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Dans la catégorie Lutin et billevesées

DOUZE VISIONS AVEC OU SANS COULEURS

Par Le Lutin d'Ecouves - 23-12-2019 19:51:23 - 6 commentaires

Rétrospective 2019

Quand je me suis mis à choisir ces douze images tirées de mon blog photo ou de mon Flickr illustrant l'année qui s'achève, j'ai été surpris de constater la quasi fuite de la couleur au profit de l'expressivité. Deux de mes choix sont pris au téléphone portable et deux autres par un vieux compact Canon oublié au fond d'un tiroir. Comme quoi, la technique ne fait pas tout...
 
(En cliquant sur les photos, vous pouvez les voir en plus grande définition.)

Janvier
 
 
Ecouves à nouveau. J'ai pris l'habitude de courir seul chaque vendredi matin. Je traverse une futaie en pente peu accessible aux humains mais praticable pour les lutins. Le ciel encombré jusqu'ici s'étire comme un drap de papier et me livre quelques minutes azurées.
 
Compact Sony DSC-TX30
 
Février
 
 
Tonton Gilles m'a offert un trépied pour mon anniversaire et entend m'apprendre à m'en servir. Nous allons dans la cour carrée de l'ancien collège de Jésuites d'Alençon et nous faisons une séance à la tombée de la nuit. Huit secondes de pose pour l'appareil et trois secondes pour moi. Cela me permet de jouer au fantôme sur ce cliché. J'ai appelé cette photo : "Le Passe-Muraille".

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Mars
 
 
Mon ami le Mustang nous a quittés quatre semaines auparavant. Chaque vendredi en Ecouves, je pense à lui lors de mes longues galopades solitaires. Alors que je cours parmi une parcelle de sapins pectinés, la brume se déchire soudain et le soleil m'offre un spectacle dont la magie vaut mille et mille paroles de consolation. J'aurais aimé que tu sois là...

Compact Canon PowerShot D20

Avril


Nous revenons d'Ecouves après une séance de marche nordique ; pénétrant dans Alençon par le nord, nous essuyons des giboulées puis le miracle renouvelé de l'arc-en-ciel survient au niveau de l'hippodrome. Je n'ai que mon petit Canon compact et je prends une photo qui révèle bien ses limitations mais aussi son charme. Le contraste entre l'intérieur et l'extérieur de l'arc est saisissant et le cadrage presque miraculeux. Le hasard fait parfois bien les choses.


Compact Canon PowerShot D20

Mai


Une de mes passions est la photographie d'insectes. Ce petit charançon (Lixus angustatus) a bien voulu me faire une séance de pose en prenant une série d'expressions intéressantes. J'ai choisi ce cliché pour sa précision et le bokeh rappelant les couleurs du premier plan. 

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Juin
 
 
S'il est expert en physique relativiste et en cinéma muet, mon ami Brain n'est pas un  bricoleur performant et je l'aide à aménager son nouvel appartement en centre-ville. Après les tringles à rideaux, je m'attaque aux luminaires. L'animal a du goût et cette suspension mérite que je la fixe avec soin. Je sors mon téléphone portable. Pureté des lignes, monochrome involontaire, ce sera ma photo du mois.

Téléphone portable Huawei MYA-L11
 
Juillet
 
 
Je ne m'en lasse pas ! L'eumène est pour moi la plus belle des guêpes. Cette femelle illustre bien l'expression "Avoir une taille de guêpe". Le bokeh met à nouveau en valeur cet imposant quoique pacifique insecte témoin du réchauffement climatique.
 
 Hybride Panasonic DMC-G80
 
Août
 
 
Nouvel exercice de style, je suis en cours avec Tonton Gilles. Nous faisons une séance sur les reflets. Les gens doivent se demander ce que nous faisons collés aux vitrines l'appareil photo vissé au visage... La lumière brutale d'août brouille le discours, la photo sera en noir et blanc.

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Septembre
 
 

Les Causses offrent des paysages magnifiques et Millau est une ville exotique pour des Normands tels que nous mais ce jour est nuageux et d'ailleurs, j'ai laissé mon appareil photo au gîte. Josette avise un atelier d'artisan, véritable foutoir surréaliste. La fille de menuisier se hausse légèrement pour observer les machines dont elle connaît le nom. Je sors mon téléphone portable. Cette rue me fait penser aux années 60 de mon enfance, mon épouse apporte une touche de couleur bienvenue dans ce monde figé dans un passé monochrome. De part et d'autre du soupirail, quelques plantes ponctuent la scène.
 
 Téléphone portable Huawei MYA-L11
 
Octobre
 
 
 La rue de la Levrette à Alençon. Je demande à Tonton Gilles de poser pour moi. Je m'accroupis et joue avec le contraste. Plusieurs allers-retours seront nécessaires pour obtenir ce résultat. Mon petit Sony RX100 révèle à nouveau son étonnante précision. Pas besoin de couleur.

Compact Sony DSC-RX100M3
 
Novembre
 
 
Honfleur est un magnifique port normand mais il tombe des cordes, que dis-je des câbles. Nous avons loué une sorte de loft meublé résolument moderne. J'ai amené mon trépied, ce qui me permet de faire de la pose longue et ainsi ne pas figurer dans le reflet. Le lendemain, je ferai une belle photo d'heure bleue sur le port mais ce cliché géométrique aura ma préférence.

Hybride Panasonic DMC-G80
 
Décembre
 
 
Il pleut sans presque discontinuer depuis octobre. Même en Normandie, on n'a jamais vu cela. J'appelle Tonton Gilles au secours : "Je n'ai rien réussi de probant ce mois-ci. Si tu ne m'aides pas, je n'aurai pas pour décembre de cliché présentable pour ma rétrospective annuelle." Une éclaircie, nous partons pour une séance à la tombée de la nuit. Nous longeons la Sarthe qui est sortie de son lit. Tonton Gilles voit un personnage marcher en contre-jour sur le pont. Il shoote et me montre sa photo. Sans honte, je lui demande de marcher sur le même pont pour copier son cliché très réussi. Il s'exécute de bonne grâce. L'homme au chapeau a toujours été photogénique.

Hybride Panasonic DMC-G80
 
 

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TOUR DU COTENTIN - ETAPES 13 à 16

Par Le Lutin d'Ecouves - 24-07-2019 11:47:47 - 2 commentaires


Etape 13 : Pirou-Agon Coutainville - 24 juin 2019 - 16 km

La dernière de nos quatre heures de pluie en seize jours, nous partons de Pirou sous une gentille averse dont l'eau est aussitôt absorbée par la dune.  



Le paysage ne va plus beaucoup varier lors des dernières étapes, le GR se contentant de traverser les immenses dunes et de contourner les havres, celui de Geffosses ne présentant aucune difficulté puisqu'un pont le franchit, nous privant par cela de la vue de tadornes de Belon, de vanneaux huppés, de traquets motteux et autres gravelots à collier interrompu. 


Arrivés au niveau de Gouville, nous passons par les fameuses cabanes à toit coloré inscrites au patrimoine local.  La pluie s'est arrêtée mais le temps gris ne permet pas de faire de photos correctes des alignements de ces très jolies constructions dont l'histoire remonte au début du XXème siècle.


Le pique-nique se fait près d'un gabion datant du XVIIIème siècle. Ce genre de petite construction servait d'abri aux douaniers qui surveillaient les côtes très fréquentées par les contrebandiers.

Le havre de Blainville qui suit nous oblige à bifurquer dans une zone industrielle en grande partie consacrée à la conchyliculture et à l'ostréiculture. Quand nous retrouvons la côte, c'est pour tomber directement sur Agon-Coutainville que j'ai du mal à reconnaître : une bonne partie du sable du front de mer a disparu et d'énormes enrochements protègent désormais les villas du front de mer sur plusieurs kilomètres. Ayant vu l'océan à l’œuvre en Aquitaine pendant une vingtaine d'années (surtout au Médoc où la mer avançait d'un à deux mètres par an), j'ai conscience que ces murs contre l'océan ne sont que fétus et que ces maisons sont à terme condamnées. 


Depuis le début de notre aventure, nous avions l'habitude de dire bonjour aux personnes que nous rencontrions comme nous le faisons systématiquement en notre bonne forêt d'Ecouves. Que ce soit vers Barfleur, la Hague ou sur les dunes de Lindbergh, nous avions toujours reçu un salut en réponse. Et voilà que les passants croisés ne répondent pas à nos civilités, fuyant même notre regard. Perplexes, nous gagnons notre hôtel où une belle Coutainvillaise nous accueille chaleureusement. 

Nous avons l'explication de ce soudain refroidissement le lendemain quand, m’enquérant de la singularité des mœurs locales, un jovial natif me renseigne enfin : "C'est normal, vous avez dû rencontrer des Parisiens, ici il y en a plein et c'est eux qui achètent toutes les maisons en bord de mer." 

Etape 14 : Agon Coutainville-Montmartin sur Mer - 25 juin 2019 - 25,5 km

Cette étape n'est rien d'autre que le contournement du havre de Regnéville au sud d'Agon. Vingt-cinq kilomètres de détour à cause d'un détroit de cinq cents mètres de long à marée basse mais vingt-cinq kilomètres d'une magnifique nature sauvage...


Jusqu'au pique-nique du midi, nous ne rencontrerons absolument personne lors de ce long contournement, et pour cause : le chemin a peu d'accès et le terrain est particulièrement sauvage. Il faut parfois un peu d'imagination pour se croire sur un sentier balisé...

Photo Josette

De marécages en prés salés, nous ne franchissons le fleuve Sienne qu'au bout de trois heures au pont de la Roque où nous pique-niquons. 


La deuxième partie du tour du havre se fait essentiellement sur des prés salés où il devient vite impossible de ne pas marcher sur les crottes de mouton.


En arrivant à Regnéville, il se met à faire soif, la température atteignant les 20 degrés, nous ignorons à ce moment qu'à Alençon commence une canicule et qu'il y fait déjà 30 degrés. N'empêche avec un sac à dos, vingt degrés c'est beaucoup et nous nous attablons à la terrasse du bar local partiellement occupé par les grand-mères du club de tricot local.

Le village est bien agréable et il possède les vestiges historiques d'un glorieux passé comme une forteresse en ruine et des fours à chaux mais il nous faut partir vers notre gîte situé en plein marais entre la mer et le canal de Passerin.


Plus isolé tu meurs...  mais la mer est à 500 m. Il est des jours où l'on regrette de ne pas rester un peu plus tant l'accueil est chaleureux et le pays serein.  

Le soir venu, il nous faut trouver à manger et le premier restau est à deux bons kilomètres au sud... les pieds font un peu la moue. Des voisins de gîte habitant l'Orne comme nous nous proposent gentiment de nous véhiculer. Quelle bonne idée !

Photo Josette
 
Dans le seul bar-restaurant ouvert de Hauteville Plage, nous sifflons avec volupté une bonne bière avant de nous régaler d'énormes brochettes de Saint-Jacques servies par un patron grand défenseur de l'histoire locale. 

Etape 15 : Montmartin sur Mer-St Martin de Bréhal - 26 juin 2019 - 16,3 km

Notre voyage est bientôt terminé, il ne nous reste plus que le havre de la Vanlée à passer avant de nous rendre à Granville.


La moitié de la randonnée se fait sur la dune en ligne droite jusqu'à ce que nous arrivions au havre.


Celui-ci est à marée basse mais pas question de le traverser avec nos sacs à dos. Il faudra bien suivre le GR qui emprunte tant bien que mal des routes de campagne et des chemins parfois transformés en champ de poireaux ou de carottes par l'agriculteur local soucieux de rendement.


Au bout d'un moment, fatigués par les tergiversations d'un GR devenu aléatoire, nous descendons sur le havre lui-même jusqu'à ce que nous arrivions à la route inondable qui traverse la Vanlée.


En cette période de petites marées, la route est dégagée toute la journée et les prés salés sont investis par les moutons.


Le camping de la Vanlée est immense et peu habité, notre tente est spartiate mais convenable. Cette étape ayant été parcourue d'un seul tenant, nous mangeons notre boîte de sardines avec un reste de pain comme repas de midi, pensant trouver à manger pour le soir à St Martin.

Eh bien non, le calendrier est sans pitié : nous ne sommes pas encore le 1er juillet et tout est fermé le soir. Au bar PMU, le patron nous dit d'aller voir à Coudeville, deux km plus au sud "Allez voir, y'a le gars qui fait d'la moto. C'est ouvert sept jours sur sept, y s'appelle Laurent."

Effectivement, nous trouvons le Laurent dans un petit local proche d'un parking qui nous fait à manger pour dix euros par personne boissons comprises. Et en plus, c'est bon. La dernière fois que j'ai mangé pour ce type de tarif, c'était au Maroc. 

Etape 16 : St Martin de Bréhal-Granville - 27 juin 2019 - 11 km

Ce n'est pas vraiment une étape mais un sas. Après avoir traversé des pays sauvages et souvent déserts, nous entrons à partir de St Martin de Bréhal dans une zone plus urbaine qui va jusqu'à Granville. 


Au bout d'un moment passé le front de mer, nous finissons par couper par la plage, direction Granville que nous voyons au loin depuis le début.


Le voyage ne prend que deux heures et nous avons le temps de nous installer dans notre hôtel avant de ressortir en ville. 
 
Granville a la chance d'être bien plus qu'une cité balnéaire même si ses plages sont très agréables. C'est une très ancienne ville corsaire et son carnaval est réputé. Granville est habitée... Toute cette vie qui grouille, toute cette agitation nous étourdit un peu après deux semaines de pérégrinations en couple. 


Nous passons un moment dans une petite crique située sous la ville haute, nous y retrouvons un peu de calme avant de retourner à l'hôtel où nous faisons un bon gueuleton avant d'aller baguenauder sur la longue jetée du port. 
 
 Granville, 27 juin au soir...
(Statues de Philippe Olive)
 
 
Epilogue - 28 juin 2019

Notre voiture est à Picauville, près de Ste Mère Eglise à une centaine de kilomètres de Granville par le bus. Le ticket coûte la modeste somme de 2€30 et pour ce prix, on peut vous emmener à Cherbourg si vous voulez. Bon, il faut être patient d'autant qu'il faut changer à St Lô avec deux heures d'attente. Ça tombe bien, nous avons le temps.

En fin d'après midi, Jean-Yves nous attend à Ste Mère et nous achemine à Picauville où nous partageons un barbecue généreusement arrosé de vin blanc. Concernant la canicule, nous avons eu des nouvelles du reste de la France et je consulte à ce moment l'application météo de mon smartphone :

 

 
Merci à Sylviane, Jean-Yves, Françoise et Rémi pour leur aide et leur accueil. 

Merci à mon épouse Josette sans qui ce voyage n'aurait pas eu de sens.




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TOUR DU COTENTIN - ETAPES 9 à 12

Par Le Lutin d'Ecouves - 17-07-2019 11:32:03 - 2 commentaires

 
Etape 9 : Les Pieux-Barneville Carteret - 20 juin 2019 - 28 km
 
L'étape de plage. L'étape précédente ayant été plutôt longue et celle-ci pas vraiment courte, nous décidons cette fois de ne pas suivre le GR et d'emprunter la plage qui nous assure d'une progression plus rapide. Nous allons d'abord marcher dans l'Anse de Sciotot puis progresser sur l'immense plage de plus de 12 km de long qui va de Surtainville à Carteret.
 
 
Après quelques kilomètres de route, nous arrivons à Sciotot, le soleil est de la partie. Arrivés au bout des quatre kilomètres de l'Anse, nous grimpons et regardons une dernière fois le cap de Flamanville au loin :
 

Le nord semble encore bien encombré de nuages alors que le bleu envahit progressivement le sud. Ça tombe bien, c'est là que nous allons.
 
 
Mon épouse adopte un rythme régulier de 5,5 km/h et s'y tient. Le Cap de Carteret se fait attendre durant plus de deux heures mais nous y arrivons finalement, retrouvant la civilisation avec ses bons côtés comme les bars en bord de mer.
 

Encore près de cinq kilomètres de civilisation pour rejoindre l'hôtel. Sur le port, nous rencontrons des bénévoles de la FFR qui collent des autocollants GR223. Nous les remercions pour leur travail, conscients du fait que la France a bien de la chance de posséder un réseau aussi dense de chemins balisés.
 
 

A partir d'ici, le dénivelé, c'est terminé. Nos montagnes seront de sable et le ciel notre limite. Le parcours des grands havres a débuté.

Etape 10 : Barneville Carteret-Denneville - 21 juin 2019 - 20 km




Aujourd'hui, c'est l'été. Nous achevons le tour du havre de Barneville entamé hier. Direction le havre de Portbail.


Après quelques kilomètres de plage, nous y arrivons par les dunes. Ce havre ne pose pas de difficultés de contournement, étant franchi par deux ponts.


La petite ville de Portbail a, comme toute la région, une histoire très ancienne comme en atteste des vestiges gallo-romains ou cette église du XIème siècle avec son clocher carré typique de la région. Ce clocher servait pour la défense mais aussi de point d'amer pour les bateaux entrant dans le havre. 


 

Un deuxième pont, piétonnier cette fois, nous permet de quitter Potbail pour pénétrer dans les superbes dunes de Lindbergh.


Ce beau lieu de randonnée doit son nom au fait qu'en 1927, on aurait aperçu un avion survoler ce lieu. On a supposé que c'était Charles Lindbergh qui rentrait chez lui après sa traversée de l'Atlantique... 

Arrivés à Denneville par un temps magnifique, nous avons la surprise de constater que le B&B loué pour le prix d'une chambre d'hôtel est en fait une maison complète entourée d'un beau jardin. Une promenade vespérale à Lindbergh-plage me permettra de faire un portrait de Josette en moussette* :


*La moussette est plus précisément la forme juvénile de l'araignée de mer, endémique sur ces côtes.

Etape 11 : Denneville-St Germain sur Ay - 22 juin 2019 - 19 km


A nouveau des steppes dunaires, nous ne nous lassons pas de ces vastes paysages déserts. Comme à l'accoutumée, notre marche est accompagnée par l'alouette, infatigable chanteuse.

 
Notre progression est bientôt stoppée par le havre de Surville très difficile à contourner, ce qui nous oblige à passer par la route un bon moment. Une fois le havre contourné, il nous faut prendre la plage pour enfin arriver à St Germain sur Ay Plage. Il y a un café ouvert, nous prenons notre temps et consommons deux cafés de suite. Nous sommes les seuls consommateurs et, à notre départ, la patronne ferme son établissement pour aller faire un tour. Notre B&B se trouve à plus de cinq kilomètres de là, au fond du havre.



Le Havre de St Germain est un des plus vastes du Cotentin, il a servi de port de commerce jusqu'au début du XXème siècle puis l'ensablement conjugué à l’augmentation du tonnage des bateaux a fini par mettre un terme à cette activité tout comme la Révolution, en mettant fin à la gabelle avait fait disparaître l'activité des sauniers locaux (au profit du sel de Noirmoutier plus facile à produire).

Témoin de cette activité portuaire, un corps de garde construit sur ordre de Vauban surveille encore ces terres qui ne s'inondent plus qu'aux grandes marées. C'est près de ce corps de garde que nous croisons une noce habillée en hardes moyenâgeuses qui s'en va fêter les vingt ans de mariage d'un couple local, tractant force victuailles et boissons. Nous sympathisons et discutons un peu avec la joyeuse équipe, moquant gentiment les impétrants du haut de nos quarante et un ans d'hyménée. 

Etape 12 : St Germain sur Ay-Pirou - 23 juin 2019 - 16,2 km

Un havre, ça ressemble à ça...


... et c'est souvent beaucoup de kilomètres de sable et de marais pour traverser un petit fleuve côtier. 

 
Moyenne étape simple aujourd'hui. Nous allons pouvoir récupérer un peu d'autant que l'hébergement nous est facilité par nos cousins Françoise et Rémi qui nous prêtent leur maison de Pirou qui se trouve au sud du havre. Juste un petit tour de la pointe du Becquet et direction le sud par la plage.


Le temps restera nuageux toute la journée. Nous arrivons assez tôt au but et avons le temps de faire notre unique séance de plage du périple en compagnie des cousins. Ceux-ci nous confient ensuite la clé de leur château avant de filer vers Alençon.
 
Pirou est une station balnéaire à taille humaine qui respire le calme, même en plein été. Après le dîner, nous allons nous asseoir sur un banc face à la mer. Nous ne pensons à rien, goûtant juste la quiétude d'un couple qui sait que le bonheur, s'il existe, n'est pas un but mais un long chemin.


A suivre


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TOUR DU COTENTIN - ETAPES 5 à 8

Par Le Lutin d'Ecouves - 10-07-2019 12:16:58 - 5 commentaires


Etape 5 : Cherbourg-Omonville la Petite - 16 juin 2019 - 24,7 km
 
Alors que nous étions sous les nuages depuis notre départ de l'hôtel, au moment où nous passons la limite de l'agglomération cherbourgeoise, le soleil fait son apparition...


A part quelques passages de plage, nous devons bien souvent progresser dans les rues de stations balnéaires. Il faudra environ 12 km pour que nous retrouvions la nature sauvage propre à la région.

 
Pique-nique à Landemer : le sentier côtier commence ici. Les coureurs de la 1/2 Barjo nous ont précédés de peu, nous allons suivre les traces de la course durant plusieurs jours. 
 

Sept kilomètres d'un magnifique sentier de trail avec des montées et des descentes continuelles, nous ne croisons bientôt plus de touristes.


Nous progressons dans une magnifique nature qui me fait bien souvent penser à la Bretagne. Le temps se couvre progressivement, ce qui nous évite de trop souffrir, le dénivelé étant conséquent.

 
A l'approche d'Omonville la Rogue, nous croisons le "Mur Blanc", un amer construit à la fin du XIXème pour servir de repère à la navigation. 

Havre de Barfouis, Pointe de Jardeheu, nous revenons au niveau de la mer avec parfois de longues progressions sur des langues de galets.


Au milieu de l'Anse St Martin, nous pénétrons dans le pays de la Hague avec ses caractéristiques pâturages cernés de murs en pierre sèche et ses fameux "gratte-cul", sortes de petits menhirs plantés en milieu de champ et destinés au confort des bêtes qui s'y frottent, évitant ainsi qu'elles le fassent le long des murs qui finiraient par s'effondrer.


Pause à Omonville la Petite, magnifique village. Notre visite vespérale sera consacrée à Jacques Prévert dont la tombe se situe à l'entrée du cimetière près de la très jolie église que le poète se gardait bien de fréquenter car, comme il disait, "Dans une église, il y a toujours quelque chose qui cloche".

Etape 6 : Omonville la Petite-Auderville - 17 juin 2019 - 12,8 km

Nous avons décidé de faire le tour du Cap de la Hague en deux jours pour récupérer un peu mais aussi parce que le terrain s'y fait plus rocailleux et nettement plus pentu dans sa deuxième partie.


Premier arrêt à Port Racine, le plus petit port de France. Celui-ci tient son nom de François-Médard Racine, un corsaire du XIXème siècle qui y mouillait son bateau "l'Embuscade" prêt à se jeter sur le moindre navire rosbeef qui passait. 


L'étape est courte et relativement plate mais le sentier se transforme souvent en champ de galets, ce qui rend la progression peu aisée. Arrivés à Goury, nous prenons notre temps avant de rejoindre Auderville qui se trouve deux km plus haut.


Nous sommes enfin arrivés au Cap de la Hague à l'extrémité nord-ouest du Cotentin. Demain, cap vers le sud... 


Le soir, comme nous sommes taquins, nous faisons un nouveau cliché d'un bouquet de gunnera manicata pour l'envoyer à la famille et aux amis en leur expliquant qu'il s'agit de rhubarbe et que sa taille exceptionnelle est due à la proximité de l'usine de retraitement de déchets nucléaires.

La soirée est magnifique, après le restaurant nous descendons à Goury pour sacrifier au rite maintes fois rebattu du coucher de soleil. C'est banal, c'est sentimental mais c'est beau.


Etape 7 : Auderville-Herqueville - 18 juin 2019 - 14,2 km

Deuxième petite étape mais maximum de dénivelé, nous allons passer par le Nez de Jobourg qui culmine à 128 mètres au-dessus du niveau de la mer. Nous allons en prendre plein les yeux. Euh oui, mais pas comme on l'avait prévu...


 Houlà, il fait un peu gris ce matin ! Par prudence, les sacs sont munis de leurs préservatifs orange. Ça gâche un peu la photo.
 

Mon épouse qui est passionnée de géologie m'explique à nouveau que nous marchons sur des gneiss icartiens vieux de deux milliards d'années... houlà, je fais attention où je mets les pieds.



Le site est fabuleux, les photos le sont moins, la luminosité baissant de plus en plus. Un vent à décorner les aurochs se lève, nous trouvons un inconfortable petit coin à l'abri pour pique-niquer. L'étape est courte et nous avons le temps... Non, finalement nous n'avons pas beaucoup de temps et le repas est vite expédié car il y a des signes qui ne trompent pas :


Krabardaf !!! Une pluie orageuse poussée par un vent furieux se jette sur nous et nous bat comme plâtre. Nous avons beau avoir mis l'équipement anti-pluie, nous sommes giflés, soufflés, foulés au pied par un grain subit et nonobstant peu amène. Les sentiers déjà bien techniques se transforment instantanément en ruisseaux. Vous avez beau être normand, ça surprend !

Ce sont deux serpillières qui se présentent au B&B d'Herqueville. Nos hôtes allument leur cheminée pour que nous y fassions sécher nos chaussures et nous prêtent leur séchoir . Une fois égouttés, nous goûtons enfin la félicité assis à la table d'hôtes face aux huitres, bigorneaux et autres araignées de mer géantes, le tout arrosé de bon vin. L'aventure c'est bien. La bonne chère, c'est pas mal non plus...

Etape 8 : Herqueville-Les Pieux - 19 juin 2019 - 31,5 km


L'étape des brumes. Ce matin, il ne pleut plus et il fait bon mais boudiou que c'est brumeux ! Des hautes falaises d'Herqueville, nous apercevons à peine Flamanville que nous passerons dans la journée.


Le terrain descend vite au niveau de la mer et nous longeons d'abord la mare de Vauville, une réserve ornithologique de deux kilomètres de long qui peut abriter jusqu’à 160 espèces d'oiseaux sur 60 hectares. Pas question de baguenauder, nous restons sur les sentiers tracés pour la tranquillité des animaux.


En enfilade, se trouvent les dunes de Biville autrement plus vastes : 617 hectares sur 10 km de long. Nous partons à l'aventure sur la vaste pelouse dunaire dont on ne voit pas la fin, le paysage fait parfois penser à une steppe d'Asie centrale. On y fait parfois d'étranges rencontres :


Cet EBR Panhard a, semble-t-il été oublié par l'Armée quand elle a quitté l'endroit, alors terrain militaire. 



A 14 heures, la brume s'épaissit de plus en plus. Arrivés à Siouville, nous décidons de quitter le GR pour suivre la plage, histoire d'accélérer le pas. Arrivant sur le port de Diélette, il nous faut contourner l'usine de Flamanville en empruntant un looong détour.
 
 
Quand nous retrouvons le chemin côtier à l'Anse de Quédoy, nous en avons plein les bottes ; après cinq kilomètres de montagnes russes il nous faudra encore trois kilomètres de route pour rejoindre les Pieux où se situe l'hôtel. Quand nous arrivons en ville, la brume a tout envahi. Perclus de fatigue, nous passons une soirée en coton.

Demain, nous allons aborder le pays des grands havres qui nous mènera au terme de notre périple. La pluie puis la brume n'ont finalement pas tant perturbé le déroulement des deux dernières étapes et puis, en Normandie comme en Bretagne, il faut prendre la météo avec humour...


A suivre





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TOUR DU COTENTIN - ETAPES 1 à 4

Par Le Lutin d'Ecouves - 03-07-2019 16:30:28 - 4 commentaires

 
Cela faisait longtemps que cela trottait dans nos têtes. Admirateurs depuis longtemps de la nature sauvage de nos voisins de la Manche, mon épouse et moi avions formé le projet de faire le tour des côtes du Cotentin d'Utah Beach jusqu'à Granville (330 km) en changeant chaque jour de lieu d'hébergement. 
 
Après avoir été parachutés chez nos amis de Ste-Mère-Eglise, nous avons donc débarqué sur la plage de Ste-Marie-du-Mont 75 ans et six jours après la Quatrième Division d'infanterie US.
 
 
 Etape 1 : Utah Beach-Quettehou - 12 juin 2019 - 24,3 km
 
Une heure avant le départ, il tombe des cordes... puis, magie de la Manche, le soleil apparaît à notre arrivée sur la plage. Il fait frais, ce qui convient bien à des marcheurs respectivement chargés de sacs de  8 à 9 kg et de 10 à 11 kg. 
 
 
La Basse-Normandie est un pays d'élevage de chevaux et la Manche n'échappe pas à la règle. Sur ces immenses plages peu fréquentées, les trotteurs sont plus nombreux que les plagistes. Josette et moi entamons un long périple de solitude à deux dans un pays de grèves et de marais, de vastes ciels  et de lumières changeantes.
 
 
Les trois-quarts de la randonnée se font sur le sable, peu d’événements ponctuent notre marche hormis ces drôles de petites maisons de Ravenoville bien peu peuplées en ce mois de juin.


 Il faut attendre le contournement du petit havre de la Sinope pour que notre chemin se mette à longer les marais côtiers de la région de Quettehou- St Vaast.
 
 
 Au loin, la pointe de St Vaast (prononcer St Vâ) avec sa tour Vauban nous cache la petite île de Tatihou. Nous approchons du Camping de Quettehou (prononcer Kétou). Il va pleuvoir cette nuit mais nous serons bien au chaud dans une petite cabane en bois.

Etape 2 : Quettehou-Gatteville - 13 juin 2019 - 26 km


Encore 5 km pour achever ce tour de la baie de St Vaast entamé hier, le ciel est toujours aussi chargé et le vent bien frais. Un bon café pris sur le port et nous partons enfin en direction de la pointe de Barfleur.
 
 
La serviette de toilette séchant accrochée au sac à dos, nous devons avoir un drôle de style... les t-shirts d'hier devront attendre le pique-nique pour terminer leur séchage sur des rochers  mais pour le moment, nous finissons le tour de baie puis, choisissant plutôt la plage, nous longeons une côte désertique bordée de terrains agricoles.
 
 
Pas une âme durant 5 km, nous nous arrêtons pour manger face à la mer calme, un calme dont elle ne se départira pas durant tout notre séjour. 
 
 
Quand la côte se fait plus rocheuse, nous rejoignons le GR 223 qui s'enfonce parfois parmi la végétation dense de ce terrain sablonneux  sur lequel la mauve royale pousse avec aisance.
 
 
Barfleur, nous approchons de la pointe du même nom où nous allons nous arrêter pour la nuit.
 
 
Nous résidons au bord du havre de Crabec de l'autre côté de Barfleur. Le camping est planté de palmiers. Il ne gèle pas en ces lieux. 
 
Le soir tombe avec une telle lenteur que nous dormons avant que le soleil ne disparaisse derrière les marais.
 
Etape 3 : Gatteville-Fermanville - 14 juin 2019 - 20 km
 

Cette étape pourrait s'appeler "l'étape des marais" car nous allons les côtoyer durant ces 20 km mais d'abord il faut cesser de progresser vers le nord pour basculer vers l'ouest en passant le phare de Gatteville.


Ici commence l'étape la plus déserte de la série ; les maisons se font rares puis disparaissent, nous ne croisons que quelques randonneurs que nous larguons bien vite. 


Notre chemin va droit devant lui, bordé au sud par les dunes et au nord par d'infranchissables marais, quinze kilomètres à ne progresser que sur du sable sec et fuyant planté de pavots jaunes et de choux maritimes.


Entre nous et la civilisation, de l'eau et des centaines d'oiseaux (cygnes, foulques, passereaux, tadornes...).
 

L'arrêt repas sur la plage est bienvenu puis nous terminons notre voyage quotidien par les marais de Fermanville accompagnés par une impressionnante symphonie batracienne.


Etape 4 : Fermanville-Cherbourg - 15 juin 2019 -26 km


La pluie nous cherche depuis le départ, elle va bien finir par nous trouver...


Le parcours de granite rose allant du Cap Lévi à l'Anse du brick est magnifique mais la lumière se fait discrète, dommage...


Le GR nous emmène un moment sur les collines surplombant la mer et nous y découvrons une végétation pléthorique accompagnée du glougloutement continuel de nombreux cours d'eau. Tout pousse ici, y compris les bananiers.


Nous envisageons un moment de manger sur ces collines mais une gunnera manicata aux faux airs de rhubarbe géante venue du Brésil a envahi l'aire de pique-nique. Il nous faut descendre vers la plage pour nous restaurer.
 
 
Suivant la côte, nous entrons enfin dans l'agglomération cherbourgeoise. A peine eus-je dit à mon épouse "Regarde, la pancarte, on est à Cherbourg" que la pluie se met à tomber avec une insistance presque déplacée.

Le problème, c'est que Cherbourg-en-Cotentin fait environ 14 km de long sur une bande étroite entre collines et mer et que notre hôtel se trouve au 10 ème km. Deux heures de marche. Notre chambre ressemble à un campement gitan où nos vêtements et chaussures sèchent partout tant bien que mal. Nous venons d'essuyer (c'est le mot) 50 % de la pluie des 16 étapes mais ce n'est pas n'importe quelle pluie, c'est la pluie de Cherbourg.


Ces douces avanies me rendraient presque romantique...


A suivre.

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PLUS NORMANDE QUE SUISSE

Par Le Lutin d'Ecouves - 10-06-2019 13:41:00 - 3 commentaires

31 mai 2019
 
La Normandie n'est pas plate mais comme les Normands, ses reliefs sont pleins de mesure. Ce sont les premiers touristes visitant ce pays situé à cheval sur le Calvados et l'Orne qui ont eu cette idée saugrenue de qualifier les vallées de l'Orne et de ses affluents de "Suisse Normande".
 
 
Restons dans l'Orne, le pays des derniers lutins normands. Nous démarrons notre randonnée au Mesnil-Villement et plus précisément au Pont-des-Vers témoin maintenant inerte du passé industriel de l'Orne qui a compté jusqu'à 450 000 habitants du temps de la splendeur des filatures (aujourd'hui 285 000 h). L'usine maintenant désaffectée a longtemps fabriqué les fameuses blouses grises des instituteurs et fonctionnaires ainsi que le tissu vichy des tabliers d'écoliers, blouses de femmes et même de la robe de mariée vichy rose-mauve de Brigitte Bardot en 1959.
 
 
Nous suivons d'abord le cours de la Rouvre qui serpente parmi les hautes collines dont la modeste splendeur printanière brille de tous ses feux. 


On est ici en plein pays de Faërie où grouillent les êtres magiques pour qui sait voir. En ces lieux, les Peuples sont tranquilles car peu nombreux sont les fâcheux parmi les collines.

 
 
Les prés ne sont que vie et douceur, certains semblent des constellations florales. Je déplore à ce moment le nombre trop restreint de papillons, eux qui couvraient la campagne par milliers lors de mon enfance au milieu du vingtième siècle.
 
 
Déjà 13 km parmi des sentiers parfois escarpés.  Nous faisons une pause sur le nez de la roche d'Oëtre qui domine la Vallée de Rouvre d'une bonne centaine de mètres. La vue est grandiose et le calme olympien. Le temps s'étire... Je pense à mon Mustang que j'avais poutré d'importance lors du trail local il y a dix ans et qui en avait fait un désopilant exercice de style à la Queneau.
 
 
Nous quittons enfin la Rouvre pour suivre les méandres de l'Orne, fleuve tranquille bordé d'immenses prairies parfois trouées de marécages. La balade est aisée sauf quand il faut escalader les falaises formées par le cheminement serpentin de l'eau. C'est lors d'une de ces longues montées que nous manquons de marcher sur une magnifique vipère péliade de cinquante bons centimètres de long qui semblait digérer son repas au soleil. Las, me voyant sortir mon appareil photo, le gracieux animal situé à moins d'un mètre se glisse entre les herbes et disparaît.
 
 
Arrivés sur le plateau surplombant l'Orne, nous marchons un bon moment parmi les cultures de blé, d'orge ou de fèves. Il fait très chaud pour des lutins... vingt-trois degrés au moins.

 
Le retour se fait par des routes de campagne le long du cours de l'Orne rejoint par d'aimables ruisseaux dont la présence nous donne à penser que cette belle journée n'est pas terminée.
 
 
Retour par le Pont-des-Vers et son viaduc SNCF dont les rails sont partis en Allemagne dans les années quarante. Nous avons parcouru 24 km dans la paix ensoleillée de notre beau pays d'Orne. Finalement, la vie est belle.
 
 

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LE MATIN DES MAGICIENS

Par Le Lutin d'Ecouves - 22-03-2019 21:06:45 - 14 commentaires

22 mars 2019
 
 
Voilà maintenant presque trois mois que j'ai rendez-vous chaque vendredi matin avec mon pire ennemi, en l'occurrence moi-même, en forêt d'Ecouves. Huit heures trente sont à peine passées quand je laisse mon automobile sur le parking de la mairie de Radon. Le ciel est blanc de brume ; je pénètre en Ecouves comme je m'enfouirais en moi.
 
 
Les bienfaisantes pluies de la fin d'hiver ont orchestré la polyphonie tintinnabulante des filets, rus et ruisseaux installés ou provisoires à laquelle se superposent les nombreux chants d'oiseaux parfois rythmés par les battements du pivert ou déchirés par le crissement métallique du geai.
 

Pins sylvestres et sapins pectinés sur sols pauvres, hêtres et chênes sessiles sur des terres plus accueillantes, je grimpe de parcelle en parcelle jusqu'à ce que le bleu du printemps nouveau-né vienne laver mon regard.


Craignant à juste titre quelques chausse-trapes et autres embûches concoctées par la boue chafouine, mes foulées circonspectes éclaboussent régulièrement le bruissant silence forestier. Je ne m'aperçois pas tout de suite de la beauté bleue qui s'élève au-dessus des frondaisons.
 
 
Je sors juste d'une parcelle de sapins, la brume s'élève du sol et vient ouater les chênes comme s'ils s'éveillaient progressivement d'un rêve profond. La paix de l'instant me guérit de bien des maux. Les larmes rendent enfin les armes, la vie continue...

Au moment de repartir, je ressens comme un appel, une impulsion qui me fait me retourner en direction des résineux que je viens de quitter. Ecouves a un dernier message à délivrer :



 Rayons de lumière,
A peine un souffle de vent,
Magie du matin.





 
 

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TROIS POÈMES POUR PHILIPPE

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-03-2019 18:47:28 - 25 commentaires

 
Dans le bruit de ses pas, j’ai entendu la pluie,
Un souvenir d’été, une fleur épanouie.
J’ai entendu l’automne au milieu des couleurs
J’ai entendu son rire, partagé sa douleur.
 
J’ai entendu l’hiver sur le flanc de l’alpage,
Le silence de la neige comme un livre sans pages.
Dans les traces de ses pas, je revois le printemps
Effacer toute peine, me guérir de l’instant.
 
******
 
Chardonneret, ciel changeant,
Hiver endormi.
Un froid soleil me sourit.
 
Dans la brume des sentiments,
Tu es encore près de moi.
 
******
 
Je t’ai suivi parmi les monts brumeux
Sur des chemins que seuls aiment les fous.
Je t’ai suivi au pied des flots furieux
Sur des sentiers à se briser le cou.
 
Je t’ai suivi parmi les vents contraires
Dans la nuit noire sans penser au matin.
Je t’ai suivi, tu n’étais pas mon frère
Mais simplement, tu me tendais la main.
 
 ******
 
 

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CE QUE ME DISENT LES ARBRES

Par Le Lutin d'Ecouves - 05-02-2019 07:04:28 - 7 commentaires

 
 

Pas une âme, pas un souffle, l'hiver a enseveli Ecouves dans un silence de cristal et je chemine au Bord du Monde.


Aux environs de la Pierre-Chien, les arbres m'interpellent : As-tu entendu le doux silence engourdi des douleurs qui sommeillent ? Viens-tu nous visiter avant que ne tombe le soir, avant que ne chute l'espoir ?


Sur les sentiers de la Croix, ils dressent leurs aiguilles, fiers et droits, sombres et indifférents, les sapins me laissent passer trop occupés par la musique des cimes jouée par le vent aux dents de verre.


Mon pied est d'argile, mon souffle est blanc, je suis seul, ils sont si nombreux perdus dans l'embrouillamini de l'incessant réseau des sentiments. Ils se touchent, ils se caressent, ils se blessent, ils se brisent, ne laissant derrière eux que le souvenir amer d'anciens sentiers autrefois si prometteurs.
 
 
Sur le chemin des étangs, j'entends les pins sylvestres célébrer le matin par leurs chants azurés. Légers, graciles et doux, ils sont oublieux des tempêtes et attendent d'autres temps, je les envie. Ils me saluent et m'offrent une éclaircie miraculeuse, tendre illusion, merveilleux sourire.


Perdu dans mes pensées, je m'enfonce à nouveau dans la brume puis descends vers la stèle de ceux qui ne sont pas revenus ; j'y croise un ami cher : Regarde-moi, je suis le chêne, le lierre m'a pris et je m'en vais fier et droit.


Il est temps de rentrer. Déchirant des voiles de tristesse, je m'enfuis enfin. Arrivant près du Verdier, gravissant les durs flancs de la Dalle, je m'arrête un instant sur son sommet de grès. Ni homme, ni bête, durant ces longues heures glacées. Je descends le Vignage, le sud d'Ecouves m'appelle.
 

Au bord du monde, je suis un funambule
Perdu dans la lumière des sentiments
Sur les chemins de ma vie somnambule
Je marche et puis vacille un court instant
 
Aimez-moi, aimez-moi encore un peu
Et si m'aimer vous fait souffrir...
Oubliez-moi
 
 

Février 2019
 
 
 


 
 

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SIX TANKAS* POUR L'HIVER

Par Le Lutin d'Ecouves - 27-12-2018 16:20:40 - 4 commentaires

 
Double crépuscule
Miroir des années de miel
Sous l'astre trompeur

Sur les chemins de traverse
Nos reflets s'effaceront
 
******
 

Le bruit des batailles
A cessé de traverser
Nos cloisons intimes

Ne reste plus que l'écho
De la douceur du printemps

******
 

Larmes suspendues
Il attend de nouveaux chants
Instants funambules

Dans la blancheur des silences
Le temps n'a plus d'importance
 
******
 

Givre et perfection
Mortel réseau de dentelles
Au cœur de l'hiver

La mort tapie sous les feuilles
Doux sentiment d'abandon

******
 

Au soleil de mars
Éblouissement des sens
Larme du matin

Consumée par tant d'amour
Elle meurt mais jamais ne fane
 
******
 

Ces années de glace
Peinent à cacher son ardeur,
Amours incendiaires


Derrière les sombres nuées
Brûle un coruscant été
 
 ******
 
* Le Tanka (chant court) est une ancienne forme poétique japonaise non rimée,
ancêtre du Haïku. Il comporte 31 mores sur 5 lignes : 5-7-5 puis 7-7, la deuxième partie venant conforter la première. Bon exercice de poétique impaire pour un esprit occidental habitué aux hexasyllabes, octosyllabes et autres alexandrins !

Les photos peuvent être agrandies en cliquant dessus.
 
 
 

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