KikouBlog de Le Lutin d'Ecouves - Novembre 2012
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ENTRE DEUX, ENTRE NOUS

Par Le Lutin d'Ecouves - 30-11-2012 18:35:00 - Aucun commentaire

 

Dimanche 25 novembre 2012 :

 

 

Entre Orne et Odon,

Entre folie et raison

Entre ombre et lumière

Entre automne et hiver

Entre deux, entre nous

Nous courons

 

Le récit : ICI

 

LA PLAGE VI

Par Le Lutin d'Ecouves - 24-11-2012 11:34:53 - Aucun commentaire


« Des tuyaux partout ! Dans le nez, dans la bouche, dans le cul et même là où j’ai pas  de trou. »

Petit déjeuner au kiosque, Violette et moi sommes suspendus aux lèvres d’un Bertrand qui paraît encore plus rond sans ses cheveux. S’il a l’aspect d’un primo, il n’en a pas le regard ; ses yeux pétillent toujours autant dans sa face de lune.
 
« Manifestement, ces cons, ils ont raté leur formatage vu que je me souviens de vous et du reste de la Communauté. Je me suis retrouvé branché de partout dans une sorte de hangar au milieu d’une flopée de types suspendus dans une lumière mauve. C’est tout ce dont je me souviens ; après, rideau.
- Mais, comment tu es arrivé là ?
- C’est cette saleté de tube rose. Quand j’ai ramené ce truc dans mon bungalow, je l’ai mis dans la cache sous mon parquet là où je rangeais nos réserves d’eau pure ; ensuite, je me suis jeté dans le pieu. Après toutes ces journées à boire de l’eau filtrée, vous devez être comme moi, je me suis mis à faire des insomnies et après nos calembredaines de la soirée, j’étais crevé. C’est le bruit qui m’a réveillé, le truc essayait de sortir. Quand j’ai ouvert la cache, j’ai vu qu’il avait muté. Il était en train de se faire pousser des sortes de pattes et une gueule ; de plus, il gigotait dans tous les sens. Quand j’ai voulu l’attraper, il s’est mis à crier ou plutôt à corner un sifflement qui m’a presque explosé les tympans.
- Mais c’est quoi ce truc ? Les grands yeux de Violette reflètent une crainte animale.
- J’ai bien mon idée sur la chose mais pas de preuve.
- Quoi, c’est autonome, ça vit ? L’idée que je suis arrivé sur la plage branché à cette saleté me hérisse le poil.
- Des cellules souches, reprend Bertrand, des cellules capables de produire n’importe quel organisme mais dotées d’un système d’alarme en cas d’agression. Ces machins ne meurent pas, ils se reconfigurent et en plus appellent au secours. C’est comme ça que je me suis fait poisser. Les natifs, je ne les ai pas vus arriver, l’autre tuyau en folie m’a donné un coup de boule et je suis parti dans les vapes. J’ai rouvert les yeux dans le hangar mais mon état de veille n’a pas duré longtemps avec toutes les saloperies qu’ils m’ont injecté.
- Et alors ?
- Et alors, Zatopek, je me suis réveillé dans mon lit. J’étais complètement abruti mais je n’avais rien oublié. Un bug dans leur formatage ou mon traitement à l’eau pure, j’en sais rien. En tout cas ils apprennent vite ces cons, ils ont refait mon sol et maintenant, plus de cache…
- Tous les sols on été refaits, tu n’es pas le seul.
- Ouais, en tout cas plus de stock d’eau. Je peux juste en filtrer au coup par coup. Il va falloir trouver autre chose pour vous tirer de là. »
 
 
****** 

Notre escapade à moi et à Violette est tombée à l’eau, c’est le cas de le dire. Courir le plus loin possible en emmenant de l’eau filtrée m’avait pourtant paru une bonne idée pour nous échapper de cette prison de sable et d’océan.
 
Sur la fin de notre entraînement en vue de cette fuite, l’attitude de Violette était devenue plus ambiguë comme si elle ne croyait pas vraiment à notre libération. Était-ce la peur ou un certain manque de conviction ? En tout cas, sa course n’avait pas faibli, elle s’était toujours entraînée mue par une puissante énergie comme si courir l’aidait à exister.
 
 
******

Je n’ai pas le moral mais, comme à l’accoutumée, quand je cours je ne me pose pas de questions. Violette a pris beaucoup d’aisance ces derniers temps et je me surprends parfois à faire des efforts pour la rattraper.
 
La discussion de ce matin avec Bertrand nous a un peu abasourdis et nous n’avons jusqu’ici pas évoqué la question. Nous courons maintenant sans but apparent hormis celui d’avoir l’impression d’exercer un contrôle sur notre corps, de le façonner, de le faire obéir, histoire de ne pas ressembler à la plupart des Résidents qui parcourent sans but une existence qui ne semble pas avoir de fin.
 
Si je n’en ai aucun souvenir, j’ai cependant gardé de mon passé de coureur un sens aigu de la vitesse et du temps. J’admire la foulée de Violette qui atteint maintenant les vingt à l’heure en fractionnés. Je n’ai pas besoin d’instrument pour mesurer cela, mon corps me renseigne ; tout comme la course immuable du soleil me permet d’évaluer précisément la durée des entraînements.
 
« Ça va peut-être suffire, Violette, on approche d'une heure trente. »
Elle me regarde sans me regarder, comme si je n’étais qu’un point sur le chemin de l’horizon. J’ai soudain peur de ne plus exister à ses yeux, de ne plus lui être d’aucune utilité maintenant que notre fuite est compromise.
 
Violette sourit et enlève sa tunique pour aller se baigner dans l’océan, ce qu’elle n’osait pas faire quand nous débutions nos entraînements. Je la regarde en sachant bien que je devrais éprouver quelque chose mais … rien. 
 
J’y ai souvent pensé, j’ai tant vu d’absences et de regards vides. Il manque peut-être quelque chose à chacun d’entre nous dans cette communauté. Il faudra que j’en parle à Bertrand.
 
 
******

Le natif me demande quel plat je désire en émettant cette série de sons incompréhensibles dont je comprends pourtant le message. Finalement, cette vie est plutôt facile. Nous sommes nourris et logés, il fait beau tous les jours et je cours quotidiennement avec Violette avant de retrouver Bertrand dont la vive intelligence est pour moi une indispensable stimulation.
 
« Bon, tu te pousses trou du cul ? »
Je souris, Bertrand est en forme ce soir. Il se fait servir par le natif et nous rejoignons Violette à notre table habituelle. Une fois le repas terminé, nous traînons sur la plage baignés par la lumière rougeâtre du crépuscule. Atteignant bientôt les rivages de l’endormissement, nous remontons tranquillement la dune. Violette nous précède de quelques mètres ; Bertrand me parle depuis un moment et il élève légèrement la voix, me sortant de ma rêverie :
« Hé Dugland, tu m’écoutes ? Je te disais, t’as vu leurs yeux aux natifs ?
- Euh oui, ils ont tous les mêmes. Une drôle de couleur et pas de clignement.
- J’ai bien vu que Violette, mon histoire, ça l’a fait flipper et j’ai pas tout dit à propos des yeux.
- Les yeux de Violette ?
- Mais non idiot bête, les yeux du machin ! Le tube, il s’était fait aussi pousser deux yeux, des yeux de natif. Et je peux te dire qu’avant de me mettre un coup de boule, il m’a regardé d’un air méchant. Je te fiche mon billet que les natifs, c’est aussi des cellules souches en perpétuelle évolution, voilà pourquoi ils changent tout le temps : ils grossissent ou s’étirent selon le moment. Ces faces de carême, ils nous amènent ici, nous nourrissent et peut-être nous recréent. Ils ne sont pas là pour nous servir, ils nous contrôlent. Ce ne sont pas nos larbins, ce sont nos maîtres ! »
 
 

 

I  II  III   IV  v

 

 
 

LAKMÉ

Par Le Lutin d'Ecouves - 18-11-2012 15:40:39 - 2 commentaires


Osons l'opéra !
 
 
Je sais, c'est gonflé, emmener mes élèves à une représentation d'opéra, leur faire passer près de deux heures sans moufeter à regarder chanter des gens en costumes bizarres ...
 
Cela dit, je ne prenais pas trop de risques ce vendredi car je connaissais déjà le Choeur d'Orphée qui devait interpréter et jouer l'opéra ; j'avais pu les admirer dans leur création de l'année dernière : Didon et Enée.
 
Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas vraiment amateur de musique du XIXème siècle, trouvant plutôt assommants les Romantiques et consorts ; mais je ne demandais ce jour qu'à être charmé, connaissant l'imagination et l'enthousiasme de Nelly Heuzé (costumes, mise en scène et direction musicale !) et de sa troupe qui, avec talent et humour savent montrer que l'opéra, ce n'est plus des grosses dames qui meurent pendant des heures sur scène en poussant des cris déchirants.
 
 
Lakmé
 
 
 
Léo Delibes, un voisin de la Sarthe (La Flèche), composa Lakmé en 1883, opéra qui connut un franc succès grâce à deux énormes tubes : le duo des fleurs et l'air des clochettes. En accord avec la mode orientaliste de l'époque, l'action se situe en Inde. Voici ce que j'ai perçu de l'histoire :

 
Lakmé, fille d'un brahmane peu porté sur l'anglophilie est en train de ramasser des fleurs avec sa copine dans un endroit sacré seulement réservé aux adeptes des dieux hindous pendant que son père est parti fomenter une révolte contre les Rosbeefs (Par Brahma sale anglais, Vishnou la paix !).


Les Anglais eux, se croient sur la Côte d'Azur et passent leur temps à aller au marché et à profaner les temples.


Evidemment, Gérald un jeune officier britannique tombe amoureux de la vestale hindoue et les ennuis commencent ...
 
 
Le rusé père de Lakmé, ayant eu vent de l'affaire, organise un spectacle pour touristes dans le but d'attirer l'odieux impudent qui a osé faire du plat à sa fille.
 
 
Comme cela ne suffit pas, il lui fait chanter l'air des clochettes et, pour le coup, le grand dadais de Gérald se fait repérer.


Les chafouins orientaux tendent un piège à l'Anglais et il est poignardé par le méchant Brahmane.


Mais comme il reste encore un acte à jouer, Gérald n'est que blessé et il part dans les bois avec son amoureuse, filer le parfait amour.


Malheureusement, les amoureux sont rattrapés par leur destin et Lakmé s'empoisonne plutôt que de quitter son amant.


Finalement, le papa de Lakmé est tellement désolé de ce qui est arrivé qu'il épargne Gérald et décide de ne revendiquer l'indépendance de l'Inde qu'en 1947.

Après plus d'une heure trente, les gamins sont calmes et je n'ai pas eu à faire de discipline. J'ai moi aussi été sous le charme malgré mon peu de goût pour Delibes et son époque ; c'est ça la magie de la mise en scène. J'ajouterai une mention spéciale pour Fanny Crouet qui s'est particulièrement illustrée dans l'acrobatique air des clochettes dont voici, en complément, une interprétation en concert par Natalie Dessay :
 
 
 
 
 

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VIVALDI ET LE CONCERTO 7

Par Le Lutin d'Ecouves - 14-11-2012 17:03:43 - 3 commentaires


Flûte traversière
 

La flûte traversière existe depuis l'Antiquité mais ce n'est qu'au début du XVIIIème siècle qu'elle commence à intéresser les compositeurs grâce aux progrès dans sa facture dus aux travaux de facteurs-musiciens tels que la famille Hotteterre qui la firent évoluer vers plus de justesse et de puissance.
 
Flûte Hotteterre en 3 parties à perce conique
 
 
L'instrument reste cependant imparfait et il faudra attendre la première partie du XIXème siècle pour que Théobald Boehm conçoive l'instrument agile et puissant que l'on connaît maintenant : une flûte à perce cylindrique en argent pourvue d'un ingénieux système de clefs.
 
Flûte pourvue du système Boehm
 

Les concertos pour flûte de Vivaldi sont, à l'origine, conçus pour être joués sur une flûte à bec mais, voyant arriver la mode du "traverso", le compositeur vénitien eut l'idée de recycler d'anciens concertos pour les éditer sous l'appellation "Concertos pour flûte traversière Opus X" (1728).
 
Un des plus célèbres de ces concertos est certainement "Il Gardellino" (le chardonneret) dans lequel la flûte reproduit le chant du superbe passereau dans ce premier mouvement :


 
 
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DANS LE PUITS DE LUMIÈRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 11-11-2012 19:50:42 - 9 commentaires

 
Après mes calembredaines de la semaine dernière à la Ferrière-Béchet, j'ai décidé de faire l'impasse sur le cross de Montilly, ce 11 novembre. J'ai les pistons qui grippent et les carters qui grincent depuis une semaine, ça m'apprendra à courir après les jupettes ! Je sais bien que je rate le championnat régional de cross court dans lequel j'avais une chance de médaille pour peu qu'une épidémie de grippe décime le peloton des vétérans et qu'un mauvais balisage égare la tête de course. Tant pis, je vais me rabattre sur le traditionnel rendez-vous écouvien du dimanche matin.

Deux degrés au départ, voilà qui réveille. La troupe est surtout constituée des survivants de la Diagonale des Fous qui viennent récupérer en forêt. Tant mieux, après ce qu'ils ont avalé il y a deux semaines, le rythme sera certainement modéré et je vais pouvoir prendre des photos.
 
Radon baigne encore dans la brume et j'insiste pour que l'on grimpe au sommet de la forêt. Grand bien m'en fasse, des jours comme cela, il n'y en a que quelques-uns par automne. Au Québec, ces moments s’appellent "Les Couleurs".
 

 
En Normandie, nous n'avons pas le rouge vif de érables mais le roux des chênes le remplace avantageusement.
 
 
Le rouge est au sol avec la première mutation des fougères dont le carotène jaillit enfin après la désertion de la chlorophylle.
 
 
Mais les rois de novembre sont sans conteste les hêtres dont chaque individu brille comme un jeune soleil.
 
 
Les longues tiges de canche ont elles aussi viré au jaune et seuls les sapins apportent encore une sombre touche de vert à cette forêt en feu.
 
Après avoir grimpé au sommet d'Ecouves, nous retournons vers le sud et nous plongeons ainsi dans un puits de lumière.
 
 
Le soleil d'automne s'immisce partout, jaillissant de derrière les arbres ...


... et s'insinuant jusque dans les rets de l'épeire tardive dont la géométrie ne capturera désormais plus que la lumière.


Nous approchons bientôt de Radon, plus qu'une dernière montée dans l'éblouissement automnal.


 
 
La descente vers le village se fait aussi en température et nous quittons le puits de lumière pour retrouver les frimas.


Dans le froid de novembre se cachent des joyaux
D'incarnat, de bel ambre, de roux et d'or rêveur.
Le soleil inonde tout : arbres, fougères et ruisseaux.
La lumière est à nous, pour l'hiver en nos cœurs.
 

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DES RÊVES ET DE LA LUMIÈRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 06-11-2012 12:25:19 - 1 commentaire

 

 

Chacun a droit à une éclaircie de temps en temps. Il suffit de courir pour des rêves.

 

Le récit ICI.

 

 

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VIVALDI ET LE CONCERTO 6

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-11-2012 19:31:51 - 4 commentaires

Flûte à bec 
 
  
 
 
Je dois l'avouer, j'ai fait partie de ces cruels enseignants qui, durant de longues années, ont enseigné la flûte à bec aux enfants des écoles. N'étant plus préconisé en primaire, l'instrument est à nouveau tombé en désuétude, ce qui n'était pas le cas à l'époque de Vivaldi.
 
 
Document Moeck
 
Au début du XVIIIème siècle, alors que la facture de la flûte traversière était en pleine évolution, la flûte à bec, arrivée à sa forme définitive, était encore très prisée par les compositeurs du fait de sa justesse et de la puissance de ses aigus. Par contre, elle péchait nettement au niveau de ses graves difficilement audibles, ce qui explique que les parties de soprano étaient généralement jouées dans le registre aigu de la flûte à bec alto dont les notes moyennes sonnaient plus fort que les graves de son homologue soprano.
 
Parmi les 19 concertos pour flûte (à bec, traversière ou flautino) de Vivaldi, un des plus intéressants et des plus atypiques est le concerto "La Notte" (la nuit) composé en six mouvements dont deux comportent un titre ("Fantômes" et "Le rêve"). Cette œuvre, destinée à la flûte à bec (RV 104) puis au basson (RV104a) connut une autre version pour flûte traversière (RV 501) destinée à être publiée dans l'Opus X de l'auteur.

La version que je vous propose est celle jouée sur une flûte à bec alto. En voici le dernier mouvement :


Ref
 
 
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