centre de ce monde minéral.

Compact Sony DSC-RX100M3


Mai

 

Cylindromyia bicolor


Lors de ce printemps confiné, je n'ai jamais trouvé autant de nouvelles espèces d'insectes dans mon jardin de 100 m2 mais le plus spectaculaire de mes clichés entomologiques fut cet accouplement de tachinidés (mouches hirsutes et fort utiles) dont les larves, comme chacun le sait, parasitent la punaise nébuleuse.

Hybride Panasonic DMC-G80


Juin

 

Jump !


Douarnenez, une cité à vivre, non encore gâtée par le tourisme où l'on peut voir des HLM donnant sur l'océan et une population se donner du bon temps sur de petites mais conviviales plages. Moi et mon épouse y retrouvons le goût de la liberté et quel plus pur symbole que ces jeunes collégiens à peine sortis des cours qui investissent divers spots de plongée pour se mesurer amicalement loin de leurs parents certainement peu au fait de leurs acrobaties. J'ai ressenti à ce moment comme un courant d'air frais qui m'a rappelé mon enfance dans les années 60 lors desquelles nous évoluions si libres loin du regard de nos parents.

Compact Sony DSC-RX100M3


Juillet

 

Nuées sur l'île Tudy


Que serait la Bretagne sans les nuages ? Ce couvercle menaçant sur l'île Tudy génère une infinité de gris et de bleus. Ce bateau de pêche au premier plan apporte une touche de couleur bienvenue. 

Téléphone portable Huawei MYA-L11


Août

 

A la conquête des Aravis


En vacances à Manigod dans les Alpes, nous nous attaquons à la randonnée du Trou de la Mouche (2453 m) que je déconseillerais par temps humide ou agité. Après quelques heures de grimpette dans les alpages, nous arrivons en phase finale et minérale. Josette regarde la crête embrumée d'un air interrogateur. Elle n'a pas tort, la fin ne va pas être simple pour des lutins sylvestres...

Compact Sony DSC-RX100M3


Septembre

 


De retour à Belle-Ile-en-Mer, j'aurais pu vous gratifier de superbes paysages marins ou même, osons-le, de couchers de soleil. Eh bien non, la photo c'est aussi de la composition et cette dame qui fait son tout premier tour de scooter électrique sous le regard de son mari m'en offre une belle avec ce phare, ces personnages et ces rappels de bleu. Tout simple mais équilibré, ce cliché est validé par Tonton Gilles.

 

Compact Sony DSC-RX100M3


Octobre

 

La Jungle et la Basilique


De retour à Alençon, je me promène le long de la Sarthe et de ses lavoirs. Pour l'avoir survolée en Montgolfière, je sais que cette ville est un jardin mais en ce début d'automne, c'est parfois une jungle d'où émerge la Basilique Notre-Dame. 

Compact Sony DSC-RX100M3


Novembre

 

Le refus de l'ombre


Nouveau confinement, nouvelle balade restreinte avec Tonton Gilles. Le soleil passe crûment sous le pont de chemin de fer à côté de chez moi. Mon compagnon me fait poser dans le rai de lumière et cela donne une photo typique du style de ce citadin photographe. A son tour, il pose pour moi et, si mon petit Sony ne peut rivaliser en netteté avec son gros Canon 7D Mark II, il tient la comparaison en expressivité avec cette ombre qui semble ne pas vouloir suivre son propriétaire.

Compact Sony DSC-RX100M3


Décembre

 

De l'indigo à la feuille morte


Toujours confiné, toujours avec Tonton Gilles en ce premier jour de décembre. La fin d'après-midi est incroyable au niveau des couleurs. Depuis quelques jours, le crépuscule s'est fait feu d'artifice pour nous consoler de notre enfermement partiel. Mon compagnon fait une photo en étonnantes couleurs naturelles du front de Sarthe, je fais le même cliché mais nettement moins bien défini. Cette photo de personnage pris en contre-plongée à partir du bord de la rivière aura ma préférence.

Compact Panasonic DMC-TZ100

 

 



Voir les 9 commentaires

HUIT FOIS VINDILIS

Par Le Lutin d'Ecouves - 29-09-2020 14:58:42 - 6 commentaires

 

 

Toi, moi et l'oubli
Sur l'Océan de septembre
A nouveau une Île



 

Tempêtes figées
Éphémère éternité
Heureux et perdus

Sur le volcan disparu
Nous danserons à nouveau

 

 

 

Un été sans fin
Dans l'antre de Calypso
Silences frémissants

Sur le bord de la falaise
Les cordes et les corps s'accordent


 


 Des larmes de sable
Nos pas, sentiments cachés
Effaçant la nuit

Un monde à portée de main
Au travers des ombres nues


 


Les vallons d'automne
Un sourire océanique
 Envahi de solitude

Au-delà de la raison
 Chant des saisons évanouies

 

 


 Ivres de brûlures
Éruptions immémoriales
Érosion fracturée

Nos vies à jamais gravées
Songes de lave, rêves de schiste


 


Usés par le temps
Un monde parcouru à deux
Toujours pas l'hiver

Nous avons semé la vie
Sans penser au lendemain

 

 


Les couleurs s'évadent
Parmi les géants de pierre
Au bord de ce monde

Deux funambules endormis
Cheminant sur l'horizon



Photos prises à Belle-Ile-en-Mer du 7  au 15 septembre 2020

(Vindilis est un des noms antiques de Belle-Ile)


 


 



 

 

Voir les 6 commentaires

CORONA LIBRE !

Par Le Lutin d'Ecouves - 05-06-2020 17:48:46 - 9 commentaires


Vertubleu, ce fut long ! Durant ces 55 jours de confinement, en dehors de mes expéditions à risque dans des grandes surfaces nids à virus où il fallait bien que le mâle chasseur que je suis prît des risques pour assurer la subsistance du couple, ma seule sortie était mon heure de sport de 19h à 20h qui me fit parcourir au total 656,5 km muni de l'autorisation ad hoc (L’État rembourse-t-il les cartouches d'imprimante ?).
 
J'avais par civisme (ça, c'est mon côté maître d'école) suivi les instructions gouvernementales tricotées par les beaux messieurs en leurs bureaux du Mordor, contrée (c'est bien connu) où l'on ne trouve ni forêt digne de ce nom, ni plage méritant cette appellation mais, doté d'un sens aigu de la contradiction (ça, c'est mon côté Baby Boomer), je ne suis pas sorti de chez moi le lundi 11 mai, premier jour du déconfinement.

Cela m'a quand même fait drôle de retrouver quelques jours plus tard ma forêt et ses 15 000 hectares que les Gens d'Armes quadrillaient depuis deux mois pour que nul individu ne transmette le coronavirus aux blaireaux certainement cousins de ceux du Mordor sus-cités (on est solidaire chez les mustélidés).


Ecouves était toujours là et toujours aussi vaste. Nous les lutins avions été punis deux mois et ainsi privés de notre milieu naturel et un lutin hors-sol, ça s'étiole du pétiole. Je courus deux heures sans voir personne comme à l'accoutumée. Certains chemins s'étaient refermés à la faveur du glorieux printemps en cours et je rentrai quelque peu zébré à la maison.

Cela dit, nous étions toujours sous surveillance... Le mercredi suivant, alors que je faisais mes séries de 1000 m à vitesse semi-marathon sur la piste de la Plaine des Sports en compagnie de ma copine Katia (chacun dans son couloir), j'ai été interpellé (par mon nom) par un fonctionnaire de la mairie : "Excusez-moi, mais vous courez trop près l'un de l'autre !" Palsambleu, allais-je sortir ma rapière pour transpercer l'impudent paltoquet ou bien allais-je lui répondre courtoisement histoire de préserver les bonnes relations entre mon club et la mairie ? J'ai finalement opté pour la deuxième solution. Comme quoi toutes ces heures à courir seul m'avaient fait progresser au niveau self-control.

Il restait la limite des 100 km. Habitant dans l'Orne, j'ai trouvé normal le mardi d'après de suivre le cours de ce ruisseau éponyme qui prend sa source au nord-est d'Ecouves. Direction Franceville au bord de la Manche à 97 km à vol d'oiseau de chez moi en compagnie de ma chère épouse.


Le ruisseau ornais est devenu un large fleuve, le temps est magnifique, les marais habités par une multitude d'oiseaux et la plage déserte. A son entrée, un panonceau nous invite à nous mouvoir étant donné que nous sommes censés nous trouver sur une plage "dynamique", tout arrêt risquant de contaminer crabes et palourdes...


Au bout d'une petite heure de marche, constatant qu'il n'y avait personne un kilomètre à l’ouest ni âme qui vive un kilomètre à l'est, nous prîmes le risque insensé de nous asseoir pour consommer nos sandwiches au poulet et au curry. Pas d'hélicoptère pour nous chasser ni de drone pour nous filmer... Nous étions des rebelles !


Retrouvant la civilisation à Houlgate en début d'après-midi, nous vîmes que la mairie avait bien fait les choses, fléchant promenade et plage pour que les quelques badauds ne puissent se croiser. On ne sait jamais, après ces mois de confinement, nos cerveaux mal oxygénés n'étaient peut-être plus en mesure de gérer efficacement nos déplacements.
 
 Photo de ma Josette

Il faisait vraiment trop beau ! Nous décidâmes de rester et il me fallut prendre le risque mortel mais calculé d'affronter les emplettes dans la supérette locale dépourvue de fléchage approprié. Munis de nos quelques provisions, nous nous dirigeâmes ensuite vers Villers sur Mer dont la plage se révéla moins que dynamique :

Photo de ma Josette

En panne de peinture mais détenant un énorme surplus de rubalise, la commune avait interdit la plage et bloqué ses nombreux accès. Au bout d'un kilomètre d'interdictions, nous arrivâmes à Auberville au pied des falaises des Vaches Noires et la prohibition cessa. Pas de marquage, de panonceau, de barrière ou d'injonction.


Estimant que le risque de recevoir un parapentiste contaminé dans la figure était négligeable, nous fîmes notre repas du soir en ce lieu de paix. Enfin vraiment chez nous dans notre belle Normandie, enfin libres !

Picolare perseveramus et merdum ad Mordorem !


Voir les 9 commentaires

CORONANNIVERSAIRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 01-04-2020 15:46:49 - 13 commentaires

 1er avril 1978
 
En fait, nous ne nous sentions pas vraiment concernés par le mariage, nous étions peu adeptes de ces institutions héritées de nos parents nés dans les années vingt mais, au bout de dix-huit mois de vie commune, le problème se posa pour des raisons professionnelles. 
 
Josette émergeait de l'ENA (Ecole Normale d'Alençon) et j'y plongeais : notre carrière d'instituteurs laïques gratuits et obligatoires débutait. Eh oui, à l'époque, on pouvait se retrouver responsable à vingt ans d'une classe de trente gamins et vivre d'un traitement de fonctionnaire aussi maigre qu'un sandwich SNCF mais suffisant pour de jeunes adultes dont les besoins se limitaient à un peu de nourriture et deux ou trois fringues. Or, la question des postes se posait...
 
Dans l'Orne, jeune instit voulait et veut toujours dire perdu dans la cambrousse et, à cette époque, il n'était pas question d'obtenir de mesures de rapprochement de conjoint si justement on n'était pas conjoints. Sans parler des fameux postes doubles avec logement (en mauvais état) de fonction réservés exclusivement aux couples mariés. Il fallait donc que l'on se marie.
 
Au bureau de l'état-civil de la mairie d'Alençon, nous avions eu le choix entre le samedi 1er et le samedi 8 avril. Nous avions trouvé très amusant de nous marier un 1er avril, un pied de nez aux valeurs institutionnelles de nos parents en quelque sorte. Nous vivions comme si le temps n'existait pas sans penser aux conséquences de nos actes. L'idée même de fonder une famille ne nous avait pas effleuré et d'ailleurs notre fille ne devait arriver que presque sept ans plus tard

Ma future épouse étant fille de couturière, sa mère avait tenu à lui faire un ensemble jupe-boléro bordeaux, surtout pas blanc car c'était la couleur traditionnelle du mariage. J'étrennai ce jour mon premier costume payé par ma mère, il était bleu et en velours. Très années soixante-dix comme la moustache que je portais surtout pour me vieillir. A vingt et vingt-deux ans, dans la vie active, il faut pouvoir être pris au sérieux et certains artifices peuvent servir.
 
Il faisait un temps de  mars ce samedi d'avril avec des rafales de vent et des giboulées. Cérémonie à la mairie (surtout pas à l'église, ce qui fit se désister les grands-parents de Josette nés à la fin du XIXème siècle) puis vin d'honneur chez ma mère. Mon copain et témoin Daniel avait déniché une connaissance qui était équipé d'un réflex, appareil de luxe à l'époque, et qui voulait bien faire les photos du mariage car nous étions trop pauvres pour nous payer un professionnel. Le gars tirait lui-même ses clichés couleur et il avait certainement utilisé des produits périmés car les photos furent toutes ratées, couvertes d'une brume rougeâtre du plus mauvais effet. Nous nous en fichâmes, le souvenir n'avait pas d'importance pour nous.
 
Repas du soir chez Chalumeau, le restaurant ouvrier à côté de chez mes beaux-parents. Parents, frères et sœurs avec leur marmaille plus les témoins et un oncle par famille, nous étions trente. Inviter toute la famille de mon épouse tontons, tatas et cousins et nous dépasserions la centaine, pas possible pour le budget.
 
Vers deux heures du matin, avec plus d'un gramme d'alcool dans le sang comme cela se faisait à l'époque, nous étions partis nous coucher et puis voilà. Nous étions mariés et cela n'eut pas d'autre conséquence qu'administrative.
 
L'âge venant, les restaurants devenant plus abordables pour nous, nous prîmes l'habitude de fêter ce poisson d'avril plus dignement. Mon meilleur souvenir étant cette petite cabane au bord de l'immense plage de Bordeira sur la côte vincentine au Portugal. Nous avions fêté nos quarante ans de mariage d'une daurade pêchée le matin même par le restaurateur accompagnée d'une bouteille de vinho verde. Une repas de fête simple comme le fut notre mariage.
 
Cette année c'est 42 qui comme chacun le sait est la réponse à la grande question sur la vie, l'univers et le reste. Drôle d'anniversaire confiné... j'ai quand même acheté un gâteau en allant chercher le pain. La queue faisait dix mètres de long, nous étions cinq à attendre. Je suis ensuite allé chez le traiteur acheter du gratin de poisson. Ça s'impose.
 
Un anniversaire de mariage en ces temps de privation de liberté ça finit un peu en queue de poisson. Mais après tout, nous prenons cela avec légèreté comme nous le fîmes en ce jour de 1978.

 
 
 

Voir les 13 commentaires

CORONAPÉRO

Par Le Lutin d'Ecouves - 30-03-2020 08:59:02 - 4 commentaires


Bon, ben je ne mourrai pas idiot, je viens d'installer Skype sur le portable de mon épouse. Je n'en avais jusqu'ici pas ressenti la nécessité, ma vie sociale étant plutôt fournie et le nombre de mes connaissances tellement important que j'oublie parfois les noms, ce qui me pousse souvent à répondre à "Salut Thierry" ou "Salut Lutin" par : Ah, salut toi..., ça va ?"
 
Oui, le Lutin a beaucoup de connaissances, ce qui est normal quand on vit dans la ville qui vous a vu naître 64 ans auparavant : des sportifs, d'anciennes connaissances du collège ou du lycée, d'anciens élèves et parents d'élèves, des conseillers municipaux et même le député. J'ai beaucoup traîné dans l’associatif et j'y traîne encore. Ça fait du monde. Mais c'était avant, avant les Temps Modernes où, pris dans les engrenages en roue libre d'une société que rien n'arrête, nous tournons, nous tournons... en rond. Moi qui aimais faire le Charlot, me voici obligé de faire le confinement.
 
Eh oui, nous voilà confinés tels des rats de laboratoire en attendant la fin de l'expérience. Je ne vais pas me plaindre outre mesure, j'ai un petit jardin (zut, il fait froid) et je sors une cinquantaine de minutes chaque jour de manière subreptice au crépuscule sans me prendre pour Hercule car le gouvernement m'en... donne l'autorisation pour pratiquer une sortie sportive me permettant de ne pas encombrer les urgences psychiatriques de la cité.

J'ai de la chance oui car je vis avec ma chère épouse qu'après presque deux semaines de confinement je n'ai toujours pas envie de frapper, ce qui est un bon indice quant à la qualité de notre union.

Cela dit, je commence à avoir le boyau social qui gargouille...

C'est Brain, mon ami ingénieur spirouphile qui m'a suggéré d'installer "Skaïpe", moi qui croyais que c'était une imitation cuir. Eh bien, c'est plutôt sympa et ça donne un peu plus de présence dans la maison. Voici pourquoi, moi qui ne picolais que le week-end, je me suis mis à pratiquer l'apéro-Skype deux fois la semaine. La première fois, ce fut donc avec Brain. Nous avons parlé de choses et d'autres donc bien sûr de cinéma car l'animal est plus que féru de toile, surtout ancienne et même muette. Nous avons aussi pas mal parlé de grammaire car je corrige en ce moment son livre de 600 pages sur le cinéaste Henry King. Plus de deux heures après, les sujets n'étant pas épuisés, nous convînmes d'un rendez-vous hebdomadaire.

Enthousiasmés, nous avons réitéré à trois écrans avec mon fils ainsi qu'avec ma fille et son époux. Ça fait vraiment du bien de revoir sa petite famille et surtout mes deux petites chéries adorées et merveilleuses petites-filles d'amour (ben oui, ça fait cela d'être papy). On a causé de choses et d'autres et bien sûr du connardevirus. Arielle, bientôt six ans, était très à l'aise avec ce type de contact virtuel alors qu'Olivia (16 mois) semble n'avoir pas trop compris ce qui se passait.

Comme dirait Bradbury, Skype peut finalement servir de remède à la mélancolie... mais il y a un hic : lors de ces séances, je me suis aperçu que, comme après la première tournée, je n'avais pas de refus de mes commensaux pour en servir une seconde vu que chacun chez soi a son chaix, j'avais tendance à me resservir deux, trois ou quatre fois. Et comme je suis un amateur de rhum pur, j'ai bien peur qu'une fois le confinement terminé, je sois amené à fréquenter un autre type de réunion lors de laquelle on s'assoit en cercle et on se présente en rajoutant : "Je suis alcoolique".




Voir les 4 commentaires

CORONAGENDA

Par Le Lutin d'Ecouves - 26-03-2020 18:45:53 - 2 commentaires

Tout ce temps à gaspiller, il faut s'organiser en le rendant utile mais n'en faisons point trop. Déjà, j'ai mis deux jours à décaper ma modeste terrasse au lieu d'une journée. Je regarde fièrement le résultat : impeccable, et ce barbecue nettoyé à fond et prêt à l'emploi, c'est super. Bon, il ne va pas trop se salir dans le mois qui vient. Pour le moment, en terme de barbecue party, c'est partie remise.
 
Mon épouse a passé les derniers jours à nettoyer le jardin, il ne reste plus grand chose à tailler à part la bavette ; de plus, la déchetterie étant fermée jusqu'à nouvel ordre (ou ordre nouveau), les sacs de déchets verts s'entassent dans le garage sans espoir d'échappatoire et à Thouars, d'ailleurs ils sont aussi confinés finalement.
 
Zut, je fais quoi ce matin ? Les paniers à linge sont désespérément vides, un crève-cœur pour moi qui aime vraiment repasser au calme dans ma buanderie en écoutant France-Culture. Faudrait s'habiller plus pour salir plus mais comme je passe mes journées en short à vaguement vaquer, mon fer n'en a plus tellement sous la semelle. Pourtant, en ce moment, les Chemins de la Philosophie rediffusent une série passionnante sur Nietzsche, philosophe aussi limpide que son nom est pénible à écrire.

Je m'essaie bien à la réparation du volet roulant de la chambre et je ne passe pas loin de la catastrophe en m'ouvrant le mollet avec le cache du moteur qui a le mauvais goût de choir inopinément. Bon, le volet ne marche toujours pas correctement et au remontage, il manque une vis qui s'est fait la malle par le regard du sous-sol.
 
Pas mal, en prenant mon temps grâce à ce bricolage inopérant et à cette plaie au mollet (soins et nettoyage du sang dans les godasses et sur la fenêtre), je suis arrivé à 11h30. Je termine la partie de Warcraft 3 que j'avais débutée hier soir. Je finis de poutrer l'armée de morts-vivants ennemie en lui coupant tout accès aux ressources. Je contrôle moi-même une autre armée de morts-vivants dont je maîtrise efficacement les codes. Ça ne paraît pas utile a priori mais ça pourrait servir ce genre de compétences si la situation s’aggrave...
 
 Par Ner'zhul, la belle force de frappe !

Mangeons léger. Mon épouse a plus de temps pour cuisiner et nous adaptons nos apports caloriques à notre moindre dépense énergétique.

Le thé : au moins une heure devant la télé à regarder un demi-film d'horreur. Ça s'appelle "Hostile" et ça se passe dans un monde apparemment ravagé par une sorte d'épidémie qui rend certains individus cadavériques et avides de chair humaine. Juste visible mais la fille a de très belles jambes.

Pas de bricolage cet après-midi mais chasse photographique dans les 100 m2 du jardin. Des éristales, des tas d'éristales mais aussi des osmies, une grosse mère bourdon terrestre et une coccinelle à deux points. Au bout de deux heures, jackpot ! Ma 37ème espèce d'hyménoptère : Nomada flava, une abeille coucou qui pond dans les nids d'autres abeilles solitaires. Oh la vilaine !

 
Le vent est tombé, le café au soleil ça n'a pas de prix. Quelques recherches entomologiques sur internet et c'est l'heure d'aller agiter les jambons. Je remplis mon abfällige Reisebescheinigung, j'y joins mon ausweis et je pars courir sur mon circuit réglementaire. Depuis quelques jours, j'effectue mon heure de sport solitaire de 19 à 20 h car le matin, je croisais des regards et parfois des gestes hostiles typiques de ces temps modernes d'inversion de valeurs où le sportif en bonne santé devient un suspect, ce qui n'est guère plus propre que d'être un suspendu.

Vitesse marathon durant 55 minutes ce jour d'hui. J'ai tendance à aller de plus en plus vite. Plus mon esprit se vide, plus mon fardeau s'allège. Trois fois je longe les terres inconstructibles le long de la Sarthe. On se croirait à la campagne à quelques centaines de mètres du centre-ville. Au dernier tour, le soleil se couche et la fugace heure bleue vient poétiser mes derniers instants de liberté. Le hamster retourne dans sa cage.






 

Voir les 2 commentaires

CORONAVIRUN

Par Le Lutin d'Ecouves - 19-03-2020 12:49:08 - 4 commentaires


Pas aisé de se conformer aux instructions officielles quand on a eu 12 ans en 1968...  Il faut dire qu'avec ses neuf cas d'infection à ce jour (zéro décès) pour 280 000 habitants, l'Orne fait figure de désert covid et c'est tant mieux. Cela dit, par respect d'autrui et par civisme, j'ai fait violence à l'ado rebelle qui sommeille toujours en moi et j'ai respecté tant que faire se peut les consignes de confinement.
 
Il faut dire que j'ai une maman de 92 ans à la santé incertaine dont je m'occupe régulièrement. Prendre le plus petit risque de lui amener le moindre virus serait de la folie. Donc, à plus tard Maman, on va s'envoyer des SMS. Il y a aussi mes amours de petites-filles que je ne puis voir pour le moment. Ça ce n'est pas drôle ! 
 
Pour le moment, il est autorisé de courir à proximité de chez soi. Là, mon expérience de hamster va me servir. Ayant participé aux 24h de la No Finish Line Paris quatre fois (107 km, 101 km, 101km, 128 km) sur le Champ de Mars, mon cerveau est déjà accoutumé à tourner en circuit court et puis circuit court, ça fait moderne et écolo. 
 
Mon quartier populaire de Courteille est suffisamment vaste et aéré pour qu'on ne se sente pas oppressé. Je descends l'avenue jusqu'à la rivière, huit cents mètres. Rue d'Echauffour : je longe la Sarthe jusqu'à la Fuie des Vignes, zone champêtre et inondable à quelques centaines de mètres du centre ville. Pas grand monde à part les quelques personnes qui vont encore au boulot en automobile. Je croise une maman qui fait son jogging sur la piste cyclable avec sa petite fille en vélo. Je la vois donner des instructions à son enfant. Je m'écarte ostensiblement pour que la maman ne s'effarouche pas. Elle me sourit, on se salue. Le cimetière Notre-Dame où mon frère accompagné de son fils et mon père se font face. Non loin se trouve la maison funéraire. Un enterrement en petit comité se prépare. Encore deux cents mètres et ce sont les pompes funèbres, une vieille entreprise d'Alençon dont les vieux natifs comme moi se remémorent encore l'ancienne enseigne "Pompes funèbres Bouillon anciennement Mordefroy" ça ne s'invente pas...
 
Je remonte par la rue de La Billardière du nom de Jacques Julien Houtou de La Billardière le célèbre botaniste qui a donné son nom à l'Atraphaxis billardieri. Dans cette rue, se trouve la maison où vécut le non moins célèbre maréchal et intrépide Lyautey dont on disait que c'était un homme qui avait des c....... au c.. mais que ce n'était pas toujours les siennes. 

Voilà, je tourne rue Cazault et passe le pont de Courteille. Je suis chez moi : 3,5 km et toujours à 1km max de chez moi. Il fait soleil et les rues sont quasi désertes, on repart pour un tour puis un autre. Au total 10,5 km en 56 min.

Ce n'est pas la magnifique forêt d'Ecouves mais c'est supportable. En accomplissant cela sept jours sur sept, je crois que ça va le faire...

Et puis, il fait beau. Cet après-midi on va jardiner.





Voir les 4 commentaires

DOUZE VISIONS AVEC OU SANS COULEURS

Par Le Lutin d'Ecouves - 23-12-2019 19:51:23 - 6 commentaires

Rétrospective 2019

Quand je me suis mis à choisir ces douze images tirées de mon blog photo ou de mon Flickr illustrant l'année qui s'achève, j'ai été surpris de constater la quasi fuite de la couleur au profit de l'expressivité. Deux de mes choix sont pris au téléphone portable et deux autres par un vieux compact Canon oublié au fond d'un tiroir. Comme quoi, la technique ne fait pas tout...
 
(En cliquant sur les photos, vous pouvez les voir en plus grande définition.)

Janvier
 
 
Ecouves à nouveau. J'ai pris l'habitude de courir seul chaque vendredi matin. Je traverse une futaie en pente peu accessible aux humains mais praticable pour les lutins. Le ciel encombré jusqu'ici s'étire comme un drap de papier et me livre quelques minutes azurées.
 
Compact Sony DSC-TX30
 
Février
 
 
Tonton Gilles m'a offert un trépied pour mon anniversaire et entend m'apprendre à m'en servir. Nous allons dans la cour carrée de l'ancien collège de Jésuites d'Alençon et nous faisons une séance à la tombée de la nuit. Huit secondes de pose pour l'appareil et trois secondes pour moi. Cela me permet de jouer au fantôme sur ce cliché. J'ai appelé cette photo : "Le Passe-Muraille".

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Mars
 
 
Mon ami le Mustang nous a quittés quatre semaines auparavant. Chaque vendredi en Ecouves, je pense à lui lors de mes longues galopades solitaires. Alors que je cours parmi une parcelle de sapins pectinés, la brume se déchire soudain et le soleil m'offre un spectacle dont la magie vaut mille et mille paroles de consolation. J'aurais aimé que tu sois là...

Compact Canon PowerShot D20

Avril


Nous revenons d'Ecouves après une séance de marche nordique ; pénétrant dans Alençon par le nord, nous essuyons des giboulées puis le miracle renouvelé de l'arc-en-ciel survient au niveau de l'hippodrome. Je n'ai que mon petit Canon compact et je prends une photo qui révèle bien ses limitations mais aussi son charme. Le contraste entre l'intérieur et l'extérieur de l'arc est saisissant et le cadrage presque miraculeux. Le hasard fait parfois bien les choses.


Compact Canon PowerShot D20

Mai


Une de mes passions est la photographie d'insectes. Ce petit charançon (Lixus angustatus) a bien voulu me faire une séance de pose en prenant une série d'expressions intéressantes. J'ai choisi ce cliché pour sa précision et le bokeh rappelant les couleurs du premier plan. 

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Juin
 
 
S'il est expert en physique relativiste et en cinéma muet, mon ami Brain n'est pas un  bricoleur performant et je l'aide à aménager son nouvel appartement en centre-ville. Après les tringles à rideaux, je m'attaque aux luminaires. L'animal a du goût et cette suspension mérite que je la fixe avec soin. Je sors mon téléphone portable. Pureté des lignes, monochrome involontaire, ce sera ma photo du mois.

Téléphone portable Huawei MYA-L11
 
Juillet
 
 
Je ne m'en lasse pas ! L'eumène est pour moi la plus belle des guêpes. Cette femelle illustre bien l'expression "Avoir une taille de guêpe". Le bokeh met à nouveau en valeur cet imposant quoique pacifique insecte témoin du réchauffement climatique.
 
 Hybride Panasonic DMC-G80
 
Août
 
 
Nouvel exercice de style, je suis en cours avec Tonton Gilles. Nous faisons une séance sur les reflets. Les gens doivent se demander ce que nous faisons collés aux vitrines l'appareil photo vissé au visage... La lumière brutale d'août brouille le discours, la photo sera en noir et blanc.

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Septembre
 
 

Les Causses offrent des paysages magnifiques et Millau est une ville exotique pour des Normands tels que nous mais ce jour est nuageux et d'ailleurs, j'ai laissé mon appareil photo au gîte. Josette avise un atelier d'artisan, véritable foutoir surréaliste. La fille de menuisier se hausse légèrement pour observer les machines dont elle connaît le nom. Je sors mon téléphone portable. Cette rue me fait penser aux années 60 de mon enfance, mon épouse apporte une touche de couleur bienvenue dans ce monde figé dans un passé monochrome. De part et d'autre du soupirail, quelques plantes ponctuent la scène.
 
 Téléphone portable Huawei MYA-L11
 
Octobre
 
 
 La rue de la Levrette à Alençon. Je demande à Tonton Gilles de poser pour moi. Je m'accroupis et joue avec le contraste. Plusieurs allers-retours seront nécessaires pour obtenir ce résultat. Mon petit Sony RX100 révèle à nouveau son étonnante précision. Pas besoin de couleur.

Compact Sony DSC-RX100M3
 
Novembre
 
 
Honfleur est un magnifique port normand mais il tombe des cordes, que dis-je des câbles. Nous avons loué une sorte de loft meublé résolument moderne. J'ai amené mon trépied, ce qui me permet de faire de la pose longue et ainsi ne pas figurer dans le reflet. Le lendemain, je ferai une belle photo d'heure bleue sur le port mais ce cliché géométrique aura ma préférence.

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Décembre
 
 
Il pleut sans presque discontinuer depuis octobre. Même en Normandie, on n'a jamais vu cela. J'appelle Tonton Gilles au secours : "Je n'ai rien réussi de probant ce mois-ci. Si tu ne m'aides pas, je n'aurai pas pour décembre de cliché présentable pour ma rétrospective annuelle." Une éclaircie, nous partons pour une séance à la tombée de la nuit. Nous longeons la Sarthe qui est sortie de son lit. Tonton Gilles voit un personnage marcher en contre-jour sur le pont. Il shoote et me montre sa photo. Sans honte, je lui demande de marcher sur le même pont pour copier son cliché très réussi. Il s'exécute de bonne grâce. L'homme au chapeau a toujours été photogénique.

Hybride Panasonic DMC-G80
 
 

Voir les 6 commentaires

TOUR DU COTENTIN - ETAPES 13 à 16

Par Le Lutin d'Ecouves - 24-07-2019 11:47:47 - 2 commentaires


Etape 13 : Pirou-Agon Coutainville - 24 juin 2019 - 16 km

La dernière de nos quatre heures de pluie en seize jours, nous partons de Pirou sous une gentille averse dont l'eau est aussitôt absorbée par la dune.  



Le paysage ne va plus beaucoup varier lors des dernières étapes, le GR se contentant de traverser les immenses dunes et de contourner les havres, celui de Geffosses ne présentant aucune difficulté puisqu'un pont le franchit, nous privant par cela de la vue de tadornes de Belon, de vanneaux huppés, de traquets motteux et autres gravelots à collier interrompu. 


Arrivés au niveau de Gouville, nous passons par les fameuses cabanes à toit coloré inscrites au patrimoine local.  La pluie s'est arrêtée mais le temps gris ne permet pas de faire de photos correctes des alignements de ces très jolies constructions dont l'histoire remonte au début du XXème siècle.


Le pique-nique se fait près d'un gabion datant du XVIIIème siècle. Ce genre de petite construction servait d'abri aux douaniers qui surveillaient les côtes très fréquentées par les contrebandiers.

Le havre de Blainville qui suit nous oblige à bifurquer dans une zone industrielle en grande partie consacrée à la conchyliculture et à l'ostréiculture. Quand nous retrouvons la côte, c'est pour tomber directement sur Agon-Coutainville que j'ai du mal à reconnaître : une bonne partie du sable du front de mer a disparu et d'énormes enrochements protègent désormais les villas du front de mer sur plusieurs kilomètres. Ayant vu l'océan à l’œuvre en Aquitaine pendant une vingtaine d'années (surtout au Médoc où la mer avançait d'un à deux mètres par an), j'ai conscience que ces murs contre l'océan ne sont que fétus et que ces maisons sont à terme condamnées. 


Depuis le début de notre aventure, nous avions l'habitude de dire bonjour aux personnes que nous rencontrions comme nous le faisons systématiquement en notre bonne forêt d'Ecouves. Que ce soit vers Barfleur, la Hague ou sur les dunes de Lindbergh, nous avions toujours reçu un salut en réponse. Et voilà que les passants croisés ne répondent pas à nos civilités, fuyant même notre regard. Perplexes, nous gagnons notre hôtel où une belle Coutainvillaise nous accueille chaleureusement. 

Nous avons l'explication de ce soudain refroidissement le lendemain quand, m’enquérant de la singularité des mœurs locales, un jovial natif me renseigne enfin : "C'est normal, vous avez dû rencontrer des Parisiens, ici il y en a plein et c'est eux qui achètent toutes les maisons en bord de mer." 

Etape 14 : Agon Coutainville-Montmartin sur Mer - 25 juin 2019 - 25,5 km

Cette étape n'est rien d'autre que le contournement du havre de Regnéville au sud d'Agon. Vingt-cinq kilomètres de détour à cause d'un détroit de cinq cents mètres de long à marée basse mais vingt-cinq kilomètres d'une magnifique nature sauvage...


Jusqu'au pique-nique du midi, nous ne rencontrerons absolument personne lors de ce long contournement, et pour cause : le chemin a peu d'accès et le terrain est particulièrement sauvage. Il faut parfois un peu d'imagination pour se croire sur un sentier balisé...

Photo Josette

De marécages en prés salés, nous ne franchissons le fleuve Sienne qu'au bout de trois heures au pont de la Roque où nous pique-niquons. 


La deuxième partie du tour du havre se fait essentiellement sur des prés salés où il devient vite impossible de ne pas marcher sur les crottes de mouton.


En arrivant à Regnéville, il se met à faire soif, la température atteignant les 20 degrés, nous ignorons à ce moment qu'à Alençon commence une canicule et qu'il y fait déjà 30 degrés. N'empêche avec un sac à dos, vingt degrés c'est beaucoup et nous nous attablons à la terrasse du bar local partiellement occupé par les grand-mères du club de tricot local.

Le village est bien agréable et il possède les vestiges historiques d'un glorieux passé comme une forteresse en ruine et des fours à chaux mais il nous faut partir vers notre gîte situé en plein marais entre la mer et le canal de Passerin.


Plus isolé tu meurs...  mais la mer est à 500 m. Il est des jours où l'on regrette de ne pas rester un peu plus tant l'accueil est chaleureux et le pays serein.  

Le soir venu, il nous faut trouver à manger et le premier restau est à deux bons kilomètres au sud... les pieds font un peu la moue. Des voisins de gîte habitant l'Orne comme nous nous proposent gentiment de nous véhiculer. Quelle bonne idée !

Photo Josette
 
Dans le seul bar-restaurant ouvert de Hauteville Plage, nous sifflons avec volupté une bonne bière avant de nous régaler d'énormes brochettes de Saint-Jacques servies par un patron grand défenseur de l'histoire locale. 

Etape 15 : Montmartin sur Mer-St Martin de Bréhal - 26 juin 2019 - 16,3 km

Notre voyage est bientôt terminé, il ne nous reste plus que le havre de la Vanlée à passer avant de nous rendre à Granville.


La moitié de la randonnée se fait sur la dune en ligne droite jusqu'à ce que nous arrivions au havre.


Celui-ci est à marée basse mais pas question de le traverser avec nos sacs à dos. Il faudra bien suivre le GR qui emprunte tant bien que mal des routes de campagne et des chemins parfois transformés en champ de poireaux ou de carottes par l'agriculteur local soucieux de rendement.


Au bout d'un moment, fatigués par les tergiversations d'un GR devenu aléatoire, nous descendons sur le havre lui-même jusqu'à ce que nous arrivions à la route inondable qui traverse la Vanlée.


En cette période de petites marées, la route est dégagée toute la journée et les prés salés sont investis par les moutons.


Le camping de la Vanlée est immense et peu habité, notre tente est spartiate mais convenable. Cette étape ayant été parcourue d'un seul tenant, nous mangeons notre boîte de sardines avec un reste de pain comme repas de midi, pensant trouver à manger pour le soir à St Martin.

Eh bien non, le calendrier est sans pitié : nous ne sommes pas encore le 1er juillet et tout est fermé le soir. Au bar PMU, le patron nous dit d'aller voir à Coudeville, deux km plus au sud "Allez voir, y'a le gars qui fait d'la moto. C'est ouvert sept jours sur sept, y s'appelle Laurent."

Effectivement, nous trouvons le Laurent dans un petit local proche d'un parking qui nous fait à manger pour dix euros par personne boissons comprises. Et en plus, c'est bon. La dernière fois que j'ai mangé pour ce type de tarif, c'était au Maroc. 

Etape 16 : St Martin de Bréhal-Granville - 27 juin 2019 - 11 km

Ce n'est pas vraiment une étape mais un sas. Après avoir traversé des pays sauvages et souvent déserts, nous entrons à partir de St Martin de Bréhal dans une zone plus urbaine qui va jusqu'à Granville. 


Au bout d'un moment passé le front de mer, nous finissons par couper par la plage, direction Granville que nous voyons au loin depuis le début.


Le voyage ne prend que deux heures et nous avons le temps de nous installer dans notre hôtel avant de ressortir en ville. 
 
Granville a la chance d'être bien plus qu'une cité balnéaire même si ses plages sont très agréables. C'est une très ancienne ville corsaire et son carnaval est réputé. Granville est habitée... Toute cette vie qui grouille, toute cette agitation nous étourdit un peu après deux semaines de pérégrinations en couple. 


Nous passons un moment dans une petite crique située sous la ville haute, nous y retrouvons un peu de calme avant de retourner à l'hôtel où nous faisons un bon gueuleton avant d'aller baguenauder sur la longue jetée du port. 
 
 Granville, 27 juin au soir...
(Statues de Philippe Olive)
 
 
Epilogue - 28 juin 2019

Notre voiture est à Picauville, près de Ste Mère Eglise à une centaine de kilomètres de Granville par le bus. Le ticket coûte la modeste somme de 2€30 et pour ce prix, on peut vous emmener à Cherbourg si vous voulez. Bon, il faut être patient d'autant qu'il faut changer à St Lô avec deux heures d'attente. Ça tombe bien, nous avons le temps.

En fin d'après midi, Jean-Yves nous attend à Ste Mère et nous achemine à Picauville où nous partageons un barbecue généreusement arrosé de vin blanc. Concernant la canicule, nous avons eu des nouvelles du reste de la France et je consulte à ce moment l'application météo de mon smartphone :

 

 
Merci à Sylviane, Jean-Yves, Françoise et Rémi pour leur aide et leur accueil. 

Merci à mon épouse Josette sans qui ce voyage n'aurait pas eu de sens.




Voir les 2 commentaires

Haut de page - Aide - Qui sommes nous ? - 0.19 - 3759653 visites