KikouBlog de Le Lutin d'Ecouves
Le Lutin d'Ecouves

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COURS TOUJOURS épisode 6

Par Le Lutin d'Ecouves - 19-02-2018 11:35:11 - 4 commentaires


Le groupe
 
 
J'eus été chauve, je ne sais pas si j'aurais persisté dans l'agitation des jambonneaux... Je courais péniblement depuis un an ou deux quand je changeai de coiffeur, le précédent ressemblant plus à un capilliculteur en tenue de cosmonaute qu'à un merlan de quartier, mon compte en banque s'en ressentait et je voulus retrouver un peu d’authenticité dans le ripage des douilles tout en épargnant mon larfeuille (fin de l'intermède argotique).
 
Chez le coiffeur, on cause et comme on ne peut pas trop tourner la tête, on s'intéresse à ce qui est devant soi, en l'occurrence des coupes, des médailles et autres certificats sur lesquels étaient écrits des mots hallucinants tels que marathon ou cent kilomètres (euh, à pied ???).
 
J'eus l’imprudence de dire : "Je cours un peu." et me vis répondre : "Venez donc courir avec nous dimanche à 10h00". J'avais mis le doigt de pied dans l'engrenage.

Allain, c'était le nom du coiffeur, me présenta à un petit groupe de personnes puis me confia au plus lent d'entre eux, le gentil Jean-Louis. En quelques années, je fis avec eux d'énormes progrès, le tout dans la décontraction la plus totale. A l'époque, la course ne se concevait qu'en short et t-shirt en coton, les "baskets" sur le bitume. Le groupe s'étoffa car, à l'instar des autres, j'y amenai mon épouse et diverses autres connaissances comme le Mustang qui jusqu'ici ne galopait point en troupeau.
 
La mode du trail surgissant, nous déménageâmes notre entraînement dominical en forêt d'Ecouves, ce qui attira encore plus de monde. A cette époque, on nous appelait "Les Cinglés" eu égard aux courses de plus en plus difficiles que nous effectuions puis, à l'occasion de l'ouverture de mon premier blog en 2007, je trouvai un terme plus adéquat : "Les Traileurs d'Écouves".
 
Au bout d'un moment, nous étions devenus un réseau dont le noyau dur était presque une famille qui voyait ses rangs se resserrer dès que l'un ou l'une avait un problème ou nous présentait un proche en difficulté qui était aussitôt intégré. J'ai vu des personnes reprendre pied, s'épanouir et même trouver l'amour dans ce groupe.
 
Beaucoup d'années ont passé et des dizaines de personnes ont intégré la bande puis l'ont quittée ou y sont restées. J'ai vu la nouvelle génération l'investir et s'investir. En permanence, nous sommes toujours une trentaine à arpenter Ecouves et à organiser diverses sorties dans toute la France y compris Outre-Mer.

Après l'effort, le réconfort. Ce sont des fleuves de bière qui ont coulé depuis vingt ans en notre QG de Radon. De onze à treize heures, chaque dimanche, c'est un joyeux foutoir au bar maintenant tenu par le jeune Clément qui ferme les yeux sur nos grandes gueules et nos chaussures sales.

Toute médaille, si brillante soit-elle, a un revers : dans un groupe de course à pied, tu dois courir pour exister. Je ne vois que rarement le gentil Jean-Louis qui m'avait si bien accueilli depuis le jour où son système circulatoire l'a trahi. Allain et les premiers membres du groupe dépassent maintenant la soixantaine et parmi les jeunes trentenaires ou quadragénaires qui galopent effrontément devant nous, certains ignorent tout de la longue histoire de la bande du coiffeur qui voulait faire courir sa ville d'Alençon.

C'est pourquoi à longueur de blog je narre, à longueur d'entraînement, je relate... jusqu'à ce que mes souvenirs s'évanouissent dans la brume hivernale de notre mère Écouves.


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ENTRE LE GRIS ET LE BLANC

Par Le Lutin d'Ecouves - 09-02-2018 21:04:05 - 5 commentaires

Parfois, je me demande si ce siècle n'est pas en train de nous transformer en lagopèdes frémissants et pusillanimes... Trois flocons sur la France et c'est la panique que relaient stupidement médias et réseaux sociaux. Rendez-vous compte, il neige en hiver ! Moi qui ai vécu en Franche-Comté et qui suis allé à l'école en marchant à côté de congères presque aussi hautes que moi, je me gausse, et pas seulement Carl Friedrich...
 
N'empêche, notre séance marche nordique du vendredi est annulée car la Loi avec un grand Hell nous interdit d'emmener du monde en forêt par vigilance orange. Quand c'est orange, on se range ; quand c'est rouge, personne ne bouge. Mais quelle vigie lance ce genre d'ânerie ? Eh bien puisque c'est orange, pas de quartier même si je dois avoir des pépins, s'il me reste encore un zeste d'énergie, je dois bien être encore capable de conduire sur la neige et ainsi profiter d'Ecouves en manteau d'hermine.
 
On voit encore la chaussée par endroit... mon épouse n'est pas toujours rassurée mais elle sait que je ne panique jamais sur neige. La conduite est pourtant simple : on oublie la pédale de frein et on pilote le véhicule comme un canoë. Arrivés au pied des Ragottières à moins de trois kilomètres d'Ecouves,  une surprise nous attend : un panneau "Route barrée". Un responsable tremblotant de la Préfecture a dû croire que le ciel lui tomberait sur la tête s'il ne prenait pas toutes les mesures nécessaires pour protéger sa carrière en émettant toutes les interdictions possibles, évitant par là-même de se voir accuser de négligence. 
 
On ne se refait pas, je franchis l'interdiction. Vu l'état de la route, je dois être le premier rebelle du matin, quel plaisir de rouler sur ce tapis onctueux ! Nous nous garons dans le blanc silence du Vignage. Bien équipés, bien au chaud, les lutins vont trottiner sur les virginales pentes de la mère Ecouves.
 
 
Le premier plaisir de la neige, c'est ce crissement ouaté, ce gémissement subtil de la matière vierge que l'on foule. Personne n'est passé depuis l'aurore et nos pas sont pionniers. Une gomme de lait a transformé nos si familiers sentiers en nouveaux territoires d'exploration. Nous renouons avec ce plaisir enfantin de la découverte d'un nouveau monde. Pour quelques heures encore, nous serons les premiers...

 
La lumière n'est pas favorable au photographe, nous allons cheminer entre le blanc du sol et le gris du ciel, peu de nuances mais suffisamment de sensations pour qui sait s'ouvrir et vivre dans les délectables interstices de l'instant. 
 

De Pierre-Chien à la Croix-Madame, ce n'est que montée sous une douce ondée liliale. Nous nous arrêtons de temps en temps pour écouter le silence, le vrai, celui qui laisse entendre le son duveteux de l'air égratigné par les cristaux de frimas.
 
 
La neige chafouine chiffonne nos sentiers et nous nous égarons parfois mais l'instinct des lutins nous remet à chaque fois dans le blanc des lieux. Voici la Croix-Madame plantée en hommage à Louise de Savoie alors qu'elle était l'épouse de Monsieur, futur Louis XVIII Comte de Provence et Duc d'Alençon. C'est fou comment un simple carrefour peut faire ainsi voyager...

 
Nous dévalons par la route en direction du Chêne au Verdier. La chaussée, vierge depuis cette nuit, déroule une parfaite piste de ski de 1500m de long que personne n'empruntera hélas. Faire du ski, vous n'y pensez pas ! Et si vous tombiez ? Heureusement que les routes d'accès sont interdites.
 
 
Du Verdier au Vignage, le chemin est plaisant par la falaise surplombant les douces collines d'Ecouves. Environ dix kilomètres seuls au monde et nous retrouvons bientôt la civilisation. Nos traces ont dû ouvrir la voie car deux autres véhicules accompagnent notre automobile au pied du Vignage. La fonte a débuté et la route a perdu sa douceur de coton. Au pied des Ragottières, c'est redevenu une bête route noire à peine tavelée de quelques souvenirs neigeux. Et pourtant, Big Brother a maintenu son interdiction : Route barrée, je vous dis ! Route barrée au rêve, à la douce illusion de l'enfance, au blanc des sentiments qui adoucit le gris de la vie. Heureusement que cette interdiction ne s'adresse qu'aux pauvres lapins trémulants mus par l'effroi distillé à cor et à cri par des écrans à cran. 

Forêt d'Ecouves, 9 février 2018

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COURS TOUJOURS épisode 5

Par Le Lutin d'Ecouves - 28-01-2018 20:49:43 - 4 commentaires


Le trail
 
 
C'est Allain qui me parla de cette nouvelle discipline qu'il connaissait depuis peu. Jusqu'ici, on n'organisait pas ce genre de course dans nos contrées normandes mais un gars qu'il avait connu en 1995 en courant le fameux trail des Templiers avait eu la folle idée d'en organiser un dans le bocage de la Suisse Normande. Nous nous attelâmes donc à courir cette formidable épreuve de 30 énormes kilomètres. Le caractère insensé d'un tel défi parvint bientôt aux oreilles du journal local qui fit un article sur le coiffeur et l'instituteur qui osaient s'attaquer à un tel challenge. Trop dingue !
 
Je ne fus pas déçu, parti à l'assaut des collines de la Vallée de la Vère comme on démarre une course sur route, je me calcinai en moins de 20 km et finis mon premier trail en claudiquant, les intestins en désordre. J'étais convaincu.

On était à la fin du siècle dernier et nous courions avec des t-shirts en coton, des baskets de route et des gourdes qui puaient le plastique.

Cela ne dura pas car les anges gardiens du marketing nous concoctèrent bien vite toute une gamme d'équipements qui vont bien, ce qui nous fit passer du statut de ploucs en short à celui de winners ultra équipés.

Dès les années 2000, le trail s'imposa comme une discipline majeure de la course à pied et l'inflation kilométrique commença... Moi qui étais fier de mon petit 30 km, j'en rabattis rapidement quand d'autres coureurs arborèrent des 60, 80, 100 km sans vergogne ni pudeur. En 2002, je courus les 65 km des Templiers à Nant, je finis dernier de notre groupe d'une dizaine de Normands, les jambes comme du béton et les genoux en compote. J'étais émerveillé.
 
Coureur à pied encore un peu tendre, j'avais fait la connaissance d'un monde aux multiples paramètres : dénivelée (plus douce au féminin), nature du terrain, balisage (aléatoire ou pas), autonomie alimentaire, barrière horaire, gestion de la douleur et de ces foutus intestins... Et puis, il y avait l'Esprit Trail.

Comment dire, l'Esprit Trail c'est quand tu as pris un dossard dans une course mais que c'est pas vraiment une compétition car tu dois d'abord courir contre ou plutôt avec toi-même mais aussi en communion avec la Nature que même que si tes copains ils t'ont poutré dans les grandes largeurs tu es quand même content car tu as tracé ta route, tracé ton chemin.

Le trail, tu vois, c'est une ascèse. Tu dois oublier tes pompes  Sales-au-Mont à 200 euros et ton ensemble T-shirt-cuissard  Compress Mesh-Skin à 180 euros. Tu ne dois plus penser à ton sac Kraméleback super Gros-Tex en polyphilé Hydrakon qui t'a coûté tellement cher que tu as été obligé de fêter ton anniversaire de mariage chez Flunch. Nan ! Même ton GPS Gamine à 500 euros n'a pas d'importance. Quand tu fais du trail, c'est comme si tu étais tout nu, tu dois sentir l'énergie tellurique monter en toi et t'ouvrir grand les sept chakras. Attention cependant de ne pas laisser s'ouvrir le huitième. A ce propos, je conseillerai la prise d'une bonne dose de Smecta avant le départ...

Cette métaphysique sportive du trail, ce dépassement de soi se retrouve aussi dans les Arts Martiaux, entre autres dans le kyūdō (la voie de l'arc) dont voici la définition : Le pratiquant recherche un mouvement parfait pour pouvoir transcender à la fois l'esprit et le corps. Le principe consiste à percer une feuille de papier servant de cible, avec un minimum de tension musculaire et un maximum d'énergie spirituelle (Wikipédia). C'est tout moi, ça, le mouvement parfait dans des chutes plus spectaculaires que dangereuses (merci le judo !), l'esprit et le corps transcendés de fatigue au point de ne plus savoir comment je m'appelle et tout ça avec un minimum de tension musculaire. Et je ne parle pas de l'état du corps caverneux !

Quand mes amis se mirent à arpenter les pentes du Mont-Blanc ou de la Réunion pour y courir des épreuves de 150 à 200 km, je compris que je n'étais pas dimensionné pour cela et je me contentai de trails n'excédant pas 80 km. C'est suffisant pour que je me fasse mal et que je vomisse tout mon quatre heures.

Trail du Camp de César 2010
(Merci à Françoise 84 et Badgone)


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COURS TOUJOURS épisode 4

Par Le Lutin d'Ecouves - 17-01-2018 16:00:58 - 7 commentaires


Le forum
 
 
C'est mon ami Mustang qui m'amena en 2007, peut-être à son corps défendant, sur ce brave et honnête forum réservé aux sports d'endurance qu'est Kikouroù. Totalement ignorant des us et coutumes des forums internet, j'y débarquai avec une bonne dose d'assurance et même d'impudence. Heureusement que j'avais passé la cinquantaine et que le temps avait légèrement patiné ma personnalité à l'origine quelque peu abrupte.
 
J'étais tombé au bon endroit et au bon moment sur des gens civilisés et passablement tolérants nonobstant quelques bagarres homériques et la présence de divers trolls bien moisis qui finirent par se dissoudre dans l'ambiance parfois Bisounours du site. Plus chaotique de nature que rassembleur, j'ai cependant appris à lisser mon propos et ai fini par devenir un acteur reconnu à travers mes nombreux récits de course à pied et les articles de mon blog qui sert de déversoir à l'immense foutoir que j'ai accumulé dans ma psychologie torturée durant mes années d'existence.
 
Nier le fait que cette activité régulière m'a transformé ne serait que billevesées ; je dois beaucoup à ce site qui m'a permis de m'exprimer comme jamais je ne l'avais fait sans que quiconque me juge hormis quelques blaireaux vite retournés dans leurs terriers malodorants. Mais surtout, grâce à l'impulsion de mon ami Mustang, j'ai beaucoup voyagé, traversé la France et rencontré moult Kikoureurs (plus d'une centaine) tous aussi sympathiques qu’accueillants.
 
Ce forum était et est toujours principalement un lieu d'échanges entre coureurs à pied et plus spécifiquement entre traileurs, ces êtres surhumains qui courent des jours et des nuits à la recherche du dépassement personnel et de la communion mystique avec la Nature (Tada !). Moi, je suis à voile et à vapeur, passant du trail au marathon, de la course sur route au cross ; je regarde les extra-terrestres de la Diagonale des Fous ou de l'UTMB avec une certaine admiration mais aussi un certain amusement. C'est pour eux que j'ai un jour composé ces alexandrins :

Où vont tous ces traileurs dont pas un seul ne rit ?
Pauvres hères enfiévrés au faciès amaigri ?
Ces filles au si beau cul qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont galoper des heures et puis dégueulent.
 
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Avec leurs deux jambons  le même mouvement.
Accroupis sous les arbres,  ils chient en gémissant,
Puis repartent, libérés, à l’assaut du Mont Blanc.
 
Innocents en montagne, anges au bord de la mer,
Ils avancent, ils randonnent, ils rampent sur la Terre.

Je n'ai jamais bien taquiné que les personnes pour lesquelles j'ai de l'affection, Mustang en sait quelque chose...

 

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LE LUTIN FAIT SON COMING OUT CULTUREL

Par Le Lutin d'Ecouves - 10-01-2018 19:17:26 - 6 commentaires

La culture, c'est comme la confiture,
moins on en a, plus on l'étale.


Cette maxime est attribuée à Pierre Desproges, Jack Lang, Françoise Sagan, Jean Delacour ou à un mur de mai 68. Pourquoi pas Einstein pendant qu'on y est, on ne prête qu'aux riches ! C'est sûr, Einstein il écrivait des dicos de citations entre deux Théories de la Relativité histoire de rigoler un coup, même qu'en 1994, plus de quarante ans après sa mort, il a inventé une célèbre citation sur la disparition des abeilles et de l’humanité vu que Einstein, il s'appelait Franck et qu'il revenait d'entre les morts. Pour sûr.
 
Cette citation, je l'entends régulièrement depuis mon enfance qui débuta dans les années 50. C'est ce qu'on m'envoyait dans les gencives quand, certainement pour compenser ma petite taille, je tenais la dragée haute aux plus âgés que moi en me livrant à des péroraisons culturelles interminables, véritables cascades de mots dont j'ai toujours eu le secret. J'ai un don : je peux parler de tout dans toutes les situations, même en courant, mes camarades de running en ont maintes fois fait l'amère expérience. 

Je peux parler de tout et écrire sur tout, il suffit de lire mon blog pour en avoir la preuve, mais quels sont vraiment mes goûts ? Vous vous en fichez, je sais, mais ce n'est pas cela qui va me faire taire car il est temps que, dans un grand élan de sincérité lutinesque, je me livre à mon "coming out" culturel (Tada !).
 

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Le Lutin et la littérature

Bizarrement, alors que j'ai toujours été un élève médiocre (j'ai redoublé le CM2, la 4ème et la Terminale), j'ai appris à lire fort tôt et très facilement, ce qui m'a permis de me lancer dans une exploration du monde des Lettres qui a commencé par un classique de la littérature jeunesse :
 
 Edition récente, la mienne datait de 1962, 
elle m'a été volée par Fabrice Lucchini.
 
La lecture de cet ouvrage restera pour moi un grand moment de révélation métaphysique. Ce livre décidera de ma carrière de lutin.

Bien que mes parents, nés dans les années 20, eussent eu quelque méfiance envers les petits Mickeys, j'ai très vite préféré les livres avec des images car ils étaient plus rapides et plus faciles à lire. C'est ainsi que je suis rapidement devenu un adepte de Tartine ou de Pepito puis de Kiwi, Akim, Zembla et autres revues éditées par LUG éditions. 

(bruit d’œufs cassés)

Plus tard, des réponses philosophiques me parvinrent par un chemin détourné ; je tombai littéralement amoureux d'une série de livres qui ne m'étaient pas destinés mais que j'avais réussi à chiper aux petites camarades habitant mon HLM. Il s'agit de la série des "Martine" apparue en 1954 que je me mis à dévorer des yeux dès l'âge de dix ans.

Autant dire que plus que Nietzsche ou Schopenhauer, le stylo de Gilbert Delahaye et surtout le pinceau de Marcel Marlier allaient donner une direction à ma vie et m'apprendre tout ce qui est fondamental dans les rapports entre êtres humains.

Le chien aussi est un connaisseur...

Par la suite, il m'a fallu lire des ouvrages classiques imposés par mes études. En vrac et au hasard :

L'Avare de Molière : C'est marrant et ça a l'avantage de ne pas être trop long.
L'Adieu aux armes de Hemingway : Le type s'emmerde pendant la guerre alors il se drague une infirmière. Ça finit mal.
L'étranger de Camus : C'est l'histoire d'un type qui en tue un autre sur une plage et qui ne sait pas pourquoi. Ça finit mal.
L’assommoir de Zola : Ça finit super mal.
Madame Bovary de Flaubert : Je n'ai pas lu et je me suis pris une mauvaise note.

Arrivé à l'âge adulte, il m'a suffi de m'abonner à Télérama pour lire des critiques de livres me permettant à mon tour de donner mon avis sur ce qui se fait d'intelligent à notre époque.

A offrir, pas à lire...

Je dois ici rendre hommage à cette revue qui a aussi beaucoup fait pour ma connaissance approfondie du monde de la cinéphilie. Justement, on va en parler...


Le Lutin et le cinéma

Au début de ma carrière d'instit, il m'est arrivé de fréquenter le ciné-club de ma bonne ville d'Alençon. J'avais de bons souvenirs de visionnages de classiques Hammer Films que j'avais visionnés dans la Salle des Fêtes durant mon adolescence (La nuit du Loup-Garou, Les monstres venus de l'espace...). Las, le ciné-club avait été repris par des intellos du genre à gloser des heures sur les plans de Citizen Kane ou les ombres de La Nuit du Chasseur. Pire, il m'avait fallu avaler Perceval le Gallois d'Eric Rohmer et le début d'India Song de Marguerite Duras. Là, j'avais craqué et je m'étais sauvé au bout d'une demi-heure car j'avais eu la prudence de me placer près de la sortie.

J'étais ensuite revenu à mes premières amours, les films d'horreur si possible kitsch du type Lesbian Vampire Killers ou Black Sheep tout en faisant croire à mon milieu d’enseignants branchés que ma culture cinéma était immense grâce à mon Télérama chéri qui m'alimentait en synopsis de divers films tchéco-bulgares. 


Pas de ciné sans acteurs fétiches. Dans mon cas, il s'agit d'un trio : Bruce Willis, Sylvester Stallone et surtout mon préféré : Arnold Schwarzenegger dont les répliques m'ont toujours fait vibrer :


"Hey Claudius ? C'est toi qu'a tué mon père... Monumentale erreur !" (Hamlet)


Tu as déjà tué quelqu'un ??
- Oui mais c'était des méchants ! (True Lies)


Qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ?
- Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. (Conan le Barbare)


Arnold défend les enfants et ça laisse des traces.

Un de mes Schwarzy préférés reste Commando dans lequel il tue les terroristes à moustache par groupe de deux à chaque tir. Je n'oublierai jamais la scène d'exposition du film où il se trimballe avec un tronc d'arbre :


J'ai moi-même retourné cette scène en hommage à mon acteur favori :


Après Arnold, rien ne repousse, passons donc à autre chose.


Le Lutin et la télévision

En ce qui concerne le petit écran, je me suis déjà longuement exprimé sur un de mes héros favoris, L'Inspecteur Derrick mais ce héros au regard si poissonneux n'est pas seul dans mon cœur, je voue aussi une passion pour L'Inspecteur Barnaby (Avec John Nettles seulement !) et ses aventures dans le comté de Midsomer où les gens du troisième âge font gravement grimper le taux de criminalité avec une moyenne de trois morts par épisode.

Lecteur, sauras-tu trouver l'indice ?

Qu'on ne m'accuse pas de sexisme, je suis un fan de Julie Lescaut à laquelle j'ai consacré un billet vibrant d'amour ; j'ai aussi regardé en boucle l'intégralité de la série française Une Femme d'Honneur tournée à la gloire de la Gendarmerie française et du 95D.



Le Lutin et la peinture


Autant le dire tout de suite : je suis nul en dessin. J'ai cependant la chance d'avoir une épouse fort habile dès qu'on lui met un pinceau dans la main et j'ai ainsi beaucoup appris avec elle. Ma culture picturale a bien évolué et j'ai même fait de constants progrès graphiques en quarante ans de vie commune comme on peut le voir ici :

La passion pour l'Art de mon épouse m'a donc entraîné dans maints lieux et expositions, la dernière en date étant celle consacrée à Vermeer au Louvre, j'ai d'ailleurs ramené un joli cadeau à ma petite fille :

D'après la Laitière de Nestlé Vermeer
 
A la suite de cela, nous avons regardé deux fois de suite (si !) "La jeune fille à la perle" avec Scarlett Johansson, film dont j'ai beaucoup apprécié la plastique.


Oups, je me suis trompé de photo, voici une image du film de Peter Webber :


J'ai aussi bien aimé son film sur l'équitation : "Scarlett au haras".


Le Lutin et la musique


Comme beaucoup de petits derniers de la famille, j'ai commencé par écouter les disques des grands frères et sœurs. Mon goût pour le rock vient certainement de ce très bon 45t de Johnny que je possède encore :


Ma chanson préférée était : "Si tu me téléphones" qui sera déterminante dans le développement de mon goût pour la chanson à texte :

Si tu me téléphones - Oh! Oh! Ah! Ah!
Fais bien attention - Oh! Oh! Oh!
Que ce soit pas ma mère qui prenne la communication
Il te faudrait lui expliquer qui tu es
Ce que tu fais et depuis combien de temps on se connaît.

A propos de chanson à texte, je dois dire que j'ai été un peu déçu par Brassens (trop ennuyeux), Ferré (trop intello) ou Brel (trop belge). J'ai cependant bien aimé quelques chanteurs parfois oubliés mais dont notre culture peut être cependant fière :

Il n'a pas eu la carrière qu'il méritait

En société, si l'on veut briller sans risque, le bon truc c'est de se déclarer amateur de musique classique. Là, on peut raconter n'importe quoi sans prendre le risque d'être contredit vu que la plupart des gens n'y connaissent rien. Il suffit d'apprendre par cœur quelques phrases du genre : "Quand je veux me ressourcer, j'écoute les Variations Goldberg par Glenn Gould..." Là, ça vous place grave au-dessus de la mêlée et si un glandu dans l'assistance ne sait pas que c'est du Bach, on peut l'écrabouiller en ricanant : "Pff, y'en a même qui ne savent pas que le Concerto d'Aranjuez il est de Rodrigo ou pire,  qui demandent qui est l'auteur de l'Adagio d'Albinoni... euh ah ben non, c'est vrai, l'Adagio d'Albinoni, il n'est pas d'Albinoni. C'est un fake comme les citations de Einstein.

Vous avez compris que pour faire son Lucchini en société, il faut essayer d'être drôle et de paraître cultivé. Cela dit, je ne déteste pas la musique classique puisque un de mes premiers albums achetés fut un disque d'Ekseption :
 

Ekseption était, dans les années 70, une sorte de Reader's Digest du classique en plus rigolo. On pouvait écouter du Bach ou du Beethoven en version speedée sans trop s'ennuyer car il faut le dire, le Classique c'est looong et rasoir alors qu'Ekseption c'est court et bad taste, j'adore !

Peace Planet par Ekseption
(Incidemment, c'est du Bach) 
 
C'est d'ailleurs grâce à Ekseption que je suis devenu un fana du clavecin, cette sorte de piano aigre qui vrille les nerfs. A ce propos, j'ai survécu à plusieurs écoutes intégrales des 555 sonates de Scarlatti par Scott Ross, tout le monde ne peut pas dire ça...
 
Ekseption eut son heure de gloire en étant, grâce à Beethoven, sur la bande originale du fameux film de Gérard Pirès*, Fantasia chez les Ploucs :
 
 

*Pseudonyme de Gérard Menjoui
 
 
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J'espère que vous aurez apprécié ce coming out sincère et véridique. C'est donc en pleine connaissance de cause que désormais vous pouvez clamer haut et fort :
 
 
 
 
 

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DOUZE MOIS, DOUZE MOI

Par Le Lutin d'Ecouves - 23-12-2017 16:23:42 - 4 commentaires


Rétrospective 2017
 
 
Comme l'année dernière, je me livre à une petite "introspective" photographique de l'année écoulée. Si l'on compare les deux billets, l'on trouvera des similitudes (Encore des contre-jours !) mais aussi des différences météo-psychologiques. Moins de bleu, plus de bleus...
 
La plupart des photos sont prises en compagnie de Tonton Gilles, mon compagnon d'errance photographique.

Cliquez sur chaque photo pour obtenir un plus grand format (puis retour arrière).
 
 
 Janvier
 
 
Pour une fois, Tonton Gilles m'a accompagné en Ecouves. Nous mitraillons longuement ce coucher de soleil sur la Butte Chaumont. Il fait très froid et les couleurs ruissellent sur le papier glacé de l'air incroyablement pur de ce jour d'hiver.
 
Février
 
 
Postés sous le Pont de Sarthe, nous regardons la rivière chuter brutalement à l'endroit où passait autrefois la route de l'étain. Tonton Gilles m'incite à prendre une photo en pause longue, ce qui va donner cet aspect échevelé à l'eau.
 
Mars
 
 
Décidément, mars n'a rien de printanier. Nous cheminons sur la demi-lune à l'arrière de la Préfecture. Les corneilles confectionnent leurs nids dans les hautes branches du Parc de l'Hôtel de Guise. L'une d'elles passe lors d'un fugace instant lors duquel le soleil daigne se montrer.


Avril


Enfin un peu de bleu et d'humour. Ce pommier fleuri avant les autres semble commander à une troupe rangée au garde-à-vous. J'intitule ce cliché : Sgt Spring.


Mai

 
La météo n'est pas fameuse en ce joli mois de mai, nous cheminons dans le parc des Promenades. Je fais peu de photos de personnages mais ce plan attire mon regard : deux sœurs accroupies dans une attitude que seuls les enfants peuvent avoir. Le grand-père ancien maître d'école voit ici plus de choses que le commun des mortels.
 
 
Juin
 
 
Le feu de la St Jean de Radon illumine la nuit en Ecouves. La chaleur devient insupportable et je m'éloigne pour rentrer à la maison. Je me retourne une dernière fois pour contempler le monstre dont la lumière découpe crûment les silhouettes des spectateurs. Mon cliché me fait penser à un rituel ancestral dédié à nos ancêtres tapis sous le sol de la forêt.


Juillet

 
Bibliothèque municipale. Il a beaucoup plu et ce pare-soleil s'est effondré en devenant une piscine à insectes. Sur le coup, le cliché ne m'a pas plu mais Tonton Gilles, grand amateur de lignes, a su m'en montrer l'intérêt. 
 
 
Août
 
 
Lassay-les-Châteaux en Mayenne. Au détour d'une rue, cette silhouette en véritable mousse, cette plaque bleue  et cette publicité pour le Petit journal (1863-1944) révélée par le décrépissage du mur. La photo est incontournable.
 
 
Septembre
 
 
Simple et évidente cette clématite blanche sur ce bord de Sarthe où j'avais déjà photographié une passiflore elle aussi blanche. Mon intérêt pour cette fleur vient des gouttes d'eau qui la parsèment.
 
 
Octobre
 
 
Décidément, l'année est bien sombre. Je prends le reflet du soleil dans l'eau de la Sarthe. Aussi bizarre que cela paraisse, ce cliché est en couleurs et n'a pas subi de traitement.
 
 
Novembre
 
 
Il n'est pas encore 18 h et les lumières s'allument déjà. Ce candélabre municipal proche de l'hôpital s'est paré d'une vigne vierge. Sur ce pont, les autres luminaires le regardent d'un air hautain. Mais lui il s'en fiche, il sourit.
 
 
Décembre
 
 
La rue Georges Guynemer est un exemple de réhabilitation réussie. Autrefois peuplée d'immeubles délabrés, elle est devenue un endroit où il fait bon vivre mais ce jour, alors qu’on est en milieu d'après-midi, ce lieu semble porter le deuil de ce jeune aviateur mort en 1917 dans sa 23ème année.
 
 
 Pour les amateurs : mon blog photo régulièrement mis à jour.
 
 

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COURS TOUJOURS épisode 3

Par Le Lutin d'Ecouves - 15-12-2017 10:46:35 - 4 commentaires

Le marathon
 
 
Avant, mais c'était avant, je croyais que le marathon, c'était pour les surhommes. C'est Allain qui m'a progressivement incité à franchir le pas avec sa coutumière méthode douce basée sur la persuasion, il avait déjà une grande expérience et je lui faisais confiance ; la course à pied, c'est aussi une histoire de transmission.

Mon premier marathon, c'est avec Philippe le Mustang que je l'ai entièrement couru. Il n'avait pas dormi ; moi, je n'étais pas conscient des difficultés inhérentes à ce type de distance. Insouciant et passablement euphorique, je franchis la ligne d'arrivée en 3h23min, ce qui était un petit exploit pour un débutant de 44 ans, mais cela, je l'ignorais.

Dès le deuxième marathon, je fis la connaissance du mur du 30ème km qui eut cependant la gentillesse de me gratifier d'un handicap de seulement vingt minutes. Visant ensuite les 3h15min, je m'essayai avec plus ou moins de bonheur à la performance de niveau supérieur. Je me pris plus de baffes que de caresses mais je persistai quand même avec la constance de la poule se jetant contre le grillage à la vue d'un lombric gras et croustillant placé du mauvais côté. J'échouai finalement sur la grève des 3h17min...

Dès cinquante ans, je finis par réaliser qu'il était inutile de chercher à battre mon modeste record et je commençai une longue série de marathons en accompagnement, la plupart du temps avec des débutants ou dans le cadre de remises en selle comme avec mon cher Mustang. Un tiers de mes marathons ont ainsi été effectués en bonne compagnie, souvent féminine.

Après un dernier baroud d'honneur à 55 ans où je fis l'effort de terminer les 42,195 km en 3h25min, je renonçai à passer la barre des 3h30min et m'acheminai tranquillement vers celle de 3h40min qui me valut (enfin!) une qualification au championnat de France de marathon mais en catégorie V3, évidemment. Le fiasco fut total mais pour une fois indépendant de ma volonté.

A l'heure où j'écris, je planifie déjà mon vingt-septième marathon avec un objectif de trois heures quarante-cinq. L'on pourrait se demander pourquoi je persiste ainsi dans une discipline sans surprise au déroulement immuable et dans laquelle je ne puis que décliner. Je n'ai pas de réponse à cela hormis le fait que le marathon est une distance mythique dont la légende nous parle de vie, de mort et de dépassement.

En 2008, j'écrivais ceci à propos de la queue du peloton du marathon de Paris : "Les damnés du bitume m'environnent, ils sont sublimes. Ils souffrent, ils se détestent d'être là et s'aiment d'avoir le courage d'avancer encore et encore. Je viens de découvrir la vraie beauté du marathon : ces gens merveilleux dont le but est  de dépasser leur quotidien pour illuminer leur existence." La magie du marathon, elle est là, dans l'humanité de la souffrance et dans cet effort collectif pour la sublimer.


En 2013, j'introduisais mon récit du marathon de la Rochelle par ce préambule : "Le marathon, c'est un peu comme la vie en miniature avec ses joies et ses drames, ses réussites et ses échecs. On en prend plein la figure mais chaque pépite de jouissance, si brève soit-elle, donne un sens à notre folle course vers le néant, rendant le but dérisoire et le mouvement sublime. Ce concentré d'existence, cette galopade céleste a quelque chose de magique que je ne retrouve dans aucune autre épreuve et c'est pourquoi malgré tous les crashes et autres avanies, pour la vingtième fois sur le métier je remets mon ouvrage." Inutile d'en écrire plus, n'est-ce pas ?

 
Marathon de la Rochelle 2006
(Mon geste n'a rien de politique, je dis juste bonjour à Gérard.)

 
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DEUX CROSS, SINON RIEN

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-12-2017 18:56:15 - 3 commentaires

 Le cross c'est bon, mangez-en ; le reste, c'est de la littérature !

Un nouveau récit du Lutin

ICI

 

 

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EN VILLE AVEC TONTON GILLES

Par Le Lutin d'Ecouves - 01-12-2017 09:52:06 - 2 commentaires

Ce jour d'hui, le Lutin ne va pas vous présenter ses propres photos mais celles d'un photographe assidu de sa bonne ville d'Alençon, j'ai nommé Tonton Gilles :
 
 Portrait de Tonton Gilles par le Lutin d'Ecouves
 
Depuis plusieurs années, ce photographe amateur et néanmoins talentueux du club photo de Courteille sillonne sa ville quotidiennement pour la photographier en long en large et en travers, parfois accompagné par votre serviteur à qui il dispense doctement des conseils techniques et esthétiques. Nombreux sont maintenant les Alençonnais qui connaissent ce barbu chapeauté à queue de cheval qui ne se déplace qu'avec son sac à dos empli de matériel photographique surmonté d'un lourd trépied.
 
De nos pérégrinations, j'ai ramené quelques intéressants clichés mais jamais je n'ai eu l’œil ou l'expertise de l'homme au chapeau qui sait regarder sa ville avec une acuité technique et artistique qui confine parfois au fantastique. Cliquez sur chaque photo pour obtenir un plus grand format (puis retour arrière).
 
 

Le Gagne-Petit, un bâtiment commercial datant du début 20ème vu un soir d'octobre particulièrement lumineux lors duquel la Sarthe joua le rôle d'un miroir sans défaut.
 
 

Notre-Dame et la Providence vues de la gare de bus, l'on perçoit ici le goût de l'auteur pour la photo graphique à tendance géométrique comme pour les suivantes :


Juste un alignement de chaises au garde à vous...


... Ou cette clôture élégamment décorée de givre.


Parfois, la géométrie le cède au Zen...

Il ne faut pas croire que Tonton Gilles ne pratique que le cliché désincarné, certaines photos sont habitées :

La Grande Rue un soir d'emplettes
 
 Rue du Pont-Neuf 

Rue aux Sieurs

Parfois, les personnages relèvent eux-mêmes l'aspect géométrique de la photo :

Parc de la Providence

Parc des Promenades

Et parfois, certains personnages sont pour le moins fantomatiques :

Pont de la Fuie des Vignes

Si la couleur fait parfois brutalement irruption dans son œuvre, Tonton Gilles préfère souvent le noir et blanc pour exprimer son talent :

Décoration de Noël à la Gare de bus

La passerelle et Notre-Dame

Le noir et blanc se fait soudain subtilement fantastique et l'on se demande si l'on est encore en ville...

Le parc de la friche Moulinex

Harpe végétale en bord de Sarthe

Oui, est-on vraiment en ville ou dans un autre monde ?

Fuie des Vignes (Photo couleur)
Zone inondable située à côté du centre-ville

Tonton Gilles a aussi un intérêt immodéré pour la gare qui se trouve à proximité de son domicile et, sous son regard, la SNCF prend un tout autre visage :

 
La passerelle devient incandescente...


... la gare se fait spectrale et l'on peut y voir d'étranges personnages :

Autoportrait en fantôme


A consulter :
 

Son Blog de Textes


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COURS TOUJOURS épisode 2

Par Le Lutin d'Ecouves - 22-11-2017 23:01:09 - 4 commentaires


Le cross
 
 
 
S'il est une discipline de l'athlétisme qui peut paraître étrange, c'est bien le cross. Son origine anglo-saxonne explique peut-être cela. Il faut être Anglais pour apprécier le fait de courir en hiver dans une campagne boueuse, généralement sous la pluie et poursuivi par des types chaussés de pompes à clous qui ne rêvent que de vous marcher dessus pour prendre votre place. Il faut être Anglais... ou cinglé.

C'est Eric qui m'a mis les pointes à l'étrier. Pas sur un bien sage cross réservé à la délicate élite de la FFA disputé sur un hippodrome ou un stade raisonnablement sale... mais non, pas du tout, j'ai fait mes débuts en cross dans une épreuve FSGT de l'Orne profonde où l'esprit boueux du vrai cross-country souffle encore son haleine bruineuse et glacée sur de hautes collines ouvertes aux assauts de vents aussi violents que vindicatifs. Orgères, ça s'appelle, un coin où ça monte et ça descend, où ce qui ressemble le plus à du plat est systématiquement en dévers, où le paysan qui prête ses champs n'a pas hersé l'herbe qu'il vient de couper pour tracer le parcours et où les flaques de boue se confondent avec les bouses de vache. Environ huit kilomètres pour tomber d'un champ à l'autre, pour escalader les herbages avant d'aller se tordre les chevilles dans un minuscule bosquet aux sentiers chafouins.
 
L'arrivée se fait en côte et, avant d'aller courir, on observe les enfants terminer leur course les larmes aux yeux et la rage aux pieds, puis les femmes, plus solidaires dans l'effort, mais qui finissent quand même les muscles bleus et le visage rougi. Enfin, c'est à nous, les hommes.

Brutalité du cross : l'on part à fond, les poumons dans la gorge et l'estomac juste derrière. Le cross a beau être anglo-saxon, il n'est pas fair-play, les virages sont pris à la corde en coupant l'élan de celui qui suit, les dépassements sont rapides pour éviter l'effet d'entraînement ; le cross se coupe au couteau. Au bout d'un tour, les poumons brûlent ; au deuxième les jambons crament ; au troisième, les oreilles fument. Le cross se cuit dans l'excès.

Un très bon athlète de ma connaissance m'a dit un jour "Tu sais que tu as bien couru quand tu as le goût du sang dans la bouche...", le cross procure ce type de sensation.

 
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Bien des années ont passé depuis ma première expérience à Orgères et j'entame ma troisième saison de cross en V3. Les choses ont bien changé, j'opte pour les cross courts, je ne démarre plus aussi vite et je me contente de modestes classements. Bientôt soixante-deux ans, j'ai droit au qualificatif de vieille pointe. A ceux qui débutent et me demandent des conseils sur la façon de courir un cross, je réponds "Le cross, c'est : à fond, à fond, à fond et tu vomis à la fin". C'est peut-être cela qui me plaît finalement, pas de stratégie, l'expression de la vigueur animale dans une nature hostile, ne pas réfléchir, être un corps.
 
Et puis, il y a l'arrivée, cette chaleur humaine autour du traditionnel vin chaud, cette fraternité et ce brassage social que je ne retrouve pas autant dans le marathon ou le trail ; c'est cette humanité au sens noble et populaire du terme qui me fait tenir et espérer être encore là pour mes soixante-dix ans. Sous la pluie, dans la boue mais humain et debout.


Jambes de cadettes à l'arrivée du cross de Montilly 2017.
(Ceux qui disent que les jeunes n'ont pas le sens de l'effort n'ont jamais vu un cross...)
 
 
 
 
 

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