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Dans la catégorie Culture et confiture

GOODBYE GEORGE

Par Le Lutin d'Ecouves - 17-07-2017 10:35:16 - 2 commentaires

 
 
George Romero est mort... et bien vivant pour tous ses fans.
 
 
George Romero n'est pas seulement le créateur du film de morts-vivants, il a produit dès 1968 (La nuit des morts-vivants) une critique au vitriol de la société américaine poursuivie dans son deuxième film (Zombie 1978) qui se passe dans un centre commercial où les morts continuent d'errer comme ils le faisaient du temps de leur vivant. Parmi l’œuvre modeste mais déterminante de ce maître de l'horreur, nous noterons l'excellent "Territoire des Morts" (Land of the Dead 2005), véritable plaidoyer pour la différence dans lequel les morts-vivants, devenus le gibier d'américains surarmés, finissent par revendiquer leur identité ainsi qu'un territoire pour y vivre-mourir dignement.
 
 

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LE LUTIN A MAUVAIS GENRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 16-06-2017 10:40:50 - 7 commentaires

 


Ayant longtemps enseigné la grammaire et l'orthographe aux petits lutins, j'ai toujours été chatouilleux et méfiant en ce qui concerne toute réforme visant à modifier ce que l'on a mis des siècles à fixer. C'est pour cela que j'ai traité par le mépris la réforme de 1990 qui ne faisait que prêter à confusion : passe pour écrire évènement à la place d'événement mais que dire de féérie à la place de féerie, des fées, j'en connais mais pas des féés ! C'est vrai que nénuphar est une erreur des grammairiens du passé (nénufar est un mot persan donc pas de ph grec) mais dans ce cas-là, écrivons camellia (terme scientifique) puisque camélia est à la base une faute d'orthographe d'Alexandre Dumas fils. Et l'accent circonflexe, on le vire bien des u et des i mais seulement quand il n'y a pas de risque de confusion (du et dû par exemple). Pareil pour les verbes en eler et eter, on supprime la consonne double sauf quand ce sont des verbes courants. En gros on rajoute de nouvelles règles avec de nouvelles exceptions... Super la simplification !
 
Voilà pourquoi, au début, j'ai trouvé ridicule qu'on essaie de féminiser à marche forcée certains termes masculins. Pourquoi pas une maçonne qui monte un mur de briques mais qu'elle se soit portée acquéreuse de ciment m'arrachait un peu les tympans. Et pourquoi docteure (université et médecine) alors qu'on avait déjà doctoresse (médecine seulement) ? 

Cela dit, je me suis documenté et suis tombé, entre autres, sur les travaux d'Aurore Evain qui a enquêté sur le devenir du mot "autrice" que je pensais être un simple néologisme égalitaire. C'est ainsi que j'ai découvert qu'en latin existaient bien les termes d'auctor et auctrix et que de ce dernier se forgea le mot autrice qui fut employé durant tout le Moyen-Age ainsi qu'à la Renaissance.

Si au Moyen-Age l'acception d'autrice était légèrement différente, dès la Renaissance on parla d'autrices en tant qu'écrivaines.

Et puis... et puis arriva le XVIIème siècle et la création de l'Académie Française (1634) gérée uniquement par des hommes. Il y eut un long débat épistolaire entre des écrivaines comme Marie de Gournay (1565-1645) et des écrivains comme Guez de Balzac (1597-1654) surnommé "le Restaurateur de la Langue Française" et, devinez qui gagna à la fin ? 

C'est ainsi que, en 1694, quand le premier dictionnaire de l'Académie Française parut, un certain nombre de termes féminins s'évanouirent dont le terme autrice qui recouvrait une profession trop noble pour posséder un féminin, semble-t-il.
 
On voulut bien concéder l'usage du mot actrice pour comédienne car celle-ci interprétait les textes d'auteurs supposés masculins alors que des autrices dramaturges ont bien existé à la Cour de Versailles comme Catherine Bernard (1662-1712) tout comme des compositrices comme Elisabeth Jacquet de la Guerre (1665-1729) ont bien œuvré lors du Grand Siècle. 

Le XIXème siècle n'étant pas vraiment un siècle féministe, les mauvaises habitudes se sont pérennisées Et c'est ainsi qu'in fine, plusieurs générations abreuvées au Lagarde et Michard depuis 1948 n'ont eu que des auteurs de romans, de poésie et de théâtre à se mettre sous les mirettes. Exit nombre d'autrices oubliées ou dont le nom est juste évoqué comme la remarquable poétesse Louise Labé (1524-1566) :

Baise m'encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux :
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.

 
Lagarde : - Je ne sais pas ce que vous en pensez cher collègue mais ce genre de poésie ne me semble pas convenir aux jeunes esprits...
Michard : - Tout à fait d'accord cher ami, il ne manquerait plus que les jeunes filles lussent ce genre de vers et, s'échauffant la bile, en vinssent à jeter leurs soutiens-gorges au visage de leurs professeurs.

© Editions Bordas
 
Dès les années 70, curieux de nature, je m'étais bien posé la question : pourquoi n'y a-t-il pas plus de femmes dans les Arts ? J'ai entendu maintes fois cet argument : "Elles ont la maternité, cela leur suffit, elle n'ont pas besoin de créer." La réponse est maintenant plus évidente : les femmes qui, malgré les restrictions de leur temps, ont réussi à créer ont été largement effacées de la mémoire collective et le nettoyage a même eu lieu au niveau du dictionnaire.
 
******
 
Les travaux d'Aurore Evain m'ont permis de me rappeler quelques quasi-disparitions de termes féminins que j'avais effectivement remarquées. En guise de conclusion, j'en citerai deux :  

Matrimoine (orthographié matrimoyne) cité entre autres dans un livre sur les coutumes anglo-normandes du XIème au XIVème siècle. (David Houard 1776) ou dans un contrat de mariage en Anjou (1619)
Concernant matrimoine, je ne résisterai pas à livrer cette citation de l'Echo de la Mode du 21 janvier 1968 (p69) qui pensait le terme récent :
Matrimoine, subst. masc.[Sur le modèle de patrimoine] Le «matrimoine»? un mot fabriqué qui restera dans les dictionnaires sous cette définition simple: tout ce qui dans le mariage relève normalement de la femme.
 
Trobairitz : Ces femmes nobles poétesses des XIIème et XIIIème siècles ont existé parallèlement aux Troubadours mais le terme Trobairitz est tombé en désuétude alors que celui de Troubadour a traversé le temps sans encombre.
Pour les Trobairitz, voir cet article du Lutin.
Pour les Troubadours, voir cet autre article.


Site d'Aurore Evain



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UN VENDREDI À PARIS

Par Le Lutin d'Ecouves - 13-03-2017 12:27:19 - 6 commentaires

Il est des occasions à ne pas rater sinon on s'en mord les doigts jusqu'à l'épaule... Vermeer est depuis longtemps un de nos peintres préférés et l'occasion d'admirer le tiers de sa production ne se représentera pas de sitôt. Ou alors la prochaine fois il faudra quelqu'un pour pousser nos fauteuils.
 
On est dans les temps. Notre Ford pourrite est à l'abri dans un parking près de l'Opéra, nous cheminons vers le Louvre. 

 

Heureusement que j'ai réservé mon créneau de visite, on ne va pas trop attendre ! Oups, c'est quoi cette longue procession ? J'avise une dame avec un badge.
"Bonjour madame, c'est là Vermeer ? 
- Ben oui, la queue est là."
Je vérifie que ma braguette est bien fermée et je me dirige vers la  file d'attente.
 
Au bout de trente minutes, nous rejoignons une... seconde file. Damned, encore une demi-heure de poireautage ! J'en profite pour observer les gens qui m'entourent. Tiens, il n'y a pas de Chinois ! Heu non, on est plutôt à Versailles et ils sont tous assez vieux pour avoir... notre âge.
 
J'avais pourtant pris mes précautions sur la route mais les rognons ont encore frappé, j'espère qu'ils ont prévu des toilettes à l'intérieur de l'expo. Euh non, Prostaman va encore être obligé d'attendre.
 
"C'est le mur" qu'il nous dit le type à l'entrée pour nous signifier qu'il y a du monde, nous allons donc voir les tableaux de Valentin de Boulogne pour patienter.
 
Les Tricheurs (Document Wikipedia)
 
Maître des mains et des expressions, Valentin peint sur des grands formats pour des clients italiens. Avec Vermeer, nous passons dans un tout autre monde. Et quand je dis Vermeer, il s'agit de Vermeer et ses contemporains comme Gabriel Metsu ou Gérard Dou, maîtres de la Fijnschilderei (peinture fine).

Metsu : Jeune homme écrivant une lettre
(Document Wikipedia)

La beauté des tableaux du Maître de Deft et de ses contemporains finit par me faire oublier la pression hydrostatique et nous prenons le temps de regarder chaque œuvre avec  de grandes délices (j'ai mis un adjectif pour faire mon pédant).

Nous finissons par nous lier avec une dame de St Lô avec laquelle nous commentons les derniers Vermeer, bien sûr la dentellière (Ah, ces fils entre ses doigts !) et, incontournable, la laitière. Le premier qui me sort un yaourt, je l'assassine !

(Document Wikipedia)
 
En direct live à cinquante centimètres du nez, c'est un choc esthétique. Nous voyons ce qu'il est impossible de voir sur une reproduction, le tableau semble habité, les couleurs, les couleurs ! Jusqu'au trou dans le mur... une idée de la perfection. Nous sommes trois à commenter le tableau, surtout ma Josette qui tient le pinceau depuis moult années et la charmante dame de St Lô. Au bout d'un moment, une Versaillaise grince derrière nous et il nous faut décaniller.
 
Ouf, je visite enfin les toilettes du musée après presque deux heures de visite. On raconte des salades, les toilettes elles ne sont pas d'époque.
 
Il nous reste du temps, nous musardons dans le palais, nous arrêtant çà et là. Mon œil de lutin repérant quelques jolies choses...

Fragonard : Le feu aux poudres
 
Inévitablement, nous sortons du musée par la boutique de souvenirs. Nous regardons avec dédain les gens sortir de là avec leurs assiettes Joconde ou   leur Victoire de Samothrace en plâtre. Peuh, quel mauvais goût, qu'ils repartent vers leurs pénates avec leurs souvenirs kitschs.

Mais mais, regarde ça !!! Oh génial, ça va plaire à Arielle qui va bientôt avoir trois ans ! Et c'est comme ça que Papy et Mamie sont repartis avec un cadeau kitsch. La honte !


Et c'est pas fini la journée ! Direction l'Olympia ou plutôt le café de l'Olympia où nous mangeons notre croque-madame dans une crypte au sous-sol. Un demi-litre de bière nous requinque grave comme on dit chez les jeunes, euh enfin, on n'est pas chez les jeunes. Ça sent même le vieux rocker. Ils viennent certainement assister au même spectacle que nous.

Photo de ma Josette

Ah, les toilettes du café de l'Olympia sont super et la serveuse très sympa ! Vite, nous allons voir... tadaaa !!!


La légende du blues blanc ! John Mayall, 84 ans au mois de novembre. In-con-tour-na-ble ! Mayall fait partie de notre histoire. C'est Josette qui m'avait prêté Blues From Laurel Canyon alors que nous étions en seconde, elle m'avait aussi fait découvrir Jethro Tull et les premiers Pink Floyd mais c'était certainement Mayall qu'elle préférait. Mayall, une vie de blues pour lui, une vie pour nous. Quarante-cinq ans après la seconde du lycée, nous allons enfin le voir et l'entendre.

Ah la vache, ils sont tous là ! Le Baby Boom a débarqué, la moyenne d'âge explose les soixante ans, je ferais presque jeune.

Le gars en première partie tient une demi-heure et après, le type au micro nous annonce que l'Olympia nous offre vingt minutes d'entracte. Bon coureur, je gicle vite vers les toilettes. Grand bien m'en fasse, quand je sors après avoir vidangé un bon demi-litre de Grimbergen, je m'aperçois que tous les types de la salle se sont donné rendez-vous aux gogues. Elle est impressionnante la queue, euh, la file d'attente. Il fallait s'y attendre avec autant de croulants dans la salle. Ah oui, croulant, c'est le mot qu'on utilisait dans les années soixante pour désigner les plus de quarante ans... j'en ai maintenant soixante et un et j'apprécie le terme à sa juste valeur... ouille !

Photo Angel Burbano

Papy Mayall a bien pris un peu de bide mais il a une pêche d'enfer. Il joue en trio avec un jeune bassiste tout fou et un très bon batteur qui fait le Jabba sur son siège. Au bout de deux morceaux, le gamin plante son ampli de basse et, le temps de la réparation (un ventilo collé derrière la machine), John Mayall nous gratifie de deux impros au clavier puis à l'harmonica. Nous, on est sur le cul ! Le concert reprend et c'est une heure un quart de blues légendaire. C'est un peu comme Vermeer, nous entendons ce qui est impossible à entendre sur disque, le blues est incarné.

Rentrés à une heure trente du mat', nous nous couchons vite. J'ai un cross à courir à seize heures nom de d'là ! Evidemment, au lever, le premier disque que Josette met dans mon lecteur CD d'ancêtre (un Sony 557 ESD de 1987), c'est le double album du 70ème anniversaire de John Mayall. A l'époque, il était vraiment jeune, non ?

Je vous laisse apprécier "Somebody's acting like a child", un extrait de Laurel Canyon interprété en 2003 par John Mayall and the Bluesbreakers featuring Mick Taylor et Buddy Whittington à la guitare, du grand art :

 
 
 
 
 
 

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DES FEMMES ET DE LA LUMIÈRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 20-02-2017 15:34:15 - 5 commentaires

Lassay les Châteaux
19-02-2017
 
 
Belle journée de février dans mon pays Normandie-Maine, Lassay est à cinquante minutes de la maison. Depuis quelques temps, nous avons pris l'habitude, mon épouse et moi, de nous intéresser de plus près à notre région et aux trésors qu'elle recèle. On n'est jamais déçu quand on sait où observer...

 
Le but de la balade de ce jour d'hui est une chapelle privée érigée en 1651 et notre guide est Cathy, passeuse de lumière. Cathy est la preuve que les gens ne sont pas forcément rancuniers : j'ai appris à lire à trois de ses quatre enfants et elle ne m'en tient pas rigueur. Cela dit, quand elle est tombée en panne de graphiste pour son dernier projet de vitrail, elle s'est dit qu'il fallait mieux faire appel à ma Josette plutôt qu'à moi... Un vitrail avec des cochons roses, ça aurait pourtant eu de la gueule.


 A l'origine, il y avait ces vitraux à restaurer. Il paraissait évident que le transfert de la partie gauche en bas de celle de droite s'imposait. C'est en faisant ce transfert sur écran que mon épouse s'est aperçu d'un problème : un des panneaux de droite avait été remonté tête en bas. Une petite manipulation informatique donna un aperçu de la forme originelle du vitrail :
 
 
Restait donc à créer le vis à vis du vitrail ancien, une création à la fois contemporaine et respectueuse du lieu :

Projet graphique de Josette
 
Dix mois plus tard, Cathy a créé le vitrail moderne dans son atelier, démonté et remonté l'ancien puis posé son vis à vis.
 
Ce dix-neuf février, il fait grand soleil et ma première impression est colorée :
 
 
 Le vitrail contemporain est une réussite et il anime puissamment les murs de la chapelle.

Création de Cathy

Je m'empresse de faire un ensemble de photos pour immortaliser le résultat de la collaboration des deux amies.


Nous terminons la promenade par un  tour vers le château du XVe, goûtant la douceur de l'atmoshère en cette aimable jour d'hiver.


 Site de Cathy : http://www.atelier-vanhollebeke-vitrail.fr/
 
 

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UNDER ICE

Par Le Lutin d'Ecouves - 08-12-2016 18:46:12 - 4 commentaires

J'ai toujours tenu Kate Bush pour un génie, ce qu'ignorent parfois les gens qui se sont limités à ses tubes comme Babooshka ou Wuthering Heights. Il suffit pourtant d'écouter attentivement ses trois chefs-d’œuvre des années 80 "Never For ever", "The Dreaming" et "Hounds of Love" pour se convaincre que l'on a là affaire à de la musique de haut niveau écrite, chantée et interprétée par une jeune femme surdouée et pétrie de culture. Extraite de The Ninth Wave (Hounds of Love), la chanson Under Ice m'a toujours fasciné et même obsédé. Je n'ai jamais été convaincu par les différentes traductions trouvées sur le net, soit elles étaient fautives, soit elles étaient trop littérales. Or, pour bien traduire un texte poétique, il faut tourner autour... avec amour, ce que j'ai essayé de faire avec cette traduction personnelle :
 
 
Sous la glace
 
C'est merveilleux
Les alentours, si blancs
La rivière est devenue un miroir de givre
Pas une âme sur la glace
Juste moi qui file en patinant 
Je passe en trombe parmi les arbres
Laissant de fines traces sur la glace
Traçant au couteau de petites lignes givrées
Sifflement de la surface qui se fend
Mes talons d'argent font crépiter la neige
 
Quelque chose s'agite
En-dessous, sous la glace
Quelque chose me suit, sous la glace
Fendant l'onde sous mes pieds
Ça tente de sortir de l'eau froide
" C'est moi "
Quelque chose, quelqu'un, à l'aide !
" C'est moi "

 
Pour illustrer cette chanson, voici ce travail de fan, un montage vidéo de MrMarrs :
 
 
 
Le triple album des concerts de 2014 "Before the dawn" vient de sortir, indispensable pour ceux qui voudraient (re)découvrir cette grande artiste. 
 
Son site : http://www.katebush.com/  (Attendez un peu avant d'entrer dans le site...)
 
 
 

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ACTION RADICALE POUR SE DÉBARRASSER DE LA MENTALITÉ DE PRIMATE

Par Le Lutin d'Ecouves - 13-11-2016 19:57:22 - 4 commentaires


Le retour du roi (pourpre)
 
Radical Action To Unseat The Hold of Monkey Mind
 

Aux environs de 1972, je découvris avec une certaine stupéfaction la musique de King Crimson. Le groupe, âgé de seulement trois ans à l'époque, avait déjà produit quatre albums aussi polymorphes que renversants : In the Court of the Crimson King - In he Wake of Poseidon - Lizard - Islands.
 
A peine avais-je digéré ces œuvres complexes et fascinantes que  la deuxième vague arriva avec Larks' Tongues in Aspic, Starless and Bible Black et Red, trois albums produits en 1973 et 74. Deux autres vagues de trois albums déferlèrent ensuite en 1981-84 puis en 1995-2003 (voir discographie du groupe).
 
Puis plus grand chose depuis à part quelques live et autres expériences de Robert Fripp, la tête pensante et pivot du groupe.
 
Robert Fripp - Photo Greg Cristman
 
En cette année 2016, je pensais sincèrement que Fripp, arrivé à 70 ans, avait tourné la page et que le Roi pourpre était défunt. Que nenni !  Pour fêter l'entrée dans sa huitième décennie, King Robert a réuni d'anciens et de récents collaborateurs pour une tournée de deux ans (2015 et 2016) qui vient de déboucher sur un album live de luxe : Radical Action To Unseat The Hold Of Monkey Mind, un coffret de 3CD live + un Blu-ray en concert de 2h40min, le tout m'ayant coûté seulement 33 euros.

A priori, je m'attendais à un festival de Frippertronics et autres Soundscapes comme dans les productions du début des années 2000 où tout était piloté à partir des guitares qui pouvaient imiter la flûte, le hautbois et les nappes de cordes ou même parfois la voix. Depuis 1981, le groupe était devenu essentiellement métallique tout en gardant son extrême sophistication sonore et surtout rythmique.

Que nenni ! Le King Crimson cuvée 2015-16 revient sur des sons plus classiques avec, entre autres, le retour de Mel Collins qui assure (et pas qu'un peu) les parties saxo et flûte comme du temps des premiers albums. Un autre vieux compagnon, Tony Levin qui a partagé son temps entre Peter Gabriel et King Crimson, tient la basse. Voilà, avec Fripp, le club des 70 berges...

Pour cette rétrospective de luxe,  le Roi pourpre s'est adjoint trois batteurs (Pat Mastelotto, Bill Rieflin et Gavin Harrison) dont un tient aussi le clavier. Là, le clavier, on l'attendait ! Au départ, King Crimson avait bâti une partie de ses paysages sonores sur l'utilisation du mellotron, un drôle de clavier échantillonneur qui fonctionnait avec des morceaux de bandes magnétiques. Ce petit clavier pouvait ainsi reproduire la voix, les cordes, le hautbois, la flûte ("Strawberry fields forever" des Beatles) mais avait un gros défaut, les bandes s'abîmaient et devaient être changées régulièrement. Eh bien, Fripp a fait échantillonner le son du mellotron qu'il a ainsi ajouté aux claviers utilisés par lui-même et Bill Rieflin lors du spectacle. On est ainsi confondu d'entendre des classiques comme "Epitaph" et "The Court of the Crimson King" avec une telle précision, comme si 47 ans avaient été effacés d'un coup.

Ce bel édifice serait cependant bancal sans Jakko Jakszyk à la guitare et à la voix. Là, je tire mon chapeau car il opère un véritable tour de force en étant Greg Lake dans les morceaux des deux premiers albums, Boz Burrell dans la chanson tirée du quatrième et John Wetton dans les morceaux datant des années 73-74. 

Le tout fait une musique intensément Crimsonnienne d'une redoutable précision avec en plus la chaleur des instruments de Collins et de la voix de Jakszyk. Et ce n'est pas tout, Fripp nous octroie une trentaine de minutes de musique nouvelle ou récente (dont deux morceaux de son album A scarcity of Miracles - 2011).

Par respect pour ces grands artistes qui n'ont jamais cédé à la facilité, aux modes ou aux sirènes du Show-Biz, je ne mettrai pas mes morceaux préférés en ligne, dommage car la pièce triple "Radical action" vaut son pesant d'intelligence. Je me contenterai donc de vous présenter les deux (néanmoins excellents) extraits du show délivrés par la chaîne officielle de DGM live.

D'abord "Starless" qui concluait l'album Red :
 
 
 
Puis "Easy Money" de l'album Larks' tongues in aspic, un festival de percussion pourpre.

 
 
Un dernier détail : le concert se termine bien sûr par "21st Century Schizoid Man" à fond les manettes. Ô joie !
 
 
 

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L'ESPRIT FRANÇAIS 20

Par Le Lutin d'Ecouves - 25-07-2016 17:39:50 - 4 commentaires

Michel Corrette
1707-1795


Pour ce dernier épisode de l'Esprit français, nous allons nous lâcher un peu avec un concerto comique de Michel Corrette.
 
Michel Corrette fait partie de ces musiciens parisiens (Normand d'origine) hyperactifs que l'on rencontre à l'époque ; il est organiste dans plusieurs églises, éditeur de musique, organisateur de concerts et pédagogue reconnu. Son côté touche à tout et le fait qu'il soit à la mode irrite quelque peu certains contemporains qui n'hésitent pas à qualifier d'anachorètes (je vous laisse décrypter) les élèves de l'école de musique populaire que Corrette  a ouverte avec succès et qui comptera des centaines d'élèves.
 
A l'affût de nouveautés, le musicien est le premier à écrire sur l'exploit des frères Montgolfier (Cantate "Le globe volant") et son sens de l'adaptation lui permet de traverser les dures années de la Révolution sans encombre, composant même une jolie ariette sur l'air de "Ah, ça ira".
 
La curiosité tous azimuts de Corrette l'a amené à rechercher à produire tous types de sons pour tous types d'instruments, c'est pourquoi dans ses concertos comiques, il emploiera divers instruments comme la vielle à roue ou la musette plutôt réservées à la musique populaire (mais très à la mode dans la bonne société).

 Musette et vielle à roue
 
Parmi ces concertos comiques, j'ai choisi le plus célèbre "La servante au bon tabac" inspiré d'un thème fort connu (3ème mouvement) dans lequel les deux instruments populaires font un barouf du diable, occultant quelque peu les autres instruments dits "classiques". 

J'ai eu la chance d'assister au spectacle de ces concertos par l'Ensemble Stradivaria et j'ai pu constater que cette musique gaie et roborative avait une bonne influence sur les musiciens et le public qui échangeaient facilement et plaisantaient dans une ambiance détendue, ce qui n'est pas toujours le cas lors de concerts de musique "sérieuse" (hou le vilain terme !).

(Ref)
 

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Source principale : Texte de Philippe Le Corf
 

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L'ESPRIT FRANÇAIS 19

Par Le Lutin d'Ecouves - 09-06-2016 17:01:16 - 3 commentaires

Jean-Philippe Rameau
1683-1764
 
Rameau à la fin de sa vie par Greuze
 

Dernier grand représentant de la période baroque française (il en fut d'autres bien délicieux mais moins prestigieux), Jean-Philippe Rameau, né à Dijon, est d'abord un produit de la vie musicale provinciale. Élève médiocre, il se fait évacuer du Collège de Jésuites  pour cause de manque de travail : "Il se distinguait par une vivacité peu commune, mais pendant les classes il chantait ou écrivait de la musique. Il ne passa pas la quatrième" témoigne un de ses condisciples. Exit les études de Droit envisagées, tant mieux pour la culture...
 
Ce n'est qu'en 1722 qu'il s'installe définitivement à Paris et ce n'est qu'à l'âge de 50 ans qu'il se met à composer des opéras dont les fameuses "Indes Galantes" (1735). L'air le plus célèbre de cette fantaisie lyrique (très fantaisiste, elle se passe d'abord en Turquie puis au Pérou, en Perse et enfin dans une forêt d'Amérique du Nord) s'intitule "Les Sauvages", le terme, non péjoratif, désignant des gens vivant près de la nature.
 
Cet air a pour origine une pièce de clavecin composée par Rameau à la suite d'un spectacle de danse d'Indiens de Louisiane auquel l'auteur avait assisté en 1725 au Théâtre des Italiens. 

 (Ref)
 
 
 
Le rythme enjoué de la pièce ne pouvant que prêter à l'allégresse et à la danse, Rameau intègrera cet air au rajout qu'il fera en 1736 aux Indes Galantes. Le texte intitulé "Forêts paisibles" célèbre la bonne vie simple et la paix prodiguée par le contact avec notre Mère Nature (en opposition avec, bien sûr, le marigot Versaillais peuplé de crocodiles assoiffés d'honneurs.)

(extrait)
Dans nos retraites,
Grandeur, ne viens jamais
Offrir tes faux attraits!
Ciel, tu les as faites
Pour l'innocence et pour la paix.
Jouissons dans nos asiles,
Jouissons des biens tranquilles!
Ah! peut-on être heureux,
Quand on forme d'autres vœux ? 

Bien que cette série soit dédiée à la musique instrumentale, je ne puis résister à vous livrer cet extrait des Indes Galantes dirigé par William Christie à la tête des Arts Florissants avec Patricia Petibon et Nicolas Rivenq au chant, chorégraphie bien dans la lignée de cet Esprit français pétri d'intelligence et de gravité mais aussi parfois de fantaisie et de gaîté.

 

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 Références : Les cahiers du CERHIC, jp.rameau.free.fr, Musicologie.org
 

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L'ESPRIT FRANÇAIS 18

Par Le Lutin d'Ecouves - 02-05-2016 17:36:41 - 3 commentaires

 Joseph Bodin de Boismortier
1689-1755
 
A entendre les dix-sept premiers numéros de cette série, l'on pourrait penser que l'Esprit français n'est que mélancolie raffinée ou majesté cérébrale, que nenni ! L'Esprit français sait aussi être léger et souriant et c'est à cet esprit-là que les trois derniers chapitres sont consacrés.

Peinture de Jean Ranc 
 
Bienheureux Boimortier, dont la plume fertile
Peut tous les mois, sans peine, enfanter un volume.
 
Voi ce qu'écrivait Benjamin de la Borde en 1780 dans son essai sur la musique. Longtemps, Joseph, fils de militaire reconverti en confiseur à Thionville eut mauvaise réputation à cause de son énorme production pour tous types de formations (plus de la musique vocale). Sa grande facilité à composer et les grosses sommes d'argent qu'il récoltait lui valurent bien des inimitiés d'autant plus que Boismortier était un roturier même pas fils de musicien qui commença sa carrière professionnelle en tant que receveur de la Régie Royale des Tabacs à Perpignan.
 
Après dix ans dans ce poste de "fonctionnaire", Joseph monta à la capitale où il fit un tabac grâce à sa fabuleuse capacité d'adaptation au goût du jour. Si sa production n'a pas l'exigence et la qualité des plus grands, Boismortier composa toujours une musique de bonne facture.

Un grand nombre d'opus (parmi les 102 volumes parus) sont consacrés à la flûte traversière, très à la mode à l'époque, que ce soit en solo, en duo, en trio et même en quintette sans accompagnement de basse. L'extrait que je vous propose est noté "gracieusement", terme fréquent dans les compositions de l'auteur, ce qui représente bien l'amabilité, la légèreté et le sourire d'une musique sans prétention.

 (Ref)
 

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Source principale : Stéphan Perreau



 

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L'ESPRIT FRANÇAIS 17

Par Le Lutin d'Ecouves - 05-04-2016 09:40:02 - 4 commentaires

Elisabeth Jacquet de la Guerre
1665-1729
 
 
Pour la seconde fois, ce blog aborde Elisabeth-Claude Jacquet (voir ICI), dont le père, soucieux de l'éducation de ses quatre enfants, donna à ses deux fils et ses deux filles une éducation musicale soignée qui leur permit de faire carrière. La petite Elisabeth, particulièrement douée, fut produite à la Cour dès l'âge de cinq ans. Elle fut ensuite placée sous la protection de Mme de Montespan.

Elisabeth quitta la Cour pour se marier avec Marin de la Guerre lui aussi musicien. Ce mariage n'arrêta pas la carrière de la musicienne qui se forgea une réputation due à la grande qualité de son œuvre. Elle fut la première Française à avoir composé un opéra et ses cantates et sonates furent très appréciées, même par le défunt Lully qui, trois ans après sa mort, écrivait ceci dans le Mercure Galant : 

"..Du Train de l'Opera demandant des nouvelles
Aux Mortels depuis peu descendus icy bas,
Ils m'en ont à l'envy débité des plus belles,
Et m'ont dit que là-haut vous faisiez grand fracas.
Qu'on vantoit à la Cour, de mesme qu'à la Ville,
Un Opera nouveau, que vous avez donné,
Et quoy qu'on vous connust pour femme très-habile,
Que d'un si grand travail on étoit étonné.
L'entreprise, il est vray, n'eut jamais de pareille.
C'est ce qu'en vostre Sexe aucun Siècle n'a veu,
Et puis qu'il devoit naistre une telle Merveille,
Au Règne de LOUIS ce prodige étoit deu."
 
Dans ce monde d'hommes jaloux de leur pouvoir, il fallait qu'Elisabeth fût bien talentueuse pour qu'on l'apprécie ainsi et on imagine qu'en dehors de ses compétences musicales, elle devait avoir une personnalité et une force de caractère peu communes pour s'imposer ainsi.
 
Pour illustrer ce billet, j'ai choisi un prélude pour clavecin non mesuré aux allures d'improvisation, hérité de la  toccata italienne, suivi par une chaconne dont la puissance et la majesté font regretter sa trop grande brièveté.
 
 

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Source principale : Catherine Cessac
 
 

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