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Le Lutin d'Ecouves

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LE MATIN DES MAGICIENS

Par Le Lutin d'Ecouves - 22-03-2019 21:06:45 - 14 commentaires

22 mars 2019
 
 
Voilà maintenant presque trois mois que j'ai rendez-vous chaque vendredi matin avec mon pire ennemi, en l'occurrence moi-même, en forêt d'Ecouves. Huit heures trente sont à peine passées quand je laisse mon automobile sur le parking de la mairie de Radon. Le ciel est blanc de brume ; je pénètre en Ecouves comme je m'enfouirais en moi.
 
 
Les bienfaisantes pluies de la fin d'hiver ont orchestré la polyphonie tintinnabulante des filets, rus et ruisseaux installés ou provisoires à laquelle se superposent les nombreux chants d'oiseaux parfois rythmés par les battements du pivert ou déchirés par le crissement métallique du geai.
 

Pins sylvestres et sapins pectinés sur sols pauvres, hêtres et chênes sessiles sur des terres plus accueillantes, je grimpe de parcelle en parcelle jusqu'à ce que le bleu du printemps nouveau-né vienne laver mon regard.


Craignant à juste titre quelques chausse-trapes et autres embûches concoctées par la boue chafouine, mes foulées circonspectes éclaboussent régulièrement le bruissant silence forestier. Je ne m'aperçois pas tout de suite de la beauté bleue qui s'élève au-dessus des frondaisons.
 
 
Je sors juste d'une parcelle de sapins, la brume s'élève du sol et vient ouater les chênes comme s'ils s'éveillaient progressivement d'un rêve profond. La paix de l'instant me guérit de bien des maux. Les larmes rendent enfin les armes, la vie continue...

Au moment de repartir, je ressens comme un appel, une impulsion qui me fait me retourner en direction des résineux que je viens de quitter. Ecouves a un dernier message à délivrer :



 Rayons de lumière,
A peine un souffle de vent,
Magie du matin.





 
 

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TROIS POÈMES POUR PHILIPPE

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-03-2019 18:47:28 - 25 commentaires

 
Dans le bruit de ses pas, j’ai entendu la pluie,
Un souvenir d’été, une fleur épanouie.
J’ai entendu l’automne au milieu des couleurs
J’ai entendu son rire, partagé sa douleur.
 
J’ai entendu l’hiver sur le flanc de l’alpage,
Le silence de la neige comme un livre sans pages.
Dans les traces de ses pas, je revois le printemps
Effacer toute peine, me guérir de l’instant.
 
******
 
Chardonneret, ciel changeant,
Hiver endormi.
Un froid soleil me sourit.
 
Dans la brume des sentiments,
Tu es encore près de moi.
 
******
 
Je t’ai suivi parmi les monts brumeux
Sur des chemins que seuls aiment les fous.
Je t’ai suivi au pied des flots furieux
Sur des sentiers à se briser le cou.
 
Je t’ai suivi parmi les vents contraires
Dans la nuit noire sans penser au matin.
Je t’ai suivi, tu n’étais pas mon frère
Mais simplement, tu me tendais la main.
 
 ******
 
 

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CE QUE ME DISENT LES ARBRES

Par Le Lutin d'Ecouves - 05-02-2019 07:04:28 - 7 commentaires

 
 

Pas une âme, pas un souffle, l'hiver a enseveli Ecouves dans un silence de cristal et je chemine au Bord du Monde.


Aux environs de la Pierre-Chien, les arbres m'interpellent : As-tu entendu le doux silence engourdi des douleurs qui sommeillent ? Viens-tu nous visiter avant que ne tombe le soir, avant que ne chute l'espoir ?


Sur les sentiers de la Croix, ils dressent leurs aiguilles, fiers et droits, sombres et indifférents, les sapins me laissent passer trop occupés par la musique des cimes jouée par le vent aux dents de verre.


Mon pied est d'argile, mon souffle est blanc, je suis seul, ils sont si nombreux perdus dans l'embrouillamini de l'incessant réseau des sentiments. Ils se touchent, ils se caressent, ils se blessent, ils se brisent, ne laissant derrière eux que le souvenir amer d'anciens sentiers autrefois si prometteurs.
 
 
Sur le chemin des étangs, j'entends les pins sylvestres célébrer le matin par leurs chants azurés. Légers, graciles et doux, ils sont oublieux des tempêtes et attendent d'autres temps, je les envie. Ils me saluent et m'offrent une éclaircie miraculeuse, tendre illusion, merveilleux sourire.


Perdu dans mes pensées, je m'enfonce à nouveau dans la brume puis descends vers la stèle de ceux qui ne sont pas revenus ; j'y croise un ami cher : Regarde-moi, je suis le chêne, le lierre m'a pris et je m'en vais fier et droit.


Il est temps de rentrer. Déchirant des voiles de tristesse, je m'enfuis enfin. Arrivant près du Verdier, gravissant les durs flancs de la Dalle, je m'arrête un instant sur son sommet de grès. Ni homme, ni bête, durant ces longues heures glacées. Je descends le Vignage, le sud d'Ecouves m'appelle.
 

Au bord du monde, je suis un funambule
Perdu dans la lumière des sentiments
Sur les chemins de ma vie somnambule
Je marche et puis vacille un court instant
 
Aimez-moi, aimez-moi encore un peu
Et si m'aimer vous fait souffrir...
Oubliez-moi
 
 

Février 2019
 
 
 


 
 

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SIX TANKAS* POUR L'HIVER

Par Le Lutin d'Ecouves - 27-12-2018 16:20:40 - 4 commentaires

 
Double crépuscule
Miroir des années de miel
Sous l'astre trompeur

Sur les chemins de traverse
Nos reflets s'effaceront
 
******
 

Le bruit des batailles
A cessé de traverser
Nos cloisons intimes

Ne reste plus que l'écho
De la douceur du printemps

******
 

Larmes suspendues
Il attend de nouveaux chants
Instants funambules

Dans la blancheur des silences
Le temps n'a plus d'importance
 
******
 

Givre et perfection
Mortel réseau de dentelles
Au cœur de l'hiver

La mort tapie sous les feuilles
Doux sentiment d'abandon

******
 

Au soleil de mars
Éblouissement des sens
Larme du matin

Consumée par tant d'amour
Elle meurt mais jamais ne fane
 
******
 

Ces années de glace
Peinent à cacher son ardeur,
Amours incendiaires


Derrière les sombres nuées
Brûle un coruscant été
 
 ******
 
* Le Tanka (chant court) est une ancienne forme poétique japonaise non rimée,
ancêtre du Haïku. Il comporte 31 mores sur 5 lignes : 5-7-5 puis 7-7, la deuxième partie venant conforter la première. Bon exercice de poétique impaire pour un esprit occidental habitué aux hexasyllabes, octosyllabes et autres alexandrins !

Les photos peuvent être agrandies en cliquant dessus.
 
 
 

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DOUZE MOIS, DOUZE HISTOIRES

Par Le Lutin d'Ecouves - 14-12-2018 21:22:48 - 13 commentaires


Chaque photo a une histoire, chaque photo est une histoire... En décembre, je fais le bilan d'une année photographique, illustrant mes humeurs, mes goûts, ma vision du monde. Illustration de l'année 2018 en douze clichés qui, je l'espère, ne relèvent pas du cliché. (En cliquant sur les photos, vous pouvez les voir en plus grande définition.)
 
 
Janvier
 
 
Ecouves, bien sûr ! Ce 14 janvier, le ciel est dégagé et le froid bien présent. Je ne résiste pas à me livrer à mon vice préféré : le contre-jour qui révèle à ce moment l'intimidante personnalité des arbres. Cette photo mystérieuse ne rend compte que très partiellement de l'étrangeté de certains matins en Ecouves quand le corps perçoit par tous ses pores la présence quasi palpable de cette unité multiple qu'est la forêt d'Ecouves.
 
Compact Sony DSC-TX30
 
Février
 
 
Ecouves encore... Ce 9 février, malgré les injonctions des autorités nous demandant de ne pas emprunter les routes enneigées, mon épouse et moi ne pouvons résister à l'idée d'effectuer une balade en forêt. Notre parcours parmi la nature immaculée juste marquée par les traces d'animaux nous amène en vue du carrefour de la Croix-Madame. Ladite croix semble nimbée d'une lumière irréelle. A ce moment, le monde est ouaté et le silence a une blancheur de porcelaine. 
 
Hybride Panasonic DMC-G80
 
Mars 
 
 
Évora, ville portugaise au passé prestigieux mais à la modestie surprenante. On ne peut pas dire que le tourisme a endommagé la cité. Avant de continuer notre voyage vers l'Algarve, nous y faisons une halte de deux jours pour y admirer les nombreux monuments allant de l'époque romaine jusqu'au XVIIIème siècle. Les photos prises sur place ressemblent à de banales photos de touristes. Seul ce cliché recèle une authenticité et une vie correspondant à ce que nous avons vécu sur place. Je voulais une image d'une de ces nombreuses rues étroites quadrillant la ville. Je n'avais en fait pas vu la silhouette si typique de la dame au cabas quand j'ai appuyé sur le déclencheur. A ce moment, il y eut un coup de vent qui fit s'envoler un groupe de pigeons ainsi que les rideaux d'une maison proche. 


Compact Sony DSC-RX100M2

Avril
 
 
J'aurais pu ici mettre une photo des magnifiques falaises de la Côte  Vincentine ou de ses immenses plages désertes en avril. J'aurais pu mettre mes clichés du littoral de l'Algarve magnifiquement découpé dans le calcaire et je vous aurais présenté une jolie carte postale. J'ai préféré vous montrer un moment : après un hiver en Normandie, nous nous accordons une parenthèse ensoleillée au sud du Portugal pour fêter nos 40 ans de mariage. Il fait doux, la mer est calme et le ciel sans nuage. Lors de notre promenade sur le sentier des Sept Vallées Suspendues, nous nous arrêtons sur une plage, profitant de la paix accordée aux vacanciers du printemps. Soudain, un galion apparaît. Il ne revient pas chargé de l'or du Brésil, c'est juste un bateau permettant aux touristes encore peu nombreux d'admirer les spectaculaires découpes des falaises de craie ocre mais, pour un instant, nous sommes des enfants et nous arpentons les pages d'un roman d'aventures.

Hybride Panasonic DMC-G80

Mai
 

Difficile de quitter l'Océan. Belle-Ile-en Mer, jamais nom ne fut plus mérité. Dix ans après un premier tour complet, les Trailers d'Ecouves font à nouveau les 75 km du tour de l'île et ses 1900 m de dénivelée. Pour ce faire, il faut partir à l'aurore. La petite bande trottine depuis peu quand j'effectue ce cliché. Le contre-jour est brutal et le contraste découpe les silhouettes avec précision. Habituellement, je n'aime pas trop les artefacts laissés sur mes photos par ce type de pose mais ici l'effet de flare m'a gratifié de deux petits spots rose et jaune aussi jolis que mystérieux.


Compact Sony DSC-TX30

Juin


Radon, à l'orée d'Ecouves, ici la fête de la St Jean est une institution solidement ancrée. Juste avant l'embrasement du grand bûcher, un feu d'artifice est tiré. Pour photographier ce genre d'événement, il faut avoir une profondeur de champ maximum et une pose longue (ici 0.33s). Sans trépied, le cliché sans flou est une gageure. Je me cale solidement contre le montant d'un but de foot et je tiens mon appareil collé à mon front. Ecouves en jaune, Ecouves en vert, Ecouves en rouge... je garde ce dernier cliché pour ces ombres nettes et cette fin d'heure bleue qu'on devine au-dessus de la forêt. Finalement, le sujet ne sera pas les feux d'artifice mais plutôt l'ambiance d'une soirée de début d'été marquée par la décontraction et la convivialité.

Hybride Panasonic DMC-G80


Juillet


En arrivant à Notre Dame de la Salette (Isère), nous méconnaissions l'importance de ce sanctuaire marial accroché à la montagne. C'était Lourdes dans les Alpes... Ce n'était pas vraiment ce que nous recherchions avec mon épouse. Qu'à cela ne tienne, le lieu est spectaculaire et plusieurs sentiers partent du sanctuaire. J'en avise un bien raide et bien long qui mène au sommet du Gargas (2208m), là nous serons à l'abri de la foule et des touristes religieux en chaussures de ville. Sportifs et bien équipés, nous mettons cependant presque une heure trente à arriver au sommet. La vue sur le massif des Ecrins est magnifique mais, ô surprise, nous entendons ce qui semble bien être un office religieux. Un groupe de jeunes prêtres polonais est en train de célébrer une messe en se servant de la table d'orientation comme d'un autel, messe suivie par quelques fidèles. En cet endroit, la scène est étonnante et je prends une photo incluant ce drôle de nuage en forme de S comme Salette qui va se désagréger aussi vite qu'il s'est formé. Nous pique-niquons ensuite et les prêtres font de même en se défroquant pour finir en t-shirt, short et chaussures de montagne. Ces barbus ont l'âge d'être mes fils et sont taillés comme des bûcherons. 

Hybride Panasonic DMC-G80

Août


En août, les retraités restent à la maison. J'en profite pour me livrer à une autre de mes occupations : l'entomologie photographique locale. En substance, je continue le catalogue des différentes espèces d'insectes présentes dans mon jardin. Même si mon challenge consistant à identifier 100 espèces pour 100 m² est terminé,  je continue de trouver de nouveaux spécimens (108 actuellement) comme ce Sympetrum sanguineum venu sécher ses ailes chez moi avant de chercher un endroit plus propice à la reproduction des libellules. Tout me plaît dans cette photo, l’orientation du corps et des ailes marquant les quatre coins, la netteté de la tête, la fuite vers le flou de l'abdomen et l'attitude d'orant prise par l'animal.

Compact Sony DSC-TX30

Septembre


Retour à Belle-Ile. La photo que tout le monde fait ici, c'est bien celle des aiguilles de Port Coton immortalisées par le peintre Claude Monet. C'est beau mais c'est banal. Pourtant, ce soir de septembre, je suis quand même là à mitrailler les aiguilles avec mon Canon Powershot. Sur l'écran, je ne vois que des cartes postales et je ne suis pas satisfait. Le soleil se couche et les couleurs s'estompent, je sors mon téléphone portable et prends une photo pour envoyer un souvenir à mes enfants. Le cliché, pris en format portrait, révèle les limitations techniques de l’appareil et ce sont ces mêmes limitations qui en font le charme tout comme ce personnage finalement indispensable à l'appréhension de l'échelle de ce lieu d'exception.

Téléphone portable Huawei MYA-L11

Octobre


L'automne est magnifique. Comme bien souvent, j'arpente la ville avec Tonton Gilles, écoutant avec attention ses conseils en technique photographique. Lors de ces pérégrinations, nous prenons généralement les mêmes scènes en photo mais nos images sont toujours très différentes, lui avec son Reflex Canon et sa batterie d'objectifs et moi qui ne photographie qu'avec de petits appareils hybrides ou compacts. Sur l'esplanade de la gare de bus, cet anachronisme : une boule de Noël que les services de la ville n'ont finalement jamais démontée. Avec toutes ces ombres, le cliché en contre-jour est indispensable, la profondeur de champ maximum rajoute les lignes solaires et les pavés complètent l'aspect géométrique de l'image. Les couleurs sont très belles mais je décide que la photo sera en noir et blanc, ce qui souligne son esthétique presque abstraite.
 
Hybride Panasonic DMC-G80
 
Novembre


Peu de promenades photographiques ce mois-ci. La naissance d'une deuxième petite-fille m'a bien occupé l'esprit et c'est légitime ! Quatre jours après sa venue, je me promène en forêt et réalise ce cliché. On est à la fin de la période magique lors de laquelle les couleurs explosent. Mon petit TX30 me gratifie de cette photo (encore un contre-jour !) sur laquelle on peut voir le soleil nimbé de rose transpercer le dense feuillage des hêtres. Le Lutin appelle cela "La Fée Lumière", moi je pense à ma deuxième petite fée qui vient elle aussi illuminer mes années d'automne.

Compact Sony DSC-TX30

Décembre


Arboretum d'Alençon, je suis de nouveau avec Tonton Gilles. La nuit tombe et j'expérimente la photo avec trépied, technique indispensable si l'on veut faire quelque chose de net avec si peu de lumière. La pose est d'un tiers de seconde et la profondeur de champ maximale. Le temps brumeux impose un noir et blanc filtré sur le vert pour que l'herbe ne soit pas trop sombre. Tonton Gilles me prête sa silhouette typique qui se découpe nettement sur le fond. Une nouvelle photo mystérieuse comme je les aime.

Compact Sony DSC-RX100M3


Retrouvez mes photos, si vous le désirez, sur ma page FLICKR.

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UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 14-11-2018 21:54:07 - 7 commentaires

 
 
Nous étions presque arrivés à la mi-novembre et pourtant les feuilles des hêtres et des chênes refusaient de tomber. C'était comme si la Grande Forêt attendait  quelque chose... Ecouves retenait son souffle avant de s'enfoncer dans les somnolences hivernales. Les bois bruissaient , les ruisseaux chuchotaient, les animaux tendaient une oreille vibrante dans la douceur d'un vent de novembre qui retenait ses élans glaciaux de peur de briser la magie du moment.
 
Ce moment arriva enfin quand une très jeune Elfe s'avança dans la clairière qui venait de se former du côté de la Pierre-Chien. Elfe ou Magicienne, on ne savait pas vraiment... ce qui était sûr, c'est qu'elle était suffisamment espiègle pour geler les oreilles des Trolls à distance ou mener les Lutins par le bout du nez. Facétieuse, elle l'était bien souvent mais ce jour, son visage rayonnant était emprunt d'un sérieux peu commun chez les Elfes de cet âge.
 
Ents, Lutins et Trolls ; Fées, Nains et animaux de la forêt commencèrent à affluer sur le pourtour de la clairière. Événement rare, un Béornide était présent sous sa forme ursidée, ses voisins s'écartant prudemment de son immense carcasse, lui n'en ayant cure trop occupé à graver la scène sur une large souche à l'aide de ses formidables griffes.
 
La jeune Elfe leva doucement ses deux mains ouvertes en coupe et une lumière vive se fit. Derrière elle s'avança un couple constitué d'une longue Elfe brune et d'un Magicien qui, s'il n'avait pas été aussi grand aurait pu être confondu avec un nain tant sa barbe était fournie et drue. Dans les bras de l'Elfe sommeillait un petit être gazouillant et chaud. Le couple s'avança et, scintillant sous la lueur émise par leur première-née, ils prononcèrent le nom secret de l'enfant qui venait de naître.

Ce nom était comme un souffle doré, une plaine brumeuse ; ce nom bruissait et grésillait, il était d'ambre et de cinabre, de cannelle et de miel. Ce nom était secret, réservé aux seul êtres magiques du peuple d'Ecouves, vous ne pouvez le comprendre ni même l'ouïr mais sachez qu'il signifie "Celle qui atténue le gel, adoucit le feu et dont le rire fait tomber du ciel des cristaux d'argent".

 
Olivia est née le 14 novembre 2018 à 1h50
 
 
Quel bonheur d'être à nouveau grand-père !


 
 

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BELLE ÎLE EN MÈRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 29-05-2018 10:16:49 - 5 commentaires

 

 
Dans le bleu silence lissé par le bruit de l'onde
Je sais que tu m'entends
 
 
Sur les grèves ondoyantes bordées par l'océan
Je sais être patient
 
 
 Comme un doux bruissement, comme un souffle d'été
Je sais quel est ton chant


 Sous l'écorce du fruit, dans sa chair sans un bruit
Je sais quel est ton sang


 Sur la terre avant toi, pleine de vie, pleine de joie
Je sais qu'elle t'aime tant
 

Calypso en son île, maîtresse de son temps
Ma beauté assoupie, tu sais que je t'attends


******

 
Arielle aura une petite sœur dans six mois et moi je serai Re-Papy... Joie !
 
 
 
 Clichés pris du 19 au 21 mai 2018 à Belle-Île-en-Mer
 
 

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ENTRE LE GRIS ET LE BLANC

Par Le Lutin d'Ecouves - 09-02-2018 21:04:05 - 5 commentaires

Parfois, je me demande si ce siècle n'est pas en train de nous transformer en lagopèdes frémissants et pusillanimes... Trois flocons sur la France et c'est la panique que relaient stupidement médias et réseaux sociaux. Rendez-vous compte, il neige en hiver ! Moi qui ai vécu en Franche-Comté et qui suis allé à l'école en marchant à côté de congères presque aussi hautes que moi, je me gausse, et pas seulement Carl Friedrich...
 
N'empêche, notre séance marche nordique du vendredi est annulée car la Loi avec un grand Hell nous interdit d'emmener du monde en forêt par vigilance orange. Quand c'est orange, on se range ; quand c'est rouge, personne ne bouge. Mais quelle vigie lance ce genre d'ânerie ? Eh bien puisque c'est orange, pas de quartier même si je dois avoir des pépins, s'il me reste encore un zeste d'énergie, je dois bien être encore capable de conduire sur la neige et ainsi profiter d'Ecouves en manteau d'hermine.
 
On voit encore la chaussée par endroit... mon épouse n'est pas toujours rassurée mais elle sait que je ne panique jamais sur neige. La conduite est pourtant simple : on oublie la pédale de frein et on pilote le véhicule comme un canoë. Arrivés au pied des Ragottières à moins de trois kilomètres d'Ecouves,  une surprise nous attend : un panneau "Route barrée". Un responsable tremblotant de la Préfecture a dû croire que le ciel lui tomberait sur la tête s'il ne prenait pas toutes les mesures nécessaires pour protéger sa carrière en émettant toutes les interdictions possibles, évitant par là-même de se voir accuser de négligence. 
 
On ne se refait pas, je franchis l'interdiction. Vu l'état de la route, je dois être le premier rebelle du matin, quel plaisir de rouler sur ce tapis onctueux ! Nous nous garons dans le blanc silence du Vignage. Bien équipés, bien au chaud, les lutins vont trottiner sur les virginales pentes de la mère Ecouves.
 
 
Le premier plaisir de la neige, c'est ce crissement ouaté, ce gémissement subtil de la matière vierge que l'on foule. Personne n'est passé depuis l'aurore et nos pas sont pionniers. Une gomme de lait a transformé nos si familiers sentiers en nouveaux territoires d'exploration. Nous renouons avec ce plaisir enfantin de la découverte d'un nouveau monde. Pour quelques heures encore, nous serons les premiers...

 
La lumière n'est pas favorable au photographe, nous allons cheminer entre le blanc du sol et le gris du ciel, peu de nuances mais suffisamment de sensations pour qui sait s'ouvrir et vivre dans les délectables interstices de l'instant. 
 

De Pierre-Chien à la Croix-Madame, ce n'est que montée sous une douce ondée liliale. Nous nous arrêtons de temps en temps pour écouter le silence, le vrai, celui qui laisse entendre le son duveteux de l'air égratigné par les cristaux de frimas.
 
 
La neige chafouine chiffonne nos sentiers et nous nous égarons parfois mais l'instinct des lutins nous remet à chaque fois dans le blanc des lieux. Voici la Croix-Madame plantée en hommage à Louise de Savoie alors qu'elle était l'épouse de Monsieur, futur Louis XVIII Comte de Provence et Duc d'Alençon. C'est fou comment un simple carrefour peut faire ainsi voyager...

 
Nous dévalons par la route en direction du Chêne au Verdier. La chaussée, vierge depuis cette nuit, déroule une parfaite piste de ski de 1500m de long que personne n'empruntera hélas. Faire du ski, vous n'y pensez pas ! Et si vous tombiez ? Heureusement que les routes d'accès sont interdites.
 
 
Du Verdier au Vignage, le chemin est plaisant par la falaise surplombant les douces collines d'Ecouves. Environ dix kilomètres seuls au monde et nous retrouvons bientôt la civilisation. Nos traces ont dû ouvrir la voie car deux autres véhicules accompagnent notre automobile au pied du Vignage. La fonte a débuté et la route a perdu sa douceur de coton. Au pied des Ragottières, c'est redevenu une bête route noire à peine tavelée de quelques souvenirs neigeux. Et pourtant, Big Brother a maintenu son interdiction : Route barrée, je vous dis ! Route barrée au rêve, à la douce illusion de l'enfance, au blanc des sentiments qui adoucit le gris de la vie. Heureusement que cette interdiction ne s'adresse qu'aux pauvres lapins trémulants mus par l'effroi distillé à cor et à cri par des écrans à cran. 

Forêt d'Ecouves, 9 février 2018

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DOUZE MOIS, DOUZE MOI

Par Le Lutin d'Ecouves - 23-12-2017 16:23:42 - 4 commentaires


Rétrospective 2017
 
 
Comme l'année dernière, je me livre à une petite "introspective" photographique de l'année écoulée. Si l'on compare les deux billets, l'on trouvera des similitudes (Encore des contre-jours !) mais aussi des différences météo-psychologiques. Moins de bleu, plus de bleus...
 
La plupart des photos sont prises en compagnie de Tonton Gilles, mon compagnon d'errance photographique.

Cliquez sur chaque photo pour obtenir un plus grand format (puis retour arrière).
 
 
 Janvier
 
 
Pour une fois, Tonton Gilles m'a accompagné en Ecouves. Nous mitraillons longuement ce coucher de soleil sur la Butte Chaumont. Il fait très froid et les couleurs ruissellent sur le papier glacé de l'air incroyablement pur de ce jour d'hiver.
 
Février
 
 
Postés sous le Pont de Sarthe, nous regardons la rivière chuter brutalement à l'endroit où passait autrefois la route de l'étain. Tonton Gilles m'incite à prendre une photo en pause longue, ce qui va donner cet aspect échevelé à l'eau.
 
Mars
 
 
Décidément, mars n'a rien de printanier. Nous cheminons sur la demi-lune à l'arrière de la Préfecture. Les corneilles confectionnent leurs nids dans les hautes branches du Parc de l'Hôtel de Guise. L'une d'elles passe lors d'un fugace instant lors duquel le soleil daigne se montrer.


Avril


Enfin un peu de bleu et d'humour. Ce pommier fleuri avant les autres semble commander à une troupe rangée au garde-à-vous. J'intitule ce cliché : Sgt Spring.


Mai

 
La météo n'est pas fameuse en ce joli mois de mai, nous cheminons dans le parc des Promenades. Je fais peu de photos de personnages mais ce plan attire mon regard : deux sœurs accroupies dans une attitude que seuls les enfants peuvent avoir. Le grand-père ancien maître d'école voit ici plus de choses que le commun des mortels.
 
 
Juin
 
 
Le feu de la St Jean de Radon illumine la nuit en Ecouves. La chaleur devient insupportable et je m'éloigne pour rentrer à la maison. Je me retourne une dernière fois pour contempler le monstre dont la lumière découpe crûment les silhouettes des spectateurs. Mon cliché me fait penser à un rituel ancestral dédié à nos ancêtres tapis sous le sol de la forêt.


Juillet

 
Bibliothèque municipale. Il a beaucoup plu et ce pare-soleil s'est effondré en devenant une piscine à insectes. Sur le coup, le cliché ne m'a pas plu mais Tonton Gilles, grand amateur de lignes, a su m'en montrer l'intérêt. 
 
 
Août
 
 
Lassay-les-Châteaux en Mayenne. Au détour d'une rue, cette silhouette en véritable mousse, cette plaque bleue  et cette publicité pour le Petit journal (1863-1944) révélée par le décrépissage du mur. La photo est incontournable.
 
 
Septembre
 
 
Simple et évidente cette clématite blanche sur ce bord de Sarthe où j'avais déjà photographié une passiflore elle aussi blanche. Mon intérêt pour cette fleur vient des gouttes d'eau qui la parsèment.
 
 
Octobre
 
 
Décidément, l'année est bien sombre. Je prends le reflet du soleil dans l'eau de la Sarthe. Aussi bizarre que cela paraisse, ce cliché est en couleurs et n'a pas subi de traitement.
 
 
Novembre
 
 
Il n'est pas encore 18 h et les lumières s'allument déjà. Ce candélabre municipal proche de l'hôpital s'est paré d'une vigne vierge. Sur ce pont, les autres luminaires le regardent d'un air hautain. Mais lui il s'en fiche, il sourit.
 
 
Décembre
 
 
La rue Georges Guynemer est un exemple de réhabilitation réussie. Autrefois peuplée d'immeubles délabrés, elle est devenue un endroit où il fait bon vivre mais ce jour, alors qu’on est en milieu d'après-midi, ce lieu semble porter le deuil de ce jeune aviateur mort en 1917 dans sa 23ème année.
 
 
 Pour les amateurs : mon blog photo régulièrement mis à jour.
 
 

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IMPRESSIONS ESPAGNOLES

Par Le Lutin d'Ecouves - 03-10-2017 12:15:17 - 4 commentaires

Il n'est parfois pas besoin d'aller au bout du monde pour trouver un dépaysement total mâtiné d'une étonnante familiarité et se débarrasser à l'occasion de quelques idées reçues. Grand voyageur dans ma tête, je n'avais cependant pas remis les pieds en Espagne depuis 1966. Le pays avait changé...
 
Non point les plateaux d'ocre et de rouge brûlés par le soleil et parsemés de fiers reliefs à la dureté minérale. Non point les millions d'oliviers et les rares villages blancs accrochés aux flancs endurcis de collines rongées par les ères. Traverser l'Espagne par le centre est une expérience esthétique à la sévérité assumée.

 Sierra Nevada

Non, la terre était la même mais le pays m'a paru neuf comme son incroyable réseau autoroutier aux trois quarts gratuit et au trafic étonnamment fluide sur lequel les Espagnols naviguent débonnaires et courtois. Première idée reçue : les Espagnols sont des Méditerranéens énervés du volant. Que nenni ! Plus mon épouse et moi allions au sud, plus les conducteurs respectaient la signalisation et les limitations plus sévères qu'en France (80,100 et 120 km/h). Pas de coups d'avertisseur, pas d'appels de phares envers le touriste qui cherche sa route. Pas de feux grillés et pas d'insultes. Au contraire, alors que je me traînais sur une route de montagne, une voiture qui me suivait de près depuis un moment finit par me dépasser alors que je m'arrêtais, cherchant mon chemin. Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis le conducteur, faire demi-tour, pour venir s'excuser de m'avoir collé de trop près.
 
Ce n'est qu'au retour que j'ai constaté que plus on approchait de la France, plus les mauvaises conduites se multipliaient comme si la frontière laissait suinter un peu d'incivisme routier. 

Aranda de Duero

Autre idée reçue : les villes espagnoles sont sales et désordonnées. Eh bien, non. Que ce soient dans les grandes villes touristiques comme Granada ou  Córdoba, des villes de la côte comme Nerja, des villages comme Monachil où nous résidions ou encore des villes étapes comme Aranjuez ou Aranda de Duero, je n'ai vu que des lieux propres et bien entretenus.

 Aranjuez
 
Différence fondamentale d'avec les Français, qu'il soient de la région de Burgos, de Madrid ou de Granada, les Espagnols sont dehors à 20h00 et jusqu'à tard le soir. Cela leur évite certainement de s'angoisser à regarder la télévision... Quelle que soit la taille de la ville, ça sent la fiesta dès que le soleil descend. Bière à cinq degrés, tapas, discussions à n'en plus finir, enfants qui jouent au milieu de tout cela et des Espagnoles !

Oui, des Espagnoles. Encore une idée reçue : les femmes de ce pays sont petites, noiraudes et pas commodes. Tu parles ! En Castille, León et surtout Andalousie, j'ai failli avoir des problèmes de conjonctivite tellement les femmes étaient belles. Heureusement que mon épouse veillait sur moi pour me rappeler mon âge et me mettre des gouttes dans les yeux.

Des Espagnoles grandes, racées, très soignées brunes ou blondes : je n'avais jamais vu une telle concentration de belles femmes. Et libres dans leurs tenues, je n'avais pas vu de jupes aussi courtes depuis 1970. Oui, une impression de liberté que j'avais oubliée. Qu'elles aient 15 ou 45 ans, j'ai surtout rencontré des femmes qui s'assumaient en tant que telles. Seules les femmes de ma génération gardaient un style plus classique (avoir connu Franco, ça marque). Quel contraste avec mes différents passages à Paris où j'ai surtout vu des gens gris-marron qui rasaient les murs en évitant les regards d'autrui.

Monachil

Fin septembre était une bonne période pour visiter le pays sans être dans le flot des touristes, surtout si on évite les côtes. Cela dit, peu de temps après les attentats de Barcelone, je craignais que les autorités espagnoles aient pris des mesures semblables à celles qui sont pratiquées en France et qui confinent au ridicule quand, dans une petite ville comme la mienne, on fouille les sacs des dames dès qu'on pénètre dans une manifestation culturelle ou festive ou qu'on met en place des barrages bloquants lors d'épreuves comme les célèbres "Foulées de la Grotte à Jules" de Vignats (285 habitants).
 
C'est à Córdoba que j'ai réalisé que les Espagnols n'allaient pas se laisser gagner par la panique. Si j'y ai bien vu deux militaires patrouiller à proximité de la mosquée-cathédrale, comme tous les touristes, nous y avons pénétré avec nos sacs à dos sans que personne ne nous demande quoi que ce soit. Nulle trace de forces de l'ordre à l'intérieur de ce gigantesque édifice (2,3 ha) qui fait passer Notre-Dame de Paris pour une chapelle de province.
 
 Córdoba

Même chose à l'Alhambra de Granada où les visites et promenades sont libres jusqu'au soir sans que l'on nous demande autre chose que notre billet. En ces différents lieux, nous avons bien sûr rencontré nombre de touristes mais aussi une grande quantité d'Espagnols semble-t-il soucieux de leur culture et de leur patrimoine.

Granada

Rendu un peu parano (Français parano, c'est un pléonasme) par différents sites qui parlaient de voleurs à la tire et de pirates de la route, j'ai au fur et à mesure compris que tout cela n'était que du flan ou plutôt de la tortilla. L'on n'est pas plus en danger à Granada qu'à Bécon-les-Bruyères. La seule différence, c'est que pour commander quelque chose dans un bar ou un restaurant, il vaut mieux parler Castillan car le Français y est vraiment une langue étrangère mais quand on fait l'effort de parler leur langue, les Espagnols, réservés et courtois deviennent chaleureux.
 


Granada

Inutile de s’appesantir sur la météo, bien sûr. De l'Espagne, je n'y ai vu que du bleu et n'y ai ressenti que de la douceur, même en altitude. De la douceur de vivre aussi...

Pico Veleta (3396m)

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