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Le Lutin d'Ecouves

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Dans la catégorie Course à pied

ON A LES MONTAGNES QU'ON PEUT...

Par Le Lutin d'Ecouves - 13-08-2018 21:20:57 - 8 commentaires


Ben oui, quand on vit près du point culminant de la Normandie (Signal d'Ecouves 413 m), ce n'est pas toujours facile de trouver des terrains pour préparer des trails en montagne. Or, Katia et Sandrine accompagnées du grand Jéjé préparent la fameuse Diagonale des Fous avec ses 165km et surtout ses 9500m de dénivelée positive. 
 
Habituellement, nous arpentons les pentes d'Ecouves, c'est ce que l'on a de plus pentu cheu nous mais ce beau samedi d'août, nous avons choisi les pentes bien raides de St Léonard des Bois, un joli village sarthois situé à 20 min d'Alençon.
 
 4 août 2018

Nous sommes cinq : Katia, Sandrine, Jéjé ainsi que Thomas qui est chargé de faire la trace, sans oublier le Lutin qui fait des photos. Il est 8h30 sur le parking de la Cave à Bière, le soleil se pointe sur le Haut Fourché, une des deux collines qui enserrent la vallée de la Sarthe. C'est justement cette pente raide que nous empruntons sur le champ pour débuter la balade.


Arrivés en haut de la colline, nous basculons vers St Céneri le Gérei situé dans l'Orne mais toujours sur les rives de la Sarthe. La descente du chemin des Gaulois est périlleuse mais l'arrivée au village vaut le coup d’œil :
 
 
Le coin est magnifique mais nous ne nous attardons pas, nous dirigeant vers le Moulin de Trotté, faisant une très brève incursion dans le département de la Mayenne lors de la traversée du Sarthon. Un entraînement couvrant trois départements, ça en jette...
 
 
A chaque fois que l'on s'éloigne du cours de la Sarthe, il faut à nouveau grimper les falaises de grès armoricain par des chemins de terre parfois hérissés de rocs et de racines. Le soleil donne...


Le but de la manœuvre c'est de faire un maximum de dénivelée, nous descendons à nouveau dans la vallée pour grimper aussitôt la colline située au-dessus du Gasseau dont nous apercevons le pierrier. Une première grimpette parmi les brandes sur un chemin au tracé symbolique plus emprunté par les suidés que par les humains.


Nous descendons ce que nous venons de monter puis c'est l’escalade par une autre voie de la même colline : un de ces fameux pierriers de grès avec ses blocs instables et ses vipères grincheuses. Ces pierriers typiques de mon pays, je les connais bien et je grimpe celui-ci en peu de temps, sachant qu'il se forme d'à peine visibles chemins en lacets que seuls les anciens lutins peuvent percevoir. Je me moque un peu de mes camarades qui trébuchent, c'est de bonne guerre...


Au sommet, la vue sur la Sarthe et la plaine est sublime. Il fait très chaud et chacun ruisselle, un ravito s'impose. Nous descendons ensuite vers la cluse de St Léonard pour gravir le Haut Fourché pour la deuxième fois. 


Une fois de plus, nous passons par des chemins qui n'ont de chemin que le nom... 


C'est au sommet du Haut Fourché que nous passons ma Josette et sa copine Annick qui arpentent le site en mode marche nordique. Rendez-vous est pris pour la bière mais il faut encore descendre pour monter l'autre lèvre de la cluse : le Narbonne coupé en deux par la vallée de la Misère. Mes souvenirs d'escapades adolescentes me reviennent sur ces pentes à la végétation méditerranéenne : le Narbonne si raide à monter, la descente vers l'ardoisière et ses pentes glissantes de schistes du Pissot, l'énigmatique mare sombre de la carrière, la vallée de la Misère et ses racines si nombreuses et sinueuses, la remontée puis la descente acrobatique vers le moulin de Linthe. 


Ce devrait être le dernier mur à monter mais zut alors, nous n'avons pas encore rempli notre objectif temps. Nous arrivons bientôt au pont mais Thomas a la bonne idée de nous faire traverser la Sarthe à gué.


 En ces temps de canicule, l'eau est presque chaude mais elle délasse quand même les muscles. C'est les pieds trempés que nous abordons la dernière difficulté : la re-re-grimpette du Haut Fourché et de ses 100m de dénivelée par rapport à la rivière. J'ai une idée subite : nous allons faire cette dernière montée en la courant en intégralité, histoire d'avoir le cœur au bord des lèvres au sommet. Floc, floc, les chaussures trempées attaquent la pente. Les garçons s'envolent,  je me fais mal pour rester avec Sandrine qui, avec ses 42 kilos, n'a aucun mal à escalader le site. Plus lente mais incroyablement endurante, Katia reste en retrait mais s'astreint à courir tout du long.
 
 
Arrivé au sommet, j'attends Katia en compagnie de Sandrine puis nous dévalons la colline par son autre extrémité et rejoignons le village.


On a les montagnes qu'on peut mais nous avons cumulé 900 m de D+ en 23km, ce qui n'est pas si mal pour notre région...

Et maintenant direction la Cave à Bière...


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LA COUPE EST PLEINE !

Par Le Lutin d'Ecouves - 24-07-2018 10:47:29 - Aucun commentaire

 

 

Un trail le jour d'une finale de coupe du monde, c'est possible ?

Ben oui et ce n'est pas sans conséquences...

Le récit ICI.

 

TEN YEARS AFTER, I'M GOING HOME

Par Le Lutin d'Ecouves - 06-07-2018 21:58:28 - 1 commentaire

 

Il est des endroits où l'on se sent chez soi...

 


Dix ans après, les Trailers d'Ecouves remettent le couvert à Belle-Ile-en-Mer.

Et ça se passe ICI.

 

 

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COURS TOUJOURS épisode 10

Par Le Lutin d'Ecouves - 21-06-2018 10:40:05 - 9 commentaires

Un ami


Simples connaissances du service militaire, ce n'est qu'aux alentours de la petite quarantaine que nous avons partagé nos foulées.

Je me souviens très bien de la première fois où nous courûmes ensemble lors d'une épreuve durant laquelle nous discutâmes de choses et d'autres pendant dix kilomètres avant qu'il ne s'envole vers le sommet de la forêt de Perseigne comme s'il lui avait poussé des ailes, me laissant ahaner au pied de la côte du Belvédère. Je m'étais dit que notre groupe, encore modeste à l'époque, avait gagné une fameuse recrue. Je ne m'étais pas trompé, j'avais introduit un sacré ver dans le fruit. Sa fougue sportive, sa robustesse et son endurance lui valurent bientôt le surnom de Mustang.

Issu d'une dynastie de serviteurs de l’État, Philippe est né avec un sens aigu du collectif et de l'organisation, c'est pourquoi il est tout naturellement devenu le "tour opérateur" de notre bande de coureurs. Grand dénicheur d'épreuves improbables, il nous trouvait toujours des courses aux noms bizarres et aux difficultés aussi épineuses qu'insensées. Nous étions au début de l'essor du trail et les nouvelles compétitions éclosaient avec la régularité des pustules sur le visage d'un adolescent tout comme leur longueur ne cessait de s'accroître à l'instar de... non, là j'allais dire une ânerie.

Grâce à lui, j'ai pu courir dans l'Aubrac en janvier, vidé par la gastro et congelé par la douche froide prise dans un gymnase sans chauffage à l'arrivée. Sans lui, je n'aurais pas découvert le bonheur de grimper le massif du Pilat dans trente centimètres de neige ou celui de relier St Etienne à Lyon de nuit par moins huit degrés. S'il n'avait pas été là, je n'aurais pas découvert qu'on pouvait mourir de froid à Roscoff au mois de mai avant de se tordre les chevilles sur des rochers hostiles recouverts d'algues visqueuses. Parfois, il suffisait qu'une course ait un nom rigolo comme "les Foulées de la Grotte à Jules" pour qu'il m'entraîne dans un coin improbable aux confins du Calvados et de l'Orne ou bien que le profil de la course sorte de l'ordinaire pour que je me retrouve à ramper dans des tuyaux boueux ou à escalader des bottes de paille comme à Hérouville. Vraiment, Philippe avait de bonnes idées.

Son inscription au forum Kikouroù fut déterminant dans la suite de nos pérégrinations et cela nous permit d’élargir considérablement le cercle de nos amis et surtout le mien, j'en ressens encore la douleur et ce n'est pas sans fondement. Je me demande d'ailleurs comment je peux encore marcher après toutes ces épreuves exotiques lors desquelles nous picolions puis courions puis re-picolions avec des furieux à casquette rouge. Avec eux, j'ai appris le sens du mot dénivelée que ce soit dans la Drôme, les Hautes Alpes ou dans le Gard où, anecdote, un jeune membre du site était venu nous toucher Philippe et moi pour s'assurer que le Mustang et le Lutin existaient vraiment.


Beaucoup des déplacements organisés par Philippe avaient lieu sur des laps de temps très courts, travail oblige. C'est comme cela que je me retrouvais souvent le lundi matin face à vingt-cinq élèves de CP pleins de vie alors que je n'avais pas récupéré d'une course de montagne faite la veille ni du voyage terminé en pleine nuit. 


Entre nous, ça a toujours été la guerre pour de rire et je me souviens avec émotion de notre combat épique en cross que je gagnais presque toujours alors que Philippe me ridiculisait bien souvent sur les longues distances. Les rôles ont toujours été bien définis : à lui le rôle de sportif sérieux, organisé, endurant et propre sur lui ; à moi celui de pitre nerveux, brouillon et agressif toujours prompt aux plaisanteries douteuses et aux remarques déplacées.


Plus de vingt ans ont passé, Philippe a intégré l'équipe dirigeante de notre club d'athlétisme puis en est devenu le président. Il a plus que sa part dans la renaissance de cette vieille institution alençonnaise dont il a  doublé l'effectif. Sans lui et sa valeureuse équipe, le niveau national n'aurait été qu'un vieux souvenir des années 70, sans lui et son dévouement d'ancien instituteur, notre belle piste de 400 m ne résonnerait pas des cris de dizaines de jeunes qu'infatigablement il coache et accompagne bien des weekends ici et là dans tout l'ouest de la France.

Maintenant que nous sommes à la retraite, nous avons pris des habitudes plus bourgeoises dans des hébergements plus confortables en compagnie de nos chères épouses. Nos plus récentes pérégrinations ne relèvent plus de la folie furieuse comme dans les années 2000 mais le Mustang m'a encore  récemment fait découvrir de nouvelles douleurs en m'initiant à la course de hamster lors du 24h de la No Finish Line de Paris.
 
Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve mais je ne peux que souhaiter que nous continuions encore un moment nos errances sportives de sexagénaires curieux et toujours avides de ce que peut apporter la vie.


Photo Denis Decaux


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60+40+1,3

Par Le Lutin d'Ecouves - 12-05-2018 20:46:08 - Aucun commentaire

 

 

Cette curieuse asymétrie vous intrigue, l'explication de ce mystère dans le récit de la No Finish Line :

ICI

 

COURS TOUJOURS épisode 9

Par Le Lutin d'Ecouves - 30-04-2018 17:08:31 - 3 commentaires

 
Longue distance


Je ne suis pas fait pour la longue distance. Je m'en aperçois dès le trentième kilomètre de course mais comme je le répète à l’envi : en ce qui concerne la course à pied, je suis à voile et à vapeur... et au gaz aussi. J'entretiens bêtement l'illusion que je peux être polyvalent.

Ne résistant pas aux sollicitations de mes camarades, je me suis souvent engagé dans des aventures à la fin desquelles l'addition fut souvent salée. Mon ami Joël avait trouvé une expression décrivant bien mon état au terme de ces épreuves : "Tiens, j'ai encore vu le Lutin sur le bord du chemin avec le capot ouvert et le radiateur qui fume" ; il faut dire qu'en tant que modèle des années 50, je ne bénéficie pas d'un système de refroidissement performant.
 
Incapable de gérer mon effort efficacement, j'explosai dès les premières éditions du 61km d'Ecouves, course pourtant à la portée de beaucoup vu son dénivelé modeste. Je partais systématiquement trop vite, espérant vainement gagner quelques dizaines de minutes pour compenser l'inévitable naufrage qui devait de toute façon survenir, me laissant soit terminer physiquement en haillons soit abandonner piteusement sous les lazzis moqueurs de mes camarades plus robustes et plus opiniâtres.

Je me souviens d'un trail de Guerlédan lors duquel, premier de mon groupe de Trailers d'Ecouves durant 20km, je m'échouai (ou plutôt je méchoui) lamentablement sur les dures rives du 42ème km pour ne plus repartir. Je me souviens du trail de Vulcain alors en janvier où je fus transformé en bonhomme de neige à l'instar du Raid 28 qui me valut le surnom de Findus 71.

Pourtant, je persistai en enfilant divers longs trails entre 60 et 80 km et quand je dis en enfilant, je devrais utiliser la forme passive vu l'état dans lequel je me trouvais à l'arrivée. Une de mes pires expériences fut la Saintélyon, course de nuit de 10h23' lors de laquelle j'ai vraiment eu l'impression que j'allais y rester à force d'épuisement, de froid et de chutes répétées. Il faut dire que pour courir 68 km de nuit par moins 9 degrés sur une patinoire en pente raide, il ne faut pas être net...

J'ai même tâté du hamster... Non, je n'ai jamais torturé le moindre animal en l'entourant préalablement d'adhésif ; non, je parle de course longue sur circuit comme les 6 heures de Briouze et ses péripéties diarrhéiques ou le 24 heures de la No Finish Line 2016 que je finis tellement proche de l'état d'esquimau que je ressens parfois encore la désagréable sensation d'avoir un bâtonnet inséré dans le fondement. Devenu prudent, je rééditai l'expérience non en courant mais en marche nordique, ce qui me permit de terminer en bonne et due forme plutôt qu'en bonnet difforme (merci Coluche).

Avec l'âge, l'expérience et un peu de jugeotte, je finis par apprendre à gérer l'effort, ce qui me permit d'exploser beaucoup moins tout en me plantant quand même comme lors du TGV où ma prudente gestion me valut un arrêt à la barrière du 50ème km pour cause de gastéropodisme.

Un minimum de lucidité fit que jamais je ne songeai à m'inscrire sur les épreuves mythiques que fréquentaient déjà mes camarades : l'UTMB ou la Diagonale de Fous. Je resterai pour toujours un potable coureur de semi-marathon doublé d'un crossman hargneux. Au-delà, je suis un manant égaré parmi les stratosphériques ultra-trailers dont la hauteur de vue leur épargne le spectacle d'un lutin agonisant rampant dans la glèbe.

Bref, je ne suis pas fait pour cela. Quoique...

Quoique... il y eut cependant trois petits miracles : le 80 km en Off autour de Belle-Ile qui me fit tomber amoureux de cette merveille géologique et lors duquel je fis les 30 derniers kilomètres en ne me ravitaillant qu'à la bière ; l'Eco-Trail de Paris où je n'ai pas touché terre grâce à la présence de deux fées au physique de walkyries qui m'amenèrent miraculeusement à effectuer les 80 km en 9h41' ; et enfin la course mythique s'il en est : les 100km de Millau que je m'étais promis de courir l'année où je prendrai ma retraite. Malgré la chaleur et la distance, je pus ce jour-là gérer efficacement mon effort et, après 80km, je me surpris à un moment à pousser des cris de jubilation dans le noir en m'apercevant que je courais encore dans la côte au retour de Ste Affrique. Contrairement aux courtes distances, je n'avais pas couru avec mes tripes mais avec ma tête, organe pourtant mouvant dont je me méfie par-dessus tout.

En vue des riantes rives de la sénilité, je ne puis cependant pas m'empêcher de m'inscrire à des épreuves hors gabarit pour un lutin aux courts appendices ambulatoires. Un nouveau tour (off) de Belle-ïle m'attend dix ans après le premier et cet été, je vais tenter le diable dans les Alpes pour un trail de 65 km : Les Passerelles. Je sais que je vais naviguer à nouveau aux limites du naufrage mais comme dit Jacques Rouxel, créateur des Shadoks :

“En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche.”

 © Jacques Rouxel

 

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LE VERT D'HIER AU VERDIER

Par Le Lutin d'Ecouves - 25-04-2018 17:32:53 - Aucun commentaire

 

Il est encore là !

 

 Photo XC d'Ecouves

Encore un Lutin et encore une course en Ecouves ! Quand cela va-t-il enfin cesser ? Le récit ICI.

 

 

 

COURS TOUJOURS épisode 8

Par Le Lutin d'Ecouves - 15-04-2018 11:29:50 - 3 commentaires


Ma course


Chaque coureur a sa course préférée ; en ce qui me concerne, c'est Alençon-Médavy, seize kilomètres en ligne qui vous propulsent en haut de la forêt d'Ecouves après une ultime montée de cinq kilomètres en continu. 
 
Chez moi, c'est une institution qui, dans nos glorieuses années, a attiré jusqu'à 5000 coureurs et nombreux sont les Alençonnais à avoir gravi ce Golgotha local. Eh oui, cette épreuve en est une.

La première fois que j'ai participé à cette classique normande, j'étais plus que débutant, je pris le départ fort vite et, quand au pied du Vignage se profila la fameuse côte de Médavy, je ressentis pour la première fois ce que voulait dire l'expression "semelles de plomb". Ce qui me marqua le plus, ce ne fut pas le chrono fort acceptable d'1h17' mais plutôt la nuit qui suivit que je passai sur les toilettes, agité par les spasmes vengeurs de mes intestins qui ne partageaient pas ma nouvelle passion sportive. 

L'année d'après, je réitérai et explosai vers le douzième kilomètre, faisant cinq minutes de plus que l'année précédente. J'étais conquis : cette course était faite pour moi.

Alençon-Médavy pour moi, c'est l'échauffement au milieu de la fourmilière, ce sont les buissons pris d'assaut par les vessies surexcitées, c'est l'attente parmi la foule puis une bande de fous qui dévalent la rue de Bretagne à tombeau ouvert, c'est un quartier bourré de spectateurs d'où fusent les cris d'encouragements de mes anciens élèves ou de leurs parents, c'est ensuite une première côtelette qui fait rire les habitués, une plaine sur laquelle il faut aller vite mais sans se griller, une deuxième côte plus sérieuse au pied de laquelle le huitième kilomètre me donne presque à coup sûr mon chrono d'arrivée, c'est enfin un dernier plat fort court puis la montée dans la merveille forestière qui semble vous avaler, cinq kilomètres de côte avec l'interdiction de descendre sous les 10 à l'heure sous les encouragements des pique-niqueurs qui brandissent leurs bouteilles de pinard puis le dernier kilomètre moins pentu mais que les poumons estiment encore trop dur, une foule qui se resserre pour n'être plus qu'un couloir hurlant d'où j'émerge à bout de souffle, les cuisses en feu mais l'esprit en paix.

Maintenant, c'est la bousculade du ravitaillement, les sempiternels "t'as fait combien ?" et enfin la descente avec les amis en trottinant vers Alençon sous les yeux ébahis des derniers spectateurs qui se frappent la tempe droite avec l'index en nous voyant effectuer le retour à pied.

La montée vers Médavy est un théâtre de verdure sur lequel se jouent des comédies, des tragédies et parfois des drames. Je me souviendrai toujours de cette fournaise inattendue dans laquelle j'accompagnai Cathy qui paraissait au bord de la rupture et qui montait, montait, montait, le rouge au visage et la rage au ventre pendant que les hommes tombaient autour d'elle. Je me souviens de ce concurrent suffoquant sur le bord du quatorzième kilomètre auquel je donnai notre dernière réserve d'eau et des terribles crampes qui prirent ma camarade dès la ligne franchie. Je me souviens de ce tout jeune homme qui perdit la vie ce jour-là et dont les hêtres et les chênes semblent garder le souvenir longtemps après.

Durant des années, je n'ai fait que progresser pour finalement atteindre les 1h07' aux alentours de 50 ans. Alors que je suis un coureur moyen, terminant souvent dans le ventre mou du peloton, j'ai toujours eu d'excellents classements sur cette course, atteignant même la 380ème place sur plus de 3000. J'espère encore cette année ne pas dépasser les 1h20'* pour mes 62 ans, ce qui sera difficile, bien sûr, mais pas impossible car c'est "ma" course.
 
 
*Finalement 1h17 comme l'année dernière (534 sur 2142) pas de doute, c'est vraiment "ma course".
 
 
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COURS TOUJOURS épisode 7

Par Le Lutin d'Ecouves - 10-03-2018 20:08:26 - 2 commentaires

Coaching


C'est finalement par hasard que je me suis mis à entraîner des coureurs. Au départ, ayant beaucoup reçu de mon ami Allain, je trouvai normal de partager et de transmettre. J'ai d'abord partagé un marathon avec ma chère épouse à Paris puis avec le grand Pascal qui n'en revenait pas de me voir parler durant 42 km dans la bonne ville de La Rochelle . Ce jour-là, j'ai d'ailleurs failli me faire lyncher par des coureurs exténués qui ne supportaient plus mes babillages et mes excentricités.
 
La première personne que j'ai vraiment entraînée de manière plus "scientifique", c'est moi-même, le jour où, ayant pris de l'âge, je songeai qu'il serait peut-être nécessaire que je me trouve des plans d'entraînement, ce qui fut fait sur le Net. A l'époque, je me débattais comme un beau diable pour rester en deçà de la barre de 3h30 au marathon. Constatant que cela marchait, j'affinais de plus en plus mes pratiques pour me maintenir tant bien que mal à la surface, l'âge m'entraînant cependant inexorablement vers le fond... Et plus je vieillissais, plus j'affinais histoire d'adoucir mon inévitable naufrage. Ça fait moins mal de tomber doucement.
 
Au bout d'un moment, les copains et les copines de course ne sachant pas toujours quoi faire, se mirent à m'imiter et ils découvrirent que des séances structurées les faisaient progresser. De fil en aiguille, à l'intérieur de mon groupe, je suis devenu le spécialiste ès entraînements qualité et ès marathon. Par expérience mais parfois aussi de manière empirique, j'ai développé mes techniques et découvert certaines choses bien utiles comme le Smecta ou la rotation des paires de chaussures.

Dans trois cas sur quatre, mes plans d'entraînement sont destinés à des femmes et même si j'ai bien sûr accompagné des amis hommes en compétition, je me retrouve souvent en compagnie de la gent féminine sur route, sur piste ou en forêt. 

Il ne faut pas s'y méprendre, même si je fais souvent le Guignol, je suis un mari honnête et le fait que les filles me choisissent comme entraîneur ne vient pas du fait que je ressemble à Alain de loin car il suffit de me regarder pour constater que je suis plus Robert que Redford. Je suis juste un gynécoach qui prête attention aux femmes que j'entraîne comme je l'ai toujours fait concernant les enfants dont je me suis occupé durant ma longue carrière d'instituteur.

Tout ce coaching représente pour moi une certaine charge psychologique mais aussi physique car j'accompagne souvent mes camarades à l'entraînement ainsi qu'en compétition. Les progrès et les résultats de mes "élèves" font certainement du bien à mon Ego de mâle ; d'une certaine manière, je réussis par procuration, mais chaque blessure et chaque contre-performance est une éraflure sur ma carrosserie déjà bien bosselée.


C'est en me promenant un jour dans des alpages que j'ai finalement réalisé ce qui me poussait à m'occuper ainsi des autres : j'ai une mentalité de chien de berger. D'ailleurs, j'ai des points communs avec le patou : je suis tenace, parfois brut de décoffrage et j'ai une grande gueule. Arrêtons-là la comparaison, les sportifs ne sont pas des moutons et je n'ai pas le corps couvert de poils, loin s'en faut.

Dans quelques années, je n'aurai plus les moyens de m'investir ainsi physiquement dans l'entraînement des autres et je ne me vois pas les diriger assis sur un banc, le sifflet au bec.
 
C'est progressivement que je passe la main. Katia, avec toute la rigueur qui la caractérise, écrit déjà ses plans d'entraînement qu'elle fait partager et elle commence à prendre en charge d'autres coureuses. Cathy avec qui j'ai couru maintes épreuves est toujours là ; pour mes soixante-dix ans, elle m'a fait une promesse : elle me préparera et m'accompagnera pour un marathon en 2026. Et le relais sera transmis...


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COURONS DANS UN CONGÉLATEUR

Par Le Lutin d'Ecouves - 03-03-2018 19:52:40 - 4 commentaires

 28 février
 
P... de vent d'est ! Dimanche c'était supportable, il ne faisait que moins deux et le grand soleil nous consolait de deux mois de déluge et de gris. Ce matin, il fait moins huit et je me suis équipé en conséquence. Quand je sors de chez moi, j'ai l'impression de pénétrer dans un congélateur. J'ai mis une casquette pour protéger le sommet de mon crâne de plus en plus déserté par les cheveux ; un bonnet eût été plus adéquat mais j'ai l'air d'un nœud avec ce genre de couvre-chef et je ne dois pas avoir l'air d'un nœud quand je cours avec des copines, à fortiori avec Katia qui a toujours les yeux et les ongles faits, même à quatre heures du matin au départ d'un trail en pleine montagne. Au moins on peut faire notre séance, ce n'est pas comme il y a trois semaines* où il a fallu surseoir à l'entraînement sur piste pour cause d'enneigement.
 
Arrivé à la Fuie des Vignes, je me félicite d'avoir mis des gants. Les fossés de ce grand espace marécageux urbain sont couverts de glace, les nombreux oiseaux du lieu se font discrets en attendant des jours meilleurs. Comme à l'accoutumée, nous traversons Perseigne ce quartier qui fait peur aux bourgeois. Nous croisons des Africaines transies qui nous saluent et nous leur répondons. Les jardins familiaux sont déserts, la nature est en suspens. 

Surprise, nous ne sommes pas seuls en arrivant sur notre belle piste de 400m. Deux jeunes femmes s’y entraînent à un bon rythme ainsi que Joséphine qui fait des séries de fractionnés. Cette jeune "espoir" a décidé de s'attaquer à son record sur 10km et elle s'y donne à fond malgré le froid polaire... euh non, pas polaire car au même moment, il fait trois degrés au-dessus de zéro à Nuuk, la capitale du Groenland (J'ai vérifié). En tout cas Joséphine, c'est une fille qui en a... tout juste vingt ans et de la volonté à revendre et ce n'est pas la présence de phoques et d'ours blancs qui va la décourager.

Et c'est parti pour huit fois mille mètres plus deux cents mètres de récupération. Vingt-quatre tours de piste dont les trois-quarts effectués à la vitesse semi-marathon soit 12,5 km/h à 13 km/h. Dès le deuxième tour, je sens que Katia souffre. Je sens, je n'entends pas car elle ne se plaint jamais. Courir avec son asthme en hiver est bien souvent une torture pour elle. Quand ses poumons produisent un sifflement aigu, je sais que l'on a atteint les limites. Je me demande parfois si tout cela est bien raisonnable, je me demande aussi comment on peut ranger autant de pugnacité dans un mètre soixante-quatre. Peut-être vient-ce du fait d'avoir mis au monde quatre enfants et de les élever...

Pour avoir entraîné pas mal de femmes, je sais que leur légendaire endurance n'est pas physique, elles sont même désavantagées de par leur plus petite capacité pulmonaire sans parler du ratio poids/masse musculaire. Et pourtant...

Et pourtant, Katia a fini le Tour des Glaciers de la Vanoise là où j'échouais au 50ème km. Et pourtant, elle a bouclé les 100km de Millau en moins de douze heures. Et pourtant, elle a couru 151 km en 24 heures lors de la No Finish Line là où je n'ai pas pu dépasser 107 km l'année précédente.

Tout cela m'amène à plus d'humilité mais cela ne me coupe pas la parole. Sans vergogne, je fais des commentaires élogieux sur les fessiers féminins que nous côtoyons. Katia semble bien encaisser mes propos issus d'une ancestrale tradition de machos préhistoriques. Parfois je pense que je devrais avoir honte mais je me dis aussitôt que cesser de dire ce qui me passe par la tête serait le début d'un court chemin menant à l'hypocrisie.

Au bout d'une dizaine de tours, je m'aperçois que l'eau mentholée de ma gourde forme des petits glaçons malvenus par cette météo. Six, sept, huit fois mille mètres, nous finissons le dernier tour à un bon treize à l'heure. La température est remontée à moins cinq. C'est presque de la douceur. Il ne nous reste plus de 3,5km pour retourner à notre point de départ. Katia parle de ses enfants, quant à moi, je ne puis m'empêcher de m'extasier sur le bonheur d'être grand-père. Chaque génération a ses plaisirs...


Dans moins d'un mois, nous serons au départ du marathon de Bordeaux. Ces neuf semaines de préparation s'avèreront utiles. Ou pas... 

*Entraînement du 7 février



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