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Le Lutin d'Ecouves

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Dans la catégorie Culture et confiture

VIVALDI ET LE CONCERTO 16

Par Le Lutin d'Ecouves - 20-05-2013 07:55:42 - 3 commentaires


Viole d'amour et luth
 
 
Maître du concerto pour soliste, Vivaldi est aussi à l'aise dans le double concerto, assez fréquent dans sa production. Parfois, il s'agit de doubler les instruments pour créer un effet de spatialisation (2 violons, 2 violoncelles, 2 flûtes ...), les deux solistes se renvoyant la balle dans un babillage permanent, régulièrement interrompu par les cordes ; d'une autre manière, Vivaldi va jouer sur le contraste entre instruments de hauteurs  et/ou de timbres différents comme dans cet unique et superbe concerto pour viole d'amour et luth.
 
 
Dans cette merveille de finesse dont voici le premier mouvement, les cordes jouent en sourdine, permettant ainsi au luth de s'exprimer en un tendre dialogue avec la viole d'amour qui n'a jamais aussi bien mérité son nom. 
 
 
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VIVALDI ET LE CONCERTO 15

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-05-2013 14:56:06 - 3 commentaires

Luth
 

A l'époque de Vivaldi, le luth a beaucoup évolué au niveau de sa facture mais il n'est plus l’instrument roi de la Renaissance ou des maîtres français du siècle de Louis XIV. Il est souvent cantonné à la basse continue en compagnie du violoncelle, de la viole, du clavecin, de l'orgue positif ou de son cousin le théorbe.

Vivaldi est probablement encore une fois précurseur dans l'invention du concerto pour luth même s'il n'en a composé que deux. Le problème avec son concerto pour luth et deux violons présenté ici (RV 93), c'est qu'on ne sait pas très bien pour quel instrument il a été composé.

Peut-être un liutino, petit luth soprano :
 

Ou un luth de plus grande taille pourvu d'un cordier supplémentaire pour les basses :
 

On ne sait pas non plus si l'instrument se jouait avec les doigts directement ou avec les ongles, technique utilisée à l'époque seulement en Italie.

Peu importe, en bon musicien baroque, Vivaldi laisse de toute façon beaucoup de liberté d'interprétation à ses interprètes, contrairement aux compositeurs des siècles suivants.
 
 Ref
 
 
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VIVALDI ET LE CONCERTO 14

Par Le Lutin d'Ecouves - 10-04-2013 13:01:03 - 1 commentaire

Deux trompettes
 
 
Contrairement à son contemporain Telemann, Vivaldi ne composa qu'un concerto pour trompette(s). Cela est simplement dû au fait que Vivaldi, à l'Ospedale della Pietà, ne disposait pas de spécialiste de la trompette parmi les jeunes filles qui composaient l'orchestre de l'institution. Souffler dans un tel instrument n'était guère aisé et peu à la portée des demoiselles pour lesquelles Vivaldi créa nombre de ses œuvres.
 
 Document Wikipédia

En effet, à cette époque, la trompette ne comportait pas de pistons et son jeu, très difficile, était affaire de musiciens spécialisés soit dans le registre normal (grave) soit dans le registre aigu du "clarino", petite trompette dont le jeu était réservé à une élite dont le plus célèbre fut Johann Gottfried Reiche qui joua, entre autres, pour J.S. Bach (voir deuxième concerto brandebourgeois).

Le concerto pour deux trompettes de Vivaldi paraît bien modeste à côté des merveilles allemandes de Bach, Telemann ou Fasch et l'on sent bien que la partition évite toutes les difficultés aux deux solistes qui ne devaient pas être d'un grand niveau.

Mais ... c'est quand même du Vivaldi et l'on serait bien nigaud de bouder son plaisir.


Référence épuisée :
The Academy of Ancient Music dir. Christopher Hogwood
 
 
 
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ANTONIO CANAPELLI (1670-1750)

Par Le Lutin d'Ecouves - 01-04-2013 10:01:59 - 6 commentaires

Un maître de la musique de chambre :
 
Antonio Canapelli
 
 

L'histoire de la musique prend parfois de drôles de détours ; c'est par le plus grand des hasards que le musicologue Guiseppe Russare est tombé sur un matelas rembourré de partitions dans la sacristie de l'église San Pigro à Venise.
 
Depuis des années, le curé local se reposait entre deux messes sur un vrai trésor musicologique. Après expertise, les manuscrits musicaux s'avérèrent être l’œuvre d'un singulier musicien que la rumeur soupçonnait d'être celui qui influença le célèbre Vivaldi, j'ai nommé Antonio Canapelli.
 
A l'instar de Vivaldi qui était fils de barbier, Antonio Canapelli était d'origine modeste ; son père, Girolamo, étant un ébéniste qui, s'il vivait chichement, était cependant connu dans la cité des doges pour son invention du "divano letto", un sofa ingénieux qui, en basculant, permettait aux séducteurs d'arriver à leurs fins en troussant leurs conquêtes allongées après les avoir charmées assises. Casanova en fit d'ailleurs usage comme il en parle dans ses mémoires, écrites dans la langue de Molière : "Ah ! comme il était pratique ce sofa de Canapelli sur lequel j'eus le plaisir de rendre hommage à tant d'épouses frémissantes de marchands vénitiens trop occupés à leurs affaires ..." (Page 269 du tome 2 de l'édition Robert Laffont).
 
Revenons à Antonio, le fils ; remarqué par les bons pères de l'église San Pigro (celle-là même où l'on a retrouvé les partitions), le jeune homme montra de précoces dispositions pour la musique tant au niveau interprétation au violon qu'au niveau composition. Un brillant avenir lui était prédit quand il commença à souffrir d'un mal insidieux : la narcolepsie. Le malheureux Canapelli était obligé de s'allonger pour dormir une bonne partie de la journée, ce qui l'empêcha vite d'interpréter sa propre musique.
 
Voilà pourquoi le pauvre Antonio se cantonna à la composition, restant allongé la plupart du temps dans son lit où il était alimenté par les bons pères qui se dédommageaient en vendant ses partitions à l'Ospedale della Pietà, institution voisine où travaillait Vivaldi qui s'inspira fortement des œuvres de Canapelli.
 
 L'Ospedale de la pietà au XVIIIe siècle

La vie de Canapelli fut relativement longue et il composa de nombreux concertos mais ceux-ci furent dispersés comme ce fut aussi le cas des œuvres de Vivaldi. 
 
Seulement connu par les chroniques, Canapelli renaît enfin grâce à la trouvaille de Russare qui a entrepris une édition sur papier couché de l’œuvre du génial Vénitien.
 
Voici un des premiers concertos révélés par Russare, on notera aisément l'influence que l'auteur eut sur son cadet Vivaldi :
 
 
 
 
 

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RUBBER : UN FILM VRAIMENT GONFLÉ

Par Le Lutin d'Ecouves - 25-03-2013 20:07:21 - 3 commentaires


Voici un film qui va réconcilier les amateurs d'Alain Robbe-Grillet et de George Romero, le premier d'une longue série de films mettant en scène un nouveau parangon de la terreur : le pneu psychopathe.

Robert est un pneu abandonné qui prend conscience de son existence au beau milieu du désert de l'ouest américain. Après avoir expérimenté son pouvoir de nuisance en écrasant une bouteille d'eau minérale et des petits animaux, Robert va découvrir qu'il est doté d'un terrifiant pouvoir télékinétique qui lui permet de faire exploser la tête de ses victimes à distance.
 
 Ça va péter, Roger Rabbit !


Objet culturel non-identifié, "Rubber" suit pourtant les canons du "Serial Killer Movie" en mettant en scène la poursuite entre la police et un pneu qui devient de plus en plus violent au fur et à mesure qu'il découvre le traitement imposé à ses congénères (poignante scène de Robert découvrant une casse dans laquelle on brûle un tas de pneus usagés).

Robert versus Police : qui va s'éclater ?
 
 
Tourné en anglais par Quentin Dupieux (Mr Oizo), ce film totalement déjanté nous entraîne dans l'Amérique du "No Reason" où les spectateurs suivent le déroulement de l'action avec des jumelles pendant que l'équipe de production tente de les empoisonner pour éviter que le spectacle ne dure trop longtemps et ne devienne ennuyeux. 

Nouveau concept : quand les spectateurs sont morts, le film s'arrête.


Ce film de pneu qui laissera des traces réussit le tour de force d'allier le nonsense de Monty Python, le fantastique de John Carpenter et le sens de la narration de Marguerite Duras. On y voit un pneu s’abreuver à une flaque d'eau  tel un grand fauve, regarder des documentaires animaliers à la télé et mater une belle brune sous la douche (on n'est pas loin d'Hitchcock à ce moment). 

Je ne vous révèlerai pas la fin du film, véritable clou du spectacle, histoire de ne pas dégonfler l'intrigue ; en revanche je puis vous dire qu'après avoir visionné cette singulière œuvre visuelle de Quentin Dupieux, qui ne fait pourtant pas le lit de la critique, je ne regarderai plus les roues de bagnoles avec le même œil, que ce soit sur la terre ou dans l'essieu.


 
 
Une vision complémentaire du film par numenuial

Le site officiel du film





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PRINTEMPS DES POÈTES 2013

Par Le Lutin d'Ecouves - 22-03-2013 21:42:55 - 6 commentaires

Comme chaque année, ma classe (cette année un cm2) participe au printemps des poètes qui se décline en mars sous plusieurs formes. En ce qui nous concerne, il s'agit d'afficher dans la rue des poèmes composés pour l'occasion.
 
Pour coller au thème "Les voix du poème", les élèves ont commencé par chercher un maximum de mots liés à la voix, au bruit, à l'expression en général. Ensuite, chacun a composé un poème de son choix. J'ai demandé que les vers soient rimés sans imposer qu'ils soient mesurés, tâche trop complexe pour des enfants de 10-11 ans. Bien sûr, cette production est sous-tendue par un gros travail de fond en français basé sur l'enrichissement du vocabulaire.
 
Voici quelques poèmes parmi ceux produits (avec mes commentaires) :
 
 
 La voix des poètes


Dans le bruit de la nuit
On entend les cris
Des animaux ensevelis
Et des humains partis.

Les chuchotements sont là
Mais personne ne les voit
Mais voilà, quelquefois
Quelqu'un arrêtera et tout cessera.

Les gens souvent chantent
Heureux que la vie soit plaisante
Mais parfois certains poètes
Disent qu'il faut que ça s'arrête.
 
T...

 T... n'aime pas traîner, c'est pour cela qu'il me produit ce poème en une quinzaine de minutes. Le résultat est très satisfaisant cependant.


La voix de l'écolier


La conjugaison me donne envie de hurler,
De me mordre les pieds.
Avec tous ces verbes différents,
J'ai envie de m'arracher les dents.

L'orthographe me fait crier,
Avec toutes ces règles compliquées.
Si personne ne les connaît,
C'est râpé pour les dictées.

La grammaire parle de beaucoup de choses,
Il faut tout apprendre sans broncher.
Avec elle, la vie n'est pas rose,
On n'a même plus le temps de souffler.

Puis quand vient la récré,
Tout le monde se met à chanter.
Dans la cour, l'ambiance est là,
Mais dans quinze minutes, tout reprendra.

I ...
 
I... est très fine et pleine d'humour. Ce poème est une gentille provocation de la part d'une excellente élève qui n'a aucun mal en classe mais qui en profite pour me signifier que mon enseignement toujours très carré et rigoureux est parfois un peu ... gonflant.
 
 
 
La voix du professeur


Quand j’entends les enfants brailler
J'en ai marre de leurs hurlements
Je suis obligé de m'époumoner
Je vais les rendre à leurs parents

Quand c'est vraiment trop, j'explose
Comme une bombe toute rouillée
Et là, c'est bon, j'ai eu ma dose
Comme pour la guerre des tranchées

A la fin de la journée
Je rentre chez moi
Je m'assois dans mon canapé
Tout content d'être là

A
...
 
A ... prend le contrepied d'I ... en se mettant avec beaucoup de malice à la place du professeur. 
 
 
 
La parole


Crier, piailler voilà de bien grands mots pour s'exprimer
Aboyer, miauler tels sont les attributs des animaux familiers
Jacasser à longueur de journée, la pie vous dira que c'est son activité préférée.
Français ou Anglais on a tous une langue depuis qu'on est né,
Pour défendre nos idées et notre liberté de penser.
Si j'écris tout cela c'est pour expliquer que chacun a sa méthode pour communiquer.


L ...

L ... est une petite fille d'une rigueur étonnante qui a déjà décidé de faire des études de droit. C'est la porte-parole de la classe qui négocie constamment avec moi pour l'aménagement du travail hebdomadaire. Virulente et fréquemment pertinente, elle saura se défendre à l'avenir, j'en suis persuadé.
 
 
Le chant de la nature


Pas un bruit, pas un chant.
La nature est dans son lit.
Il n'y a plus d'oiseau ici,
Mais que m'apporte le vent ?

Les fantômes des arbres morts.
Imitent les cris des mourants
Qui sortent de leurs corps,
Et sont emportés par le vent.

H ...
 
Ce superbe poème a demandé de réels efforts à H ... et je l'en ai félicité, ce qui chez ce grand blond s'est traduit par un joli teint pivoine.
 
 
Et maintenant, le poème le plus sophistiqué :
 
 
 
Le chant des éléments


Le son palpitant
Reconnaissable grâce à son grésillement
Vif comme l'éclair
De sa couleur solaire

Voix humide et noyée
De cette texture abîmée
Froide ou chaude mais pas mortelle
Elle qui est tout simplement belle

Ton de nuit
Pas de bruit
De son teint brun et sombre
Et de ses noires ombres

Froid et chaud
Qui pousse les bateaux
Balançant les arbres tremblants
Subsistant aux coups violents

L ...

 
 
 L ... est une petite fille dont le but dans la vie est de devenir Karl Lagerfeld ... Elle m'a averti qu'elle allait composer un poème sur les quatre éléments sans jamais les citer, un exercice de style parfaitement maîtrisé (sans aide) par cette élève dont la sensibilité artistique ne laisse pas de m'étonner.



 

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VIVALDI ET LE CONCERTO 13

Par Le Lutin d'Ecouves - 20-03-2013 16:43:55 - 1 commentaire


Violon et orgue

 

Vivaldi est connu pour avoir composé pour presque tous les instruments de son époque mais, curieusement, il n'a jamais cherché à écrire de concertos pour le clavecin, pourtant fréquemment présent dans la basse continue des orchestres. De même, il n'a que très peu composé pour l'orgue et à chaque fois comme instrument associé à d'autres.
 
 
Les concertos avec orgue de Vivaldi sont destinés à l'orgue positif, c'est à dire à un orgue sans pédalier, souvent pourvu d'un seul clavier. Actuellement, ce type d'orgue possède une soufflerie électrique silencieuse mais à l’époque baroque, il fallait un assistant pour actionner les soufflets permettant à l'instrument de fonctionner ; un vrai travail de forçat !

Allez savoir, le petit nombre de concertos pour orgue de Vivaldi est peut-être dû à la rareté des Shadoks à Venise ... 


 
 
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VIVALDI ET LE CONCERTO 12

Par Le Lutin d'Ecouves - 10-03-2013 17:43:19 - 2 commentaires

Flûte à bec, hautbois, violon et basson
(Concerto da camera)
 
 

Les concertos de chambre sont un groupe à part dans l’œuvre de Vivaldi. Au nombre de 24, ils se particularisent par leur petite taille et surtout par le fait qu'ils se jouent en effectif réduit, l'orchestre à cordes effectuant les "tutti" ayant disparu. Tout est ainsi joué par les solistes soutenus par une basse continue (violoncelle, orgue positif et théorbe dans le concerto proposé).

Parmi ces œuvres composées dans les années 1720, j'ai choisi une des plus audacieuses : le concerto RV 107, un concentré d'inventivité en trois mouvements sur moins de huit minutes.

I  Allegro : Le concerto commence sagement par un mouvement aux accents agrestes où le hautbois et la flûte à bec alto se taillent la part du lion mais sont petit à petit gagnés par la folie contagieuse du violon pendant que le basson n'intervient que très peu, préférant soutenir la basse continue.

II Largo : Ce dialogue aimable et bucolique entre le hautbois et la flûte (soutenus par le basson et le violon aidés du théorbe) sera repris par Vivaldi dans son concerto pour violon et hautbois RV 548. A noter : le concours d'ornements entre la flûte et le hautbois après la première exposition du thème.

III Allegro : Très rapidement, le mouvement tourne au pugilat entre les quatre solistes qui rivalisent d'acrobaties et d'excentricités, menant le basson, jusqu'ici discret, au bord de l’essoufflement juste avant le "tutti" final.


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CHAMPAGNE !

Par Le Lutin d'Ecouves - 06-03-2013 10:36:51 - 5 commentaires


Une fois n'est pas coutume, le Lutin parle de chanson française avec l'album "Champagne pour tout le monde," de Jacques Higelin sorti en 1979. Tout le monde connaît ce grand succès mérité et déjanté de ce poète de la transgression. Rarement le Français a pétillé à ce point, débarrassé des scories lourdement sentimentales ou moralistes dont il est fréquemment affligé dans l'Art trop souvent mineur qu'est la chanson. 

Le propre des véritables œuvres d'Art est de traverser les années sans subir d'obsolescence et c'est le cas de "Champagne", premier titre de l'album qui vient d'être utilisé par les jeunes étudiants de l'Institut de l'Internet et du Multimédia de Paris-La Défense qui ont travaillé à cette superbe adaptation graphique digne de Tim Burton que je vous laisse découvrir :
 
 
 
 
 
 La nuit promet d'être belle
Car voici qu'au fond du ciel
Apparaît la lune rousse.
Saisi d'une sainte frousse,
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses.

Valets volages et vulgaires, ouvrez mon sarcophage
Et vous, pages pervers, courez au cimetière.
Prévenez de ma part mes amis nécrophages
Que ce soir, nous sommes attendus dans les marécages.

Voici mon message :
Cauchemars, fantômes et squelettes, laissez flotter vos idées noires
Près de la mare aux oubliettes, tenue du suaire obligatoire.

Lutins, lucioles, feux-follets, elfes, faunes et farfadets
Effraient mes grands carnassiers.
Une muse un peu dodue me dit d'un air entendu : " Vous auriez pu vous raser. "
Comme je lui fais remarquer deux-trois pendus attablés
Qui sont venus sans cravate,
Elle me lance un œil hagard et vomit sans crier gare quelques vipères écarlates.

Vampires éblouis par de lubriques vestales,
Égéries insatiables chevauchant des Walkyries,
Infernal (z) appétit de frénésies bacchanales
Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie.
Envoi :
 Satyres joufflus, boucs émissaires, gargouilles émues, fières gorgones,
Laissez ma couronne aux sorcières et mes chimères à la licorne.

Soudain les arbres frissonnent
Car Lucifer en personne
Fait une courte apparition,
L'air tellement accablé
Qu'on lui donnerait volontiers
Le Bon Dieu sans confession,
S'il ne laissait, malicieux,
Courir le bout de sa queue
Devant ses yeux maléfiques
Et ne se dressait d'un bond
Dans un concert de jurons,
Disant d'un ton pathétique
"Que les damnés obscènes
Cyniques et corrompus
Fassent grief de leur peine
 À ceux qu'ils ont élus,
Car devant tant de problèmes
Et de malentendus
Les dieux et les diables
En sont venus à douter d'eux-mêmes."
Oh, dédain suprême.

Mais, déjà, le ciel blanchit.
Esprits, je vous remercie
De m'avoir si bien reçu.
Cocher, lugubre et bossu,
Déposez-moi au manoir
Et lâchez ce crucifix
Décrochez-moi ces gousses d'ail
Qui déshonorent mon portail
Et me cherchez sans retard,
L'ami qui soigne et guérit
La folie qui m'accompagne
Et jamais ne m'a trahi :
Champagne... 
  
 

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MORSE (Låt den rätte komma in)

Par Le Lutin d'Ecouves - 03-03-2013 18:59:01 - 4 commentaires

 
Cette belle histoire d'amour commence lors d'un des ces sombres hivers scandinaves au pied d'une HLM suédoise. Oskar, douze ans, très jeune ado livré à lui-même, fait la connaissance d'Eli qui habite un appartement mitoyen.
 
 
Au collège, Oskar est en butte aux brimades quotidiennes d'une bande de petits caïds mais il tait sa souffrance à sa mère et s'enferme dans la solitude. La rencontre avec Eli va tout changer ...
 
 
Eli vit avec ce qui semble être son père mais on sait depuis le début du film que l'homme a d'étranges occupations nocturnes : il égorge les gens pour en recueillir le sang qu'il destine à celle qui n'est peut-être pas sa fille.
 
 
Le film du cinéaste suédois suédois Tomas Alfredson (2008) est l'exacte antithèse du sirupeux, pour ne pas dire pénible "Twilight". L'action se passe dans une banlieue sombre parmi une classe populaire fort justement décrite, sans caricature. Le "protecteur" du vampire est maladroit et peu sûr de lui et le vampire lui-même est une très jeune fille écartelée entre sa violence naturelle et ses sentiments d'adolescente éternelle.
 
L'image magistralement photographiée, la musique savamment distillée et les dialogues taillés au rasoir font de cet objet cinématographique une pure merveille loin du cinéma tape-à-l’œil que nous sert trop souvent Hollywood. Peu de trucages ici mais ceux-ci, quand ils interviennent, sont saisissants ; et la violence (jamais gratuite), si elle est parcimonieuse et souvent elliptique, n'en a que plus d'impact.
 
  
Un mot enfin des deux jeunes acteurs : Kåre Hedebrant compose un Oskar fragile et hypersensible suintant d'une rage qu'il ne peut exprimer et Lina Leandersson interprète une Eli dont la sauvagerie à fleur de peau contraste avec la sincérité de son amour pour Oskar. On peut parler de véritable performance d'actrice pour cette très jeune fille qui rend crédible un personnage aussi complexe qu'improbable.
 
 
Le film est l'adaptation du livre de John Ajvide Lindqvist qui en a aussi écrit le scénario. Une adaptation américaine a été tournée (Let the right one in) mais l'ajout de références à Dieu ainsi que l’évacuation de l'érotisme sensible mais platonique de l'original en font une version ... évitable. Quant au titre français "Morse", il s'agit d'une évidente faute de goût, les éditeurs hexagonaux du DVD ayant jugé que la traduction "Laisse entrer le juste" était incompréhensible pour nous autres.
 

Je conseillerais pour une fois le visionnement du film en VO sous-titrée, les dialogues en suédois étant consubstantiels de la bande son, complément indispensable de la photographie. Vous aurez compris qu'il s'agit là d'un chef d’œuvre du cinéma indépendant dont la portée va au-delà du simple cinéma fantastique.

Bande annonce :
 
 
Récompenses glanées par le film (source Wikipédia) :
 
  • Meilleur film et meilleur photographie au 31e festival international du film nordique de Göteborg
  • Meilleur film au Festival du film de TriBeCa 2008
  • Méliès d'argent au 8e festival international du film fantastique de Neuchâtel
  • Meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure photographie au festival FanTasia 2008
  • Meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure photographie aux European Independent Film Critics Awards
  • Prix de la critique et meilleur réalisateur au 12e festival international du film fantastique de Puchon
  • Prix de la critique au festival NatFilm 2008
  • Prix de la critique au festival international du film de Toronto 2008
  • Méliès d'or du meilleur film fantastique européen de 2008
  • Grand Prix du festival Fantastic'Arts de Gérardmer en 2009
  • Prix de la critique au festival Fantastic'Arts de Gérardmer en 2009
  • Silver Scream Award au Festival du film fantastique d'Amsterdam en 2009
  • Meilleur film étranger au British Independent Film Awards 2009 



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