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Le Lutin d'Ecouves

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Dans la catégorie Culture et confiture

L'ESPRIT FRANÇAIS 8

Par Le Lutin d'Ecouves - 16-08-2015 15:41:24 - 2 commentaires

François Couperin
1668-1733
 
Document Wikipédia
 
François Couperin, dit "le Grand" est l'héritier d'une famille de musiciens originaires de Chaumes-en-Brie. Neveu de Louis et fils de Charles, tous deux clavecinistes et organistes, François apprendra la musique avant même l'écriture et la lecture. Héritant fort jeune de la charge d'organiste de l'église St Gervais de Paris à la suite de la mort de son père (qui avait succédé à son frère), il s'est fait connaître comme fin pédagogue et surtout comme rénovateur du clavecin français à travers ses quatre livres de clavecin qui révolutionnèrent le style national.

Avec ces pièces, on est en plein dans l'Esprit français dans ce qu'il a de plus idiomatique. On y échange la structure baroque de la suite de danse pour une série de petites peintures poétiques et souvent mélancoliques aux noms parfois étranges : La petite pince-sans-rire, Les satires chèvre-pieds, Les dars-homicides, Le tic-toc-choc,  Les ombres errantes, Les Baricades Mistérieuses... Le personnage de Couperin s'y esquisse : peu mondain mais non dénué d'humour, rigoureux mais aussi bon vivant comme le décrit Titon du Tillet :


Extrait du livre de Charles Bouvet
sur la dynastie Couperin (1919)


La pièce présentée ici a pour nom La Croûilli du nom de la terre que possèdent les Couperin dans la paroisse de Beauvoir non loin de Chaumes-en-Brie. La pièce est sous-titrée la Couperinéte (avec un accent à l'envers...) et décrit de manière tendre la campagne briarde et l'attachement que l'auteur y porte. Si j'ai choisi cette partition peu complexe, c'est parce qu'elle exprime bien le refus de la virtuosité de l'auteur au profit d'une simple élégance évocatrice. La deuxième partie de  la pièce ("dans le goût de musète" du nom de la musette, instrument campagnard) est écrite avec une contre partie de viole ("Sy l'on veut").
 

(Ref)
 

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Sources : Musicologie.org, pochettes de disques, analyses personnelles
 

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L'ESPRIT FRANÇAIS 7

Par Le Lutin d'Ecouves - 02-08-2015 19:04:10 - 4 commentaires

Pierre Gaultier de Marseille
1642-1696
 
Document BNF

 Né à La Ciotat, fils d'un tonnelier, Pierre Gaultier s'est fait remarquer très jeune pour la justesse de sa voix et ses dons musicaux, ce qui lui permit de faire des études d'organiste, métier qu'il exerça dans sa ville natale puis à Marseille où il fut aussi le premier compositeur d'opéra avec son œuvre "Le Triomphe de la Paix". 

Faire donner un opéra à Marseille en ces temps centralisateurs n'était pas chose aisée et Gaultier dut aller rencontrer le surintendant de la musique Jean-Baptiste Lully à Versailles pour lui acheter (pour 3000 livres) le droit de fonder une académie de musique ainsi que le droit de donner des représentations d'opéra, chasse gardée du grand Lully.

Revenu à Marseille, Pierre Gaultier y donna "Le Triomphe de la Paix" avec un grand succès puis partit en tournée dans toute la région avec sa troupe. Hélas, malgré l'affluence de nombreux spectateurs et le succès critique, Gaultier fut vite couvert de dettes et se retrouva jeté en prison faute de rembourser ses créanciers. C'est dans la prison d'Avignon qu'il composa la pièce présentée ici (voir partition ci-dessus). Ce duo (en l’occurrence flûte à bec alto et basse continue) exprime bien toute la mélancolie de l'auteur face au destin.

Un destin qui n’épargna pas l'auteur qui se "refit" en donnant plus tard l'opéra "Alceste" de Lully qui connut un franc succès à Aix, Avignon, Arles puis à Montpellier où il fut joué durant trois semaines. Malheureusement, Gaultier embarqua à Sète avec une partie de sa troupe pour voguer vers Marseille ; le bateau fut pris dans une  brutale tempête méditerranéenne et disparut corps et biens.

(Source : Musée de la Ciotat)
 
(Ref)

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L'ESPRIT FRANÇAIS 6

Par Le Lutin d'Ecouves - 09-06-2015 16:57:32 - 3 commentaires

Charles Mouton
1626 ?-1699 ?
 
Gravure de Gérard Edelinck d'après une peinture de François de Troy
 
Musicien d'origine rouennaise émigré à Paris, Charles Mouton est un des derniers représentants de la grande tradition du luth français. Si sa vie, trop discrète, ne nous renseigne guère, un poème de l'auteur caennais Jean-Louis Sarasin, "Le Mouton fabuleux", nous le présente comme un "excellent ioüeur de Luth".

Au total, Mouton a livré à la postérité une centaine de pièces de luth dont certaines ont des intitulés parfois surprenants pour nos esprits contemporains : Tombeau de Gogo - La belle homicide - Les Amans broüillez - La bizare.


La pièce interprétée ici, est une chaconne, danse lente d'origine hispano-américaine basée sur le principe de la répétition d'un thème agrémenté de variations.


  


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L'ESPRIT FRANÇAIS 5

Par Le Lutin d'Ecouves - 06-05-2015 11:46:59 - 1 commentaire

Gaspard Le Roux
+1707 ?
 
 
Etrange personnage que ce Gaspard Le Roux que le Mercure Galant cite comme éminent maître de musique dès 1690 et que l'on retrouve dans l'édition de 1692 du Bottin de l'époque comme maître de clavecin et d'orgue à côté de Couperin, d'Anglebert et Jacquet sans que son adresse n'y figure a contrario de celle des autres. Etrange maître dont on ne connaît d'ailleurs aucun élève. Il semblerait qu'il n'ait occupé aucun emploi officiel ni bénéficié d'aucune charge, ce qui est fort rare à l'époque. Même son décès porte à conjectures vu qu'un inventaire à son nom après décès datant de 1707 est cité par un notaire de la rue St Honoré mais toute trace de l'acte a disparu.
 
Et pourtant, en 1705, un livre de pièces de clavecin est édité avec privilège du Roi au nom de Gaspard Le Roux dans lequel l'auteur ajoute la basse et le dessus, permettant de jouer ces pièces à deux clavecins ou avec un ensemble (ce qui est le cas de l'extrait proposé).
 
L’extrême discrétion de l'auteur et la grande qualité des pièces (elles révèlent un claveciniste exceptionnel) font penser que Le Roux était soit le pseudonyme soit le prête-nom d'un autre musicien ou d'un noble de haut lignage. 
 
Au delà de l'énigme que constitue l'identité de l'auteur, il reste une musique typique du règne de Louis XIV, emprunte d'une grandeur légèrement mélancolique.

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Sources principales d'informations : blog de Pascal Tufféry et pochettes de disques




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L'ESPRIT FRANÇAIS 4

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-04-2015 18:06:22 - 2 commentaires

Jacques Martin Hotteterre
1674-1763
 
 Première page du traité de 1707

La famille Hotteterre est issue de La Couture, dans l'Eure, qui était à l'époque un important lieu de la facture des instruments à vent. Loys Hotteterre, l'arrière grand-père de Jacques y était tourneur sur bois. La famille s'est ensuite installée à Paris où elle ouvrit une fabrique d'instruments à vent. Ce sont les Hotteterre qui ont perfectionné la flûte traversière (tout comme le hautbois) pour l'amener à un niveau technique qui lui permit d'égaler la flûte à bec, jusque-là plus usitée, et progressivement de la supplanter.

C'est Jacques Martin qui coupa l'instrument en trois parties et lui ajouta une clé. Il gardera globalement cette architecture jusqu'à ce que Boehm invente la flûte moderne en métal pourvue du système actuel de clés.
 
Jacques Martin Hotteterre était, non seulement facteur d'instruments mais aussi musicien (basse de viole, hautbois, flûte) à la Cour et pédagogue. On lui doit deux traités sur la flûte traversière et autres instruments à vent.
 
L’extrait présenté est construit comme une ouverture à la française : un prélude suivi d'une fugue digne des plus belles écrites par Bach. L'aspect légèrement mélancolique de cette musique vient de l'accord des instruments sur la flûte Hotteterre en La 392Hz, ce qui donne un son moins brillant que la musique italienne de l'époque (à Venise, le diapason montait jusqu’à 460Hz) mais plus riche et expressif.
 
 
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L'ESPRIT FRANÇAIS 3

Par Le Lutin d'Ecouves - 01-03-2015 20:39:30 - 3 commentaires

Jean-Henry d'Anglebert
1629-1691


Jean-Henry d'Anglebert est, à l'instar de Louis Couperin, un élève du créateur de l'école française de clavecin Jacques Champion de Chambonnières qui fut le premier à adapter les suites de danses des luthistes, créant un style spécifique qui allait perdurer plusieurs générations.
 
A la suite d'un conflit entre Lully et Chambonnières, ce dernier dut abandonner sa charge de claveciniste du roi. En fait, il répugnait à accompagner comme simple musicien les œuvres du grand Jean-Baptiste. Or, on ne contrarie pas le surintendant de la Musique du Roy. Chambonnières fut débarqué et sa charge proposée à Couperin qui refusa poliment par égard pour son maître. D'Anglebert, lui, accepta cette charge prestigieuse et ne manqua pas de citer Lully dans la préface de l’édition de ses pièces de clavecin de 1689.
 
"... J'y ai joint quelques airs de Monsieur de Lully. Il faut avouer que les ouvrages de cet homme incomparable sont d'un goût fort supérieur à tout autre..." D'Anglebert, un œil sur sa partition, un œil sur son intérêt.
 
 
La pièce présentée ici, une sarabande, est caractéristique de ce style brisé propre à la France qu'on retrouve d'ailleurs dans les pièces de Lully. Elle a un vrai-faux air de Folie d'Espagne dont on retrouve d'ailleurs des variations dans le même livre de clavecin.

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L'HOMME QUI N'AIMAIT PAS LES FEMMES

Par Le Lutin d'Ecouves - 19-02-2015 17:46:30 - 10 commentaires

Nouvelles conférences sur la psychanalyse 
de Sigmund Freud (1932)
 (Traduit de l'allemand par Anne Berman -  Idées Gallimard)

Durant ma carrière professionnelle, j'ai plusieurs fois côtoyé Sigmund Freud dont l'influence de la théorie psychanalytique était considérable dans la formation des enseignants (tout particulièrement en France). Méfiant de nature et allergique aux vérités assénées, j'ai vite compris qu'il y avait un rat dans la soute comme dirait Jacques... J'ai découvert assez rapidement que ce qu'on nous présentait comme une théorie scientifique tenait plus de la métaphysique ou même du chamanisme quant à l'interprétation des rêves, des contes de fées (Bettelheim) ou des dessins d'enfants (auteurs divers). Mais ce n'est que petit à petit, en me débarrassant avec l'âge de mes oripeaux de mâle dominant que j'ai réalisé que la première victime de tonton Sigmund était la femme dont il a toujours nié la réalité de la féminité, allant dans certains écrits jusqu'à pratiquer une excision symbolique de la petite fille quand il explique son passage supposé du stade clitoridien au stade vaginal.

Les extraits présentés sont tirés de conférences que Freud a écrites mais pas présentées du fait de son grand âge. Comme quoi, on ne s'améliore pas forcément en vieillissant. Pour détendre l'atmosphère, j'ai intercalé entre les paragraphes des dessins de la graphiste chinoise Yang Liu.
 

 

 
Extraits de la conférence sur la féminité

 
En général, vous employez le mot « viril » dans le sens d' « actif » et le mot « féminin » dans le sens de « passif », non sans raison d'ailleurs. La cellule sexuelle mâle est active, mobile, elle va au-devant de la cellule féminine, l'ovule immobile et passif. Du reste, le comportement des individus mâle et femelle durant les rapports sexuels est calqué sur celui des organismes sexuels élémentaires.
 

Le complexe de castration de la fillette naît aussi à la vue des organes génitaux de l'autre sexe. Elle s'aperçoit immédiatement de la différence et en comprend aussi, il faut l'avouer, toute l'importance. [...] La fillette, quand elle découvre son désavantage, ne se résigne pas facilement : au contraire, longtemps encore elle espère se trouver un jour pourvue d'un pénis et cet espoir persiste parfois très tardivement.


 Parmi les mobiles capables d'inciter la femme adulte à se faire analyser, il faut compter le désir de posséder enfin le pénis. Le bien qu'elle attend raisonnablement du traitement, par exemple la possibilité d'exercer quelque profession intellectuelle, n'est souvent qu'une forme sublimée de ce désir refoulé.
 

Le désir du pénis a une indéniable importance. On cite quelquefois comme un exemple d'injustice masculine certain reproche adressé à la femme, à savoir que l'envie et la jalousie jouent un rôle plus considérable dans la vie spirituelle de la femme que dans celle de l'homme.


Nous imputons à la féminité un narcissisme plus développé qui influence le choix objectal, de sorte que, chez la femme, le besoin d'être aimée est plus grand que celui d'aimer. C'est encore l'envie du pénis qui provoque la vanité corporelle de la femme, celle-ci considérant ses charmes comme un dédommagement tardif et d'autant plus précieux à sa native infériorité sexuelle. La pudeur, vertu qui passe pour être spécifiquement féminine et qui est, en réalité, bien plus conventionnelle qu'on pourrait croire, a eu pour but primitif, croyons-nous, de dissimuler la défectuosité des organes génitaux.
 

On pense que les femmes n'ont que faiblement contribué aux découvertes et aux inventions de l'histoire de la civilisation. Peut-être ont-elles cependant trouvé une technique, celle du tissage, du tressage. [...] La nature elle-même aurait fourni le modèle d'une semblable copie en faisant pousser sur les organes génitaux les poils qui les masquent. Le progrès qui restait à faire était d'enlacer les fibres plantées dans la peau et qui ne formaient qu'une sorte de feutrage. 


La femme, il faut bien l'avouer, ne possède pas à un haut degré le sens de la justice, ce qui doit tenir, sans doute, à la prédominance de l'envie dans son psychisme. [...] Nous disons aussi que les femmes ont moins d'intérêts sociaux que les hommes, et que chez elles la faculté de sublimer les instincts reste plus faible.
 

Un homme âgé de trente ans environ est un être jeune, inachevé, susceptible d'évoluer encore. [...] Une femme du même âge, par contre, nous effraie par ce que nous trouvons chez elle de fixe, d'immuable; sa libido ayant adopté des positions définitives semble désormais incapable d'en changer. [...] tout se passe comme si le processus était achevé, à l'abri de toute influence, comme si la pénible évolution vers la féminité avait suffi à épuiser les possibilités de l'individu.


N'oubliez pas cependant que nous n'avons étudié la femme qu'en tant qu'être déterminé par sa fonction sexuelle. Le rôle de cette fonction est vraiment considérable, mais, individuellement, la femme peut être considérée comme une créature humaine. 



 

 
 

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L'ESPRIT FRANÇAIS 2

Par Le Lutin d'Ecouves - 14-02-2015 20:10:16 - 5 commentaires

Monsieur de Sainte Colombe
Deuxième moitié du XVIIème

Beaucoup seraient passés à côté de Mr de Sainte Colombe, nonobstant les enregistrements de Jordi Savall et Wieland Kuijken dans les années 80-90, s'il n'y avait eu le merveilleux film d'Alain Corneau tiré du roman de Pascal Quignard "Tous les matins du monde" où on découvre un musicien veuf hypersensible incapable d'exprimer ses sentiments hormis avec sa viole qu'il maîtrise plus que tout autre :
 
 
Ce roman et ce film, basés sur les très rares informations concernant ce personnage important dans l'histoire de la viole se permettent le tour de force de présenter un portrait crédible de Ste Colombe alors qu'il s'agit essentiellement d'une fiction dont la justesse est plus dans la sensibilité que dans l'exactitude historique. En cela, "Tous les matins du monde" est le film à voir en ce qui concerne l'Esprit français (Je me cite : ce mélange de tragique et de légèreté, de noblesse et de modestie résultant de la fréquentation d'une culture et d'une nature dont la douceur le dispute à la générosité.)
 
 Traité de Jean Rousseau (1687) présentant les améliorations
 apportées par Ste Colombe au jeu de  la viole
 
D'après les recherches de Jonathan Dunford, "Jean de Sainte Colombe était le père de deux filles, Brigide et Françoise, et vivait dans la rue de Betizy (aujourd'hui la rue de Rivoli) dans le quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois. Cette rue coupe la rue de la Monnaie et la rue Bertin Poirée; assez curieusement, ce sont deux des premières adresses du jeune Marin Marais."
 
Selon les mêmes recherches, il apparaîtrait qu'il pourrait avoir été de confession protestante, ce qui expliquerait qu'après la révocation de l'Edit de Nantes, il ait été écarté des registres officiels des musiciens du règne de Louis XIV.
 
Sainte Colombe est, musicalement, essentiellement connu pour le manuscrit de 67 concerts "a deux violes esgales" retrouvé dans les années 60 dans lequel les deux instruments dialoguent sur un même pied d'égalité. C'est le concert Bourrasque (Bourrasque, Balet, Sarabande, Gavote, Sarabande gaye) que je vous propose d'écouter en pensant à cet extrait du film d'Alain Corneau dans lequel Sainte Colombe, en pleine tempête, décrit la musique de la tourmente au pauvre Marin Marais qui n'y comprend goutte.


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L'ESPRIT FRANÇAIS 1

Par Le Lutin d'Ecouves - 06-02-2015 19:07:48 - 4 commentaires

Cette nouvelle série d'une vingtaine de billets a pour but de présenter ce que j'appelle l'Esprit français, ce mélange de tragique et de légèreté, de noblesse et de modestie résultant de la fréquentation d'une culture et d'une nature dont la douceur le dispute à la générosité. C'est dans la musique instrumentale des XVIIème et début XVIIIème siècles que cette esthétique singulière s'est particulièrement développée avant de se dissoudre dans le goût italien.
 
Ennemond Gaultier
1575-1651
 
 
C'est dans le premier tiers du XVIIème siècle que la facture du luth fut portée à la perfection grâce à la collaboration entre luthiers et luthistes. Interprète privilégié de la "douceur françoise", il fut chez nous considéré comme le plus noble des instruments. D'origine arabe, répandu dans toute l'Europe, il trouva son apogée en France chez les grands maîtres tels que Ballard, Mézangeau, Mouton, Gallot ou les cousins Gaultier Jacques, Denis et Ennemond.
 
Ennemond Gaultier, dit le vieux Gaultier, est né en Dauphiné en 1575 ; il "fust mis page a l'aage de sept ans chez la dame de Monsmorency et desla fust attiré au service de la reyne mère". C'est ainsi qu'il entra au service de Marie de Médicis. Il donna même des leçons de luth à la reine-mère ainsi qu'au cardinal de Richelieu [... et c'estoit la chose la plus ridicule qui se pust imaginer que de le voir prendre des leçons de Gaultier. (Tallemant des Réaux)].
 
Il fut au moins deux fois représentant de Marie de Médicis à la cour d'Angleterre et l'on se prend à rêver de sa rencontre (jamais mentionnée, malheureusement) avec l'immense compositeur et luthiste John Dowland.
 
L'exil définitif de Marie de Médicis finit par mettre un terme à la carrière de Gaultier qui passa ses vingt dernières années dans la région de Lyon.

La chaconne présentée ici fait partie de la centaine de pièces composées en tablature par Gaultier qui sont parvenues jusqu'à nous. Cette pièce lente et solennelle est empreinte d'une certaine tristesse retenue que l'on rencontre fréquemment chez les grands compositeurs pour luth ou viole de l'époque.

(Ref)
 
 
D'après des notes de Claude Chauvel

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ESPRIT DES LUMIÈRES

Par Le Lutin d'Ecouves - 08-01-2015 12:11:07 - 6 commentaires


Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances ; il pourra bientôt tuer pour l'amour de Dieu. (...)

Il n'est d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent, pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. (...)

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre. Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. (...)

Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne* qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait. (...) Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède ; car l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité.
(...)
 

Extrait de : Voltaire, Dictionnaire philosophique portatif, 1764
 

*Voltaire fait ici référence à la secte de Hassan ibn Sabbâh (fin XIe-XIIe s.) connue sous le nom secte des Assassins. Le mot proviendrait de asâs, qui signifie  base , fondement (de la Foi) et non de haschisch comme certains auteurs occidentaux l'ont suggéré.


 
 

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