KikouBlog de Le Lutin d'Ecouves - Lutin et billevesées
Le Lutin d'Ecouves

Sa fiche

Dans la catégorie Lutin et billevesées

UNE ÂNERIE SANS BORNE

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-04-2014 18:43:58 - 18 commentaires

Misère de misère, à mon âge me retrouver dans une telle situation !  Bon, quand on est jeune et qu'il faut se faire remarquer des filles, on est bien obligé sinon on ne se reproduit pas ...
 
Oui, je veux parler des défis stupides que se lancent les jeunes mâles : pour moi, ça a commencé par qui pissera le plus loin, qui grimpera le plus haut (mon record : presque 30 m sur un séquoia à 14 ans), qui se pignolera le plus vite (j'ai perdu) ; puis ce fut des concours idiots du genre emballer la plus moche (je me suis fait jeter) ou picoler le plus pire (j'ai gagné, beuââârk).
 
En fait, je ne me suis pas reproduit plus qu'un autre (plutôt moins) alors, j'ai laissé tomber les challenges à la mormoil et je suis devenu un petit bourgeois comme tout le monde.
 
Bourgeois mais nonobstant sportif ... Dans ce milieu qu'est le monde de la transpiration, les paris débiles et autres gageures absurdes sont légion mais, conscient de mes limites, je n'ai jamais trop ouvert la boîte à clabauderies, laissant mes amis m'entraîner dans d'improbables aventures sportives et néanmoins enrichissantes. Que ce soit Allain ou Philippe le Mustang, j'ai toujours suivi, fréquemment souffert, parfois vomi et quelquefois abandonné. Mais non, rien de rien, je ne regrette rien. Et puis d'abord, je n'étais pas responsable ...
 
Et v'là t'y pas que par crânerie, stupidité, imbécillité, vanité, fatuité, suffisance ou orgueil mal placé, à l'âge avancé de 58 ans, j'ai dit un jour après trois bières : "Pour fêter ma retraite en septembre, je vais faire les 100 km de Millau."

Quel idiot, quel abruti, quelle andouille ! Mais quel ballot ! Qu'est-ce qui m'a pris, moi qui vais être grand-père dans deux mois, de débiter pareille coquecigrue. En vérité, l'âge où l'on bave n'est point à l'abri des balivernes.
 
Enfer et course à pied, maintenant je ne puis plus reculer de peur de me faire ... euh, ridiculiser. Je fus un sot d'adolescent, je me retrouve un sot d'homme avec cette idée crétine d'impressionner mon entourage en me faisant passer pour un surhomme du bitume ; un matamore du macadam, oui !
 
A vouloir se reproduire à tout prix, on reproduit ses erreurs, c'est la malédiction du mâle. Et moi, je n'avais plus besoin de me reproduire.

C'est comme ça que le tranche-montagne de bas étage que je suis, le fanfaron qui m'habite s'est  mis  à remplir un funeste formulaire.
 
 
Chlonk ! Zut, la lettre est dans le fond de la grande boîte jaune de la Poste. Je suis foutu ! 


 

Voir les 18 commentaires

MARDI, C'EST ZOMBIS

Par Le Lutin d'Ecouves - 12-03-2014 13:44:34 - 3 commentaires


Quand on me dit : "Mais je n'ai pas le temps de courir avec le boulot, les gosses et tout ça", je réponds souvent : "Faites comme nous, courez la nuit ..."
 

 
Voilà une bonne quinzaine d'années que nous nous réunissons chaque mardi soir pour notre tour d'Alençon à la lumière des candélabres municipaux. Au début, nous n'étions que quatre ou cinq puis par un prompt renfort, nous nous vîmes une vingtaine galopant dans la cité déserte à l'heure où même les corneilles se taisent.

Durant une heure, la petite ville ne résonne que de nos interjections et de mes plaisanteries douteuses puis c'est enfin la remontée vers la basilique et le sprint final lors duquel chacun retrouve ses dix ans.


C'est enfin la dispersion et le retour. Le kilomètre qui me sépare de la maison en compagnie de ma Josette et de mon presque petit frère Erick, je le goûte comme on goûterait un dessert oublié. Un chemin aux accents à la fois froids et doux comme le sont nos hivers. 

Une si courte séparation jusqu'à l'entraînement sur piste de jeudi : "Pour moi, c'est flammekueche et un peu de rillettes avec du Gevrey-Chambertin, s'il m'en reste." Le presque petit frère sait vivre ...

Pour moi et mon épouse, c'est soupe et compote comme chaque mardi. A l'approche de la soixantaine, la ligne, ça se surveille. Plus que trois cents mètres et c'est la maison près du chemin de fer désert.


Depuis quelques temps, notre frugal repas du mardi soir s'égaie d'un nouveau rituel réjouissant : nous visionnons systématiquement un épisode en VO de l'excellente  série "The Walking Dead" dans laquelle de sympathiques américains se fritent avec des milliers de zombis tous aussi stupides qu'avides de chair fraîche.
 

Et je te dis pas la mauvaise haleine ...

Même si la série est une intéressante réflexion sur le comportement social et politique des survivants, ce qui nous réjouit surtout, c'est quand même le "Zombi Kill" récurrent dans chaque épisode car, comme chacun le sait, les morts vivants, il faut les re-tuer, et de manière rigolote si possible. 

Dans le genre artiste, ma préférée reste Michonne, une virtuose du katana qui vous tranche du zombi comme ma grand-mère tranchait du lapin vivant dans son arrière-cuisine (doux souvenir d'enfance).

Hou, ça pique !
 
Le jeune Carl (douze ans) n'est pas mal non plus. Il faut dire que dans ce monde, on apprend vite à survivre.

Oh le coquin !
 
Bon, c'est un peu gore mais après une journée de boulot avec des enfants et dix kilomètres de course à pied le soir, ça passe tout seul et ça permet de passer une bonne nuit.
 
 Vas-y Maggie, fais-en de la soupe !
 
 
 




Voir les 3 commentaires

DE BRUME, DE LUMIÈRE ET D'EAU

Par Le Lutin d'Ecouves - 02-02-2014 19:46:29 - 12 commentaires

1 février 2014
 

Je dois avouer qu'il pleut parfois en Normandie et cette fin de semaine fut quelque peu arrosée. La Sarthe qui traverse Alençon en a profité pour déborder un peu.
 
 
La Fuie des Vignes, zone inondable située à quelques centaines de mètres du centre-ville nous sert d'indicateur d'humidité. "Si les peupliers ont les pieds dans l'eau, c'est qu'on va bien s'amuser en Ecouves", me dis-je ce samedi. Et je n'ai pas été déçu.


2 février 2014
 
 
La sortie dominicale des Trailers d'Ecouves a commencé sous une belle lumière d'hiver, le gel ayant asséché l’atmosphère, dispersant çà et là de nombreux cheveux de glace. Nous cheminons d'abord au milieu d'une nature glougloutante, zigzaguant parmi les nombreuses flaques d'eau et franchissant d'inédits ruisseaux quand, sous l'action d'un ardent soleil, une brume spectrale se met à monter du sol.


Les bas d'Ecouves, se gorgeant d'humidité, jouent à ressembler à un décor de film fantastique.


La brume, constituant une couche à peine plus haute que les arbres, a généré une lumière particulière que je m'empresse de saisir, sachant le phénomène éphémère.


Le groupe des Trailers a disparu et seuls ma Josette, Yannick et Germaine sont restés avec moi. Nous profitons encore un moment du spectacle.


Il est temps de rentrer au QG pour, entre autres, fêter le titre de championne de Normandie V2 de cross FSGT de Germaine acquis la veille.


Notre chemin des chèvres transformé en gai ruisseau chante sous nos pas, préfigurant le bruit de la tireuse à bière qui nous attend. Encore une matinée de magie gagnée sur l’Éternité.


Les photos sont disponibles en 1280 pixels en cliquant dessus.
 

Voir les 12 commentaires

ADIEU JULIE

Par Le Lutin d'Ecouves - 24-01-2014 21:27:04 - 9 commentaires


Nous v'là bien !


La semaine n'avait pas commencé dans le frais avec ce courrier reçu le mardi :
 

Bon, je comprends que depuis le temps, les types au ministère en avaient eu marre de moi mais tout de même, ça en fiche un coup dans le genre moisi. Faut pas exagérer, Jules Ferry, je l'ai à peine connu ...
 
Mais c'est pas tout ! Voilà t'y pas que j'apprends avec une stupéfaction teintée d'abasourdissement que cette même semaine, l'indétrônable Julie Lescaut allait connaître le même sort que moi. Il y a des jours où on ferait mieux de rester couché !
 

Ah Julie, passe-moi les menottes et fais de moi ce que tu veux ! Qui n'a pas rêvé d'être questionné par la rousse la plus pétante du PAF ! Bon, rousse c'est pas tout à fait vrai car, malgré le nettoyage systématique du net par Véronique Genest qui incarne la flamboyante commissaire, des collectionneurs enamourés possèdent encore quelques numéros du célèbre "Lui" du 1er mai 1981 dans lequel on ne peut que constater l'étonnante vérité : c'est une fausse rousse et une vraie brune que rien ne défrise, il n'y a pas à en douter !
 
 Autre révélation : elle savait lire

A l'époque, le choc de cette révélation fut rude, jugez-en donc : neuf jours après la parution de la revue où l'héroïne de Zola posait nue, le gouvernement Giscard tombait et les socialistes se jetaient sur la France le couteau entre les dents.

Mais laissons ici le corps con de Zola pour nous concentrer sur la seule vraie culture populaire qui en vaille la peine, j'ai nommé le commissaire Julie Lescaut. Julie, et bien sûr ses filles auxquelles elle fait la cuisine tout en arrêtant les tueurs en série entre deux séances de repassage. Bon, les filles sont régulièrement prises en otage ou agressées par des psychopathes mais c'est pas grave car Julie leur fait toujours un câlin et tout le monde se marre comme à la fin d'un épisode du commissaire Cordier (Ah, Pierre Mondy et ses polos Lacoste !!!).
 
 
Mais il ne faut pas croire que cette rousse est seulement une maman car si Véronique, Julie aussi ; et ses amants ne manquent pas même si elle garde une certaine tendresse pour Paul Lescaut son ex-mari qu'elle enterre quand même dans le dernier épisode, faut ce qu'il faut.

Un autre truc qu'elle a enterré ces derniers temps, c'est sa ligne. Pourtant, elle en avait fait des efforts, allant jusqu'à faire paraître un livre sur son dernier régime. 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 





Bon, trois ans après, Julie a baissé les armes et pris le yoyo en pleine figure comme en témoignent les derniers épisodes de la série :
 
 
Julie Lescaut, c'était aussi et surtout une galerie de personnages sympathiques comme le lieutenant N'Guma, bien pratique pour porter les courses et même remplacer la voiture de fonction du commissariat quand celle-ci est en panne.
 
 
Il y avait aussi le lieutenant Kaplan, collaborateur émérite que TF1 finira par licencier à cause de son vrai patronyme ; en effet, il s'appelait Renaud Marx.
 
Le copain de Kaplan et informaticien tout aussi émérite s'appelait Motta. Le gars n'était pas bien gâté par la nature mais il vous crackait un disque dur aussi vite que N'Guma vous bouffait un hamburger. 
 
 
Le Vincent Motta, il n'était pas bien gros mais ça, ça se comprend car il en subissait des vertes et des pas mûres avec les filles et ça lui tirait sur la mine.
 
Moi, j'ai rien dit ...

Mais, sincèrement, mon préféré c'était l'agent Léveil, le type qui ne comprenait rien et qui faisait gaffe sur gaffe, le Gaston du commissariat.


Même qu'un jour, il était tellement bête qu'il a arrêté le commissaire Lescaut en personne. La criiise !


Je pourrais disserter des lignes et des lignes sur les 101 épisodes de la série mais, après la mort de Motta dans le centième épisode et la retraite de Julie jeudi dernier, je n'ai plus d'énergie. Il faut dire que le décès du commissaire Cordier et l'éviction télévisuelle de l'inspecteur Derrick pour une peccadille de jeunesse m'avaient déjà bien entamé le moral. 

Et puis, je dois l'avouer, je suis né la même année que Véronique Genest et, en juin, je vais être à la fois grand-père et quasiment à la retraite à l'instar du commissaire Lescaut. Vous comprenez que ça m'en fiche un coup.

Julie, ses filles et sa petite-fille dans le dernier épisode du 23 janvier 2014
 
 
 
 
 
 

Voir les 9 commentaires

PETITE CHÉRIE

Par Le Lutin d'Ecouves - 30-11-2013 18:11:18 - 17 commentaires


Ne l'ayant pas portée durant neuf fois, elle était virtuelle pour moi et ce fut un grand choc de la voir arriver. J'étais chaviré, incapable de m'apercevoir de quel sexe elle était.

"Vous voulez peut-être savoir ce que c'est, dit l'infirmière qui commençait les soins, c'est une fille !"
 
Les soins terminés, le bébé ayant de la fièvre fut prestement évacué en pédiatrie. Nous n'avions pas vraiment été présentés. Moment difficile, j'apprenais dès les premières minutes la grande joie et la grande responsabilité du métier de père.

Une heure plus tard, au service pédiatrie, j'ouvris la porte donnant sur un long couloir dont une paroi était vitrée. Fier et bouleversé, j'allais montrer mon premier enfant à ma mère mais je fus un instant désorienté par cette succession de boxes vitrés contenant des couveuses. Comment allais-je reconnaître ce bébé que j'avais juste aperçu durant un quart d'heure ?

Ce fut cependant d'un pas décidé que je longeai la vitre, ces petites choses émouvantes, je ne les vis pas. L'instinct me fit m'arrêter sans hésitation devant la couveuse d'un grand bébé qui se fâchait dans sa boîte avec l'air de dire "Vous ne voyez donc pas que je n'ai rien à faire ici ?". Elle était si belle et si bien faite, c'était ma fille.

Cette nuit-là, la température descendit à moins dix-sept degrés sur Alençon mais je ne ressentis pas le froid.

******

Petite Chérie, c'est comme cela que je l'appelle depuis un moment. Vingt-neuf ans et un mètre soixante-dix, elle n'est pas vraiment petite ; elle ne l'a d'ailleurs jamais été. Le beau bébé a tenu ses promesses et n'a plus été malade hormis les petites fièvres communes de l'enfance qui me tournaient malgré tout les sangs. 

Un ange de petit frère, des études, un mariage, comme tout va vite !

Ce soir, elle et son mari nous ont invités, moi, sa mère et son frère. Apéritif au Champagne, c'est ce que je préfère. Pop ! de l'or coule dans mon verre. Zut, j'ai promis à mon épouse de ramener la voiture. Je m'adresse à mon gendre :

"Juste un verre mon gars ! 
Le beau brun me regarde avec des yeux malicieux avant de répondre :
- Oui, mais c'est une cuvée spéciale, regardez !"

Je lis "Juin 2014" au dos de la bouteille. J'ai un court moment de doute, c'est quoi ce millésime ? Puis je vois enfin cette photo au bas de l'étiquette. Pas de doute, c'est une échographie. Une vague me submerge comme en ce jour de décembre 1984.

Je vais être grand-père.





Voir les 17 commentaires

LE DÉJEUNER SUR L'HERBE

Par Le Lutin d'Ecouves - 11-11-2013 09:29:12 - 4 commentaires

1975
 
Je venais d'avoir dix-neuf ans et, à l'instar de onze de mes douze autres collègues garçons de la terminale D, je m'apprêtais à échouer consciencieusement au Bac. Les filles, elles, s'en tireraient mieux ... surtout les redoublantes.
 
Ma chevelure de batteur de hard rock, mes jeans déchirés et mon treillis marqué au feutre me donnaient un aspect totalement en adéquation avec l'époque. On aurait pu dire que j'avais l'air branché si le terme avait alors été usité. Mon apparemment vaste culture rock, mon âge déjà avancé et ma guitare Yamaha pour gaucher me conféraient un certain statut dans mon lycée alençonnais et pourtant ...
 
Pourtant, alors que j'avais un look à prendre du LSD au petit déjeuner en écoutant Pink Floyd et Tangerine Dream, je n'avais jusqu'ici jamais cherché à consommer de drogue malgré ma fréquentation de milieux où celle-ci circulait librement. J'avais fait des efforts en essayant les cigarettes blondes ou brunes mais, ayant les tuyaux trop près de la sortie, je m'étais rabattu sur la pipe qui me rendait moins nauséeux. Et puis, à cette époque, la pipe donnait un air intelligent et cool du genre "Gardarem lou Larzac". J'eus persisté que j'aurais peut-être fini député écologiste au Parlement Européen, allez savoir ...
 
Pour tout dire, j'avais quand même l'air un peu con de n'avoir jamais essayé de fumer le moindre joint et je sentais que ça nuisait un peu à ma réputation. De plus, étant d'une nature très curieuse, j'étais plutôt fasciné quand j'entendais le guitariste du groupe du lycée m'expliquer que la dernière fois qu'il avait pris du LSD, il avait conversé télépathiquement avec un extra-terrestre. Quand aux copains qui fumaient de l'herbe, je leur trouvais un air vachement pénétré.
 
******
 
En route vers un échec assuré, je me pliais cependant au rituel du Bac blanc et, ce lundi après-midi, nous passions une épreuve de quatre heures de philo. Au fond de la salle, à côté de ma copine de classe A ..., je m'apprêtais à torcher un texte quelconque sur un sujet bateau. Ecrire n'avait jamais été un problème pour moi. Travailler en était un autre ...
 
Or, A..., jeune fille en robe au tissu indien et aux cheveux blonds sentant le patchouli, avait une habitude aussi hebdomadaire qu'amusante : elle se fumait un joint tous les lundis après-midi, ayant, comme à l'accoutumée, reçu par courrier postal deux grammes de haschisch de la part d'une amie habitant Paris. Ce jour de Bac blanc, elle trouva idoine de me proposer de partager son shit et elle m'en bourra aussitôt la pipe en tout bien tout honneur.

Aussi incroyable que cela paraisse, nous avions, à cette époque, obtenu le droit de fumer en classe et c'est en rédigeant l'introduction de ma dissertation que je tirai pour la première fois une bouffée de fruit défendu.

Rien. Deux taffes, trois taffes ... Rien. C'est ça planer ?

Alors que mon cerveau ne réagissait apparemment pas à la drogue, je sentis en moi monter une subite onde de sueur. La Gerbe Finale, la Mère du Vomi, la Septième Vague du Dégobillage était en route et ça ne rigolait pas. Il fallait que je sorte avant que ça sorte !

Arrivé aux toilettes heureusement proches, je sentis que mon corps avait l'intention de se vider nonobstant par l'avant mais aussi par l'arrière et ce, concomitamment. Il fallait faire un choix et il fut vite fait : j’arrosai  violemment mes Clarks pendant qu'un jet malodorant à la couleur douteuse tapissait la cuvette sur laquelle j'eus heureusement le temps de m'asseoir. Je restai plié en deux un bon moment puis je trouvai enfin la force de nettoyer mon postérieur et mes chaussures à l'aide de ce papier toilette marron si prisé alors dans les collectivités et dont la principale propriété était d'étaler les substances plutôt que de les absorber.

Enjambant mon repas du midi, je retournai en classe blanc comme un linge et titubant comme un ivrogne. Je venais d'expérimenter la biture sans alcool. Croyez-moi, ça fait mal.
 
A peine assis, je tombai de ma chaise, ce qui me valut un séjour à l'infirmerie où ma mère vint bientôt me chercher. Ayant réussi à faire passer cette péripétie pour un gros malaise vagal, je restai au chaud chez ma maman le lendemain et j'eus même droit à la visite du médecin de famille. Ce bon docteur, habituellement surexcité et d'une rapidité surprenante (Je l'ai chronométré en cabinet : douze patients à l'heure !), fit ce que je ne l'avais jamais vu faire : après m'avoir ausculté, il s'assit dans un fauteuil du salon et se mit à discourir longuement sur ces enseignants qui en demandaient toujours plus aux adolescents et qui les épuisaient à force de travail. Je n'en revenais pas ; ce praticien d'âge mûr aux cheveux gris en brosse prenait ma défense et celle de ma génération. Il avait raison, nous risquions certainement le burn out... Il me signa un congé de deux jours et me souhaita bon courage pour mon examen. 

Finalement, l'événement n'entama pas tant que ça ma réputation au lycée et, l'année suivante, après un magnifique échec au Bac, je conservai mon aura de redoublant vraiment très cool au look rebelle à la Franck Zappa.

Bien des années plus tard, j'appris que ce héros rock de notre adolescence n'avait jamais rien pris de plus fort que du café ou qu'un verre de Bordeaux. Quant à moi, j'étais vacciné et je n'approchai plus de la moindre substance stupéfiante. Par prudence, j'arrêtai même de fumer la pipe quelques années plus tard. On ne sait jamais.







Voir les 4 commentaires

PARMI LES LUMIÈRES DU SUD MANCHE

Par Le Lutin d'Ecouves - 13-08-2013 16:32:46 - 8 commentaires

Entre le Mont St Michel et la Pointe d'Agon
 
Cabane Vauban (Carolles)
 
Quatre jours et 65 km de marche en Sud Cotentin et Avranchin avec ma Josette, la fenêtre de tir est étroite mais superbe. Notre Normandie a décidé être généreuse cette année.
 
 
A tout seigneur tout honneur, le Mont, rocher de 80 mètres d'altitude se gagne à la force des pieds nus à travers Sélune et Sée.


Tombelaine, plus modeste avec ses 45 mètres, voit arriver les nuées annonciatrices de l'orage.
 
 
Cette année, la météo est pleine de mansuétude et elle ne nous gratifie d'un grain que pour nous faire admirer les superbes lumières de la Baie.
 
 Baie de Granville

Le soir même, le soleil est revenu et nous fait le coup de la carte postale.
 
 
La traversée de la Baie de Granville nous fait découvrir la ville sous deux angles, l'un bien touristique et policé avec ses plages et ses ports ...
 
 
... l'autre plus sévère, rappelant le belliqueux passé corsaire de la cité.
 
 
De l'autre côté de la baie de Granville, Carolles et ses falaises culminant à 90 mètres au-dessus de la mer.
 
Au loin, Tombelaine et le Mont
 
Une fois les falaises de Champeaux descendues, le périlleux retour s'effectue vers Carolles où la nature nous donne une leçon de géologie allant du noir le plus profond ...
 
 
... aux couleurs les plus vives.
 
 
Le séjour se termine sur la pointe d'Agon, immense territoire presque vierge où le touriste se fait aussi rare que la dénivelée.
 
 
Nous sommes le 10 août, un samedi après-midi. Une nature exempte de pollution et des grands espaces seulement troublés par les cris des mouettes.
 
 
La Normandie sous le soleil a parfois un parfum de Paradis perdu.
 
 
 
 
Dessin Heula
 
 

Voir les 8 commentaires

LE PAYS DES EAUX CALMES

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-08-2013 19:26:13 - 3 commentaires

Landrellec
 
Fermée partiellement par des îles à son entrée, l'anse de Landrellec se vide et s'emplit deux fois par jour sur une distance de deux kilomètres. 

Marée (rapidement) montante
 
Le site est naturellement beau et il devient spectaculaire lors des grandes marées.
 
Vers le large
 
L'orientation est-ouest permet certains soirs d’observer de magnifiques effets lumineux sur le lac qu'est devenue l'anse.
 
Les îles de l'anse
 
La mer y est si calme que les nuages s'y reflètent dans le bleu profond annonciateur d'une paisible nuit bretonne.
 
La "plage" du Camping

Landrellec est une presqu'île située sur la commune de Pleumeur-Bodou (22).
 
 
 
 

Voir les 3 commentaires

IRRÉEL

Par Le Lutin d'Ecouves - 01-08-2013 19:27:27 - 4 commentaires

 
 
Cliquer pour agrandir
 
Après toutes ces années, Ecouves surprend encore. Couverte de neige à quelques jours du printemps, elle est maintenant sujette aux assiduités d'un été de lave dont les rayons pénètrent les frondaisons avec une crudité peu commune, créant des effets lumineux dignes d'un conte de fées. 
 
Fermant la marche sur ce sentier entre Verdier et Vignage, fasciné par cet éblouissement digne du retour de Gandalf, je prends une dizaine de clichés, laissant mes compagnons se fondre dans la lumière ...
 
 
 

Voir les 4 commentaires

THE FINAL CUT

Par Le Lutin d'Ecouves - 27-07-2013 20:29:21 - 10 commentaires


Vendredi 26 juillet 
17h30 

 

Ayant eu assez, à l'instar de Desproges, des capilliculteurs habillés comme des cosmonautes, j'avais décidé il y a bientôt vingt ans d'aller chez un coiffeur qui coupait juste les cheveux et incidemment discutait avec son client. A cette époque, judoka alourdi par l'approche de la quarantaine, je courais depuis une petite année pour maigrir ; je rampais, devrais-je dire.

Des voitures et des trophées de course à pied trônaient de part et d'autre des miroirs, ce coiffeur avait, semble-t-il, quelques hobbies.
"Ah, vous en avez des coupes dans votre magasin (humour) ! Et ces diplômes de marathon ..." 
Je ne me rendais pas compte ce que signifiait ce temps de 3h01' sur le diplôme du marathon d'Argentan que j'avais en face des yeux. Quant au papier avec écrit dessus "100 km de Millau", je me disais qu'il s’agissait sûrement d'une course à vélo.

"Ben, on court entre copains le dimanche matin ; vous venez si vous voulez. C'est sans prétention ..."
 
Voilà comment on met le doigt dans l'engrenage. Nous nous dîmes "tu" dès la première foulée et je fis ainsi connaissance avec le noyau historique de ce qui allait devenir plus tard les "Trailers d'Ecouves".
 
Allain, avec deux ailes, m'accompagna sur mon premier semi-marathon puis, de conseils en incitations, me convainquit que, moi aussi, je pouvais courir un marathon, discipline que je croyais jusqu'ici réservée aux surhommes. Cela prit le temps qu'il fallut, Allain n'a jamais bousculé quiconque ; adepte de la méthode douce, il amenait chacun à se dépasser ou plutôt à se révéler à travers la course à pied.

Le marathon ne suffisant pas, Allain me fit découvrir une nouvelle discipline "le trail". Je finis détruit mais enchanté de mon premier 30 km en Suisse Normande : la machine était lancée et ne s'arrêterait plus.

Et pendant ce temps, Allain me coupait les cheveux qui passèrent progressivement du brun au gris. Je me mis, moi aussi, à conseiller d'autres coureurs (et surtout des coureuses), les poussant à ma manière à exprimer la beauté qu'ils recelaient en les accompagnant sur les chemins lumineux du marathon. Ce qu'il m'avait appris, je le transmettais à mon tour à l'instar des nombreux athlètes initiés par ce modeste et glorieux coiffeur.

Ce vendredi, Allain passe la main après 48 ans de métier mais il n'est pas vraiment à la retraite ; son regard de mer calme est déjà posé sur de nouveaux horizons.

 

Note : "La dernière coupe" se traduit, en fait, par "the last cut" mais "the final cut" (littéralement "la coupe finale") désigne le montage final d'un film, moment où le cinéaste livre son œuvre au public avant de passer à de nouveaux projets.

Voir les 10 commentaires

Haut de page - Aide - Qui sommes nous ? - 0.15 - 1567942 visites