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Le Lutin d'Ecouves

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DOUZE MOIS ET DOUZE ÉMOIS

Par Le Lutin d'Ecouves - 19-12-2016 18:08:02 - 11 commentaires

Petite rétrospective de l'année 2016 issue de mes balades en compagnie de mon Hybride Panasonic, de mes compacts Sony et bien souvent de Tonton Gilles le marcheur infatigable qui ne quitte jamais son Reflex Canon.
 
 
Janvier
 
Alençon, 21-01

Belle journée froide, nous revenons du Parc des Promenades et je m'aperçois que le célèbre toit métallique de la Halle aux Blés installé en 1865 par l'ingénieur Croquefer semble faire une partie de bilboquet avec la Lune.


Février

 Alençon, 15-02

A ses pieds, j'ai vu nager des bœufs... Dures et fières, les ronces aidées de la mousse et du ruisseau du Gué de Gesnes rongent patiemment ce mur qui s'effondre non loin de l'hôpital. On est sur un ancien marais et la nature reprend ses droits. 
 
 
Mars
 
 Forêt d'Ecouves, 17-03
 
Des chatons comme une promesse de printemps... Insensible aux saisons dans mon jeune âge, j'ai bien changé. Le Temps m'a ouvert aux autres et aux choses simples. 
 
 
Avril
 
 Alençon, 07-04
 
Les feuilles des ancolies ont cette belle particularité de contraindre la rosée du matin à former de jolies perles d'eau qui disparaissent ensuite au soleil sans mélancolie. Délicat et beau...


Mai

Alençon, 26-05

Mon jardin sert souvent de pâture aux représentants du petit monde, il ne me nourrit guère mais me donne l'occasion d'admirer la grande beauté de cette faune fantastique. Le Lutin aime tous les animaux...


Juin

Belle-Ile-en-Mer, 14-06

Comme un moucheron se détachant à peine sur le ciel gris, un minuscule personnage donne la mesure des formidables falaises de la Pointe des Poulains. Belle-Ile... tout est dans le nom.


Juillet

Alençon, 13-07

Veille de Fête Nationale. Deux secondes de pose et la fumée semble des dragons vomissant leur verte fureur sur l'Hôtel de Ville. Parfois, les lendemains ne chantent pas...
 
 
Août

Alençon, 25-08

Minou Gris, c'est comme cela que nous l'avons appelé. Chaque matin, il vient nous voir quelques minutes puis repart vers ses rêves de prédateur. Les soirs d'été, il nous observe dîner sur la terrasse. C'est un tueur sans pitié et un opportuniste souvent mal embouché. Nous l'aimons bien...
 
 
Septembre

Vallon-Pont-d'Arc, 25-09-2016

Dans les couloirs du Temps... Juste avant un plongeon de 36 000 ans, le Musée de la caverne du Pont d'Arc nous offre cet instant de perfection géométrique. Mon épouse me précède, nous sommes ensemble, nous sommes bien.
 
 
Octobre
 
 Alençon, 26-10

Couleurs et reflets, Alençon est un jardin au bord de l'eau. Tonton Gilles réussit mieux que moi ses clichés des miroirs de la Sarthe mais mon petit Sony s'est quand même bien débrouillé ce jour-là...


Novembre

Alençon, 17-11

Fleur de la Passion oui, mais pas amoureuse... La passiflore fait symboliquement référence à la Passion du Christ. Celle-ci est originaire du Brésil et se permet d’être toujours en fleur en novembre. Tant de Constance (Elliott) mérite le respect.
 
 
Décembre
 
 St Germain-du-Corbéis, 15-12

Il est 16h30, c'est déjà le soir, je n'ai pas vu cette grande buse se poser et c'est Tonton Gilles qui me signale le plan. Nous avons marché dix kilomètres et je n'ai réussi qu'un cliché. Cela suffit à mon bonheur...



 



 

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UNDER ICE

Par Le Lutin d'Ecouves - 08-12-2016 18:46:12 - 4 commentaires

J'ai toujours tenu Kate Bush pour un génie, ce qu'ignorent parfois les gens qui se sont limités à ses tubes comme Babooshka ou Wuthering Heights. Il suffit pourtant d'écouter attentivement ses trois chefs-d’œuvre des années 80 "Never For ever", "The Dreaming" et "Hounds of Love" pour se convaincre que l'on a là affaire à de la musique de haut niveau écrite, chantée et interprétée par une jeune femme surdouée et pétrie de culture. Extraite de The Ninth Wave (Hounds of Love), la chanson Under Ice m'a toujours fasciné et même obsédé. Je n'ai jamais été convaincu par les différentes traductions trouvées sur le net, soit elles étaient fautives, soit elles étaient trop littérales. Or, pour bien traduire un texte poétique, il faut tourner autour... avec amour, ce que j'ai essayé de faire avec cette traduction personnelle :
 
 
Sous la glace
 
C'est merveilleux
Les alentours, si blancs
La rivière est devenue un miroir de givre
Pas une âme sur la glace
Juste moi qui file en patinant 
Je passe en trombe parmi les arbres
Laissant de fines traces sur la glace
Traçant au couteau de petites lignes givrées
Sifflement de la surface qui se fend
Mes talons d'argent font crépiter la neige
 
Quelque chose s'agite
En-dessous, sous la glace
Quelque chose me suit, sous la glace
Fendant l'onde sous mes pieds
Ça tente de sortir de l'eau froide
" C'est moi "
Quelque chose, quelqu'un, à l'aide !
" C'est moi "

 
Pour illustrer cette chanson, voici ce travail de fan, un montage vidéo de MrMarrs :
 
 
 
Le triple album des concerts de 2014 "Before the dawn" vient de sortir, indispensable pour ceux qui voudraient (re)découvrir cette grande artiste. 
 
Son site : http://www.katebush.com/  (Attendez un peu avant d'entrer dans le site...)
 
 
 

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FACE AU SOLEIL DE NOVEMBRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 28-11-2016 20:56:03 - 9 commentaires

Amateur ou pas, chaque photographe a ses manies. Ceux qui suivent mon blog photo (une parution tous les deux jours) ont pu constater la plus évidente : dans 99% des cas, mes clichés ne sont effectués qu'avec des petits appareils (hybride, compact et même téléphone portable). Modestie ou suprême snobisme, là n'est pas le sujet de ce billet mais plutôt cette fichue habitude du contre-jour que j'ai développée depuis mon passage à la photo numérique. Ce mois de novembre, durant mes balades photographiques avec Tonton Gilles, je n'ai pas pu résister à cette sale manie. Résumé en neuf étapes :
 
 
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Premier novembre de feu froid en Ecouves, Tonton Gilles se tortille sous une branche pour prendre un cliché du carrefour du Chêne au Verdier ; je me mets juste à côté de lui et lui vole son idée mais mon petit compact Sony, un RX100, ne voit pas la même chose que son Reflex Canon :
 
  01-11-2016
 
Deux jours plus tard, nous franchissons la frontière ornaise sur quelques centaines de mètres pour nous aventurer sur les terres sauvages de la Mayenne à St Pierre des Nids. Juchés sur un barrage, nous photographions l'île de l'ancienne forge :
 
 03-11-2016
 
Puis j'entraîne mon compagnon à l'endroit où les départements de l'Orne, de la Sarthe et de la Mayenne se touchent en un point. De merveilleux pâturages nous ouvrent leurs vastes bras. Un éclair bleu et orange, le martin-pêcheur veut bien se montrer mais ne se laisse pas photographier. Le soleil de l'après-midi se répand sur les collines en direction de St Léonard-des-Bois :
 
 03-11-2016
 
Un dimanche matin en compagnie de mon épouse pour deux heures de marche nordique en Ecouves. Non loin de Radon, la quiétude et la grâce de ce petit chemin près de Radon me fait décrocher un bâton pour sortir mon plus petit compact, un Sony TX30, pas de possibilités de réglages, juste un silencieux clic-clac et l'automne est dans la boîte :
 
 13-11-2016
 
Des jours de ciel blanc plus tard, le soleil se met à nouveau à hanter les bords de notre monde. Je reprends mon RX100 si petit mais si malin. Il est 16h30 et le soleil peint hâtivement l'horizon d'orange et de gris. C'est à mon tour de signaler un plan à Tonton Gilles, nous prenons tous deux en photo le même arbre à proximité de la Fuie des Vignes :

27-11-2016

Le lendemain, le bleu domine. Il fait cinq degrés et le vent de nord-est nous chante l'hiver en balayant le ciel de son humidité. J'emmène mon compagnon photographe dans la Sarthe à cinq kilomètres de notre quartier de Courteille. Nous montons sur une modeste colline et regardons en direction d'Alençon :

28-11-2016

Quelques minutes plus tard, il est presque 17h, les couleurs changent de minute en minute. Un dernier cliché au même endroit avant le chocolat chaud :

28-11-2016

Mardi glacial, nous montons à Ste Anne de Champfrémont sur la colline de Multonne en Mayenne qui toise Ecouves par-dessus la plaine d'Alençon. Orienté au sud, le site ne manque jamais de lumière. En cette saison, il se prête idéalement à ma petite manie du contre-jour.
 
 29-11-2016
 
Le froid se fait très vif, Alençon entre déjà dans l'ombre pendant que les étangs de Ste Anne se gorgent encore de soleil. L'hiver vient.
 
 29-11-2016
 

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Si vous voulez vous évader...

Tonton Gilles ne s'appelle pas Gilles et il n'est pas mon Tonton, ça ne l'empêche pas de tenir depuis deux ans un blog aux textes poétiques, épiques ou intimistes.
 
Il tient aussi depuis peu un blog photo très prometteur.
 
Quant au Lutin, il a déjà publié plus de 300 clichés sur son blog photo
 
 

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ACTION RADICALE POUR SE DÉBARRASSER DE LA MENTALITÉ DE PRIMATE

Par Le Lutin d'Ecouves - 13-11-2016 19:57:22 - 4 commentaires


Le retour du roi (pourpre)
 
Radical Action To Unseat The Hold of Monkey Mind
 

Aux environs de 1972, je découvris avec une certaine stupéfaction la musique de King Crimson. Le groupe, âgé de seulement trois ans à l'époque, avait déjà produit quatre albums aussi polymorphes que renversants : In the Court of the Crimson King - In he Wake of Poseidon - Lizard - Islands.
 
A peine avais-je digéré ces œuvres complexes et fascinantes que  la deuxième vague arriva avec Larks' Tongues in Aspic, Starless and Bible Black et Red, trois albums produits en 1973 et 74. Deux autres vagues de trois albums déferlèrent ensuite en 1981-84 puis en 1995-2003 (voir discographie du groupe).
 
Puis plus grand chose depuis à part quelques live et autres expériences de Robert Fripp, la tête pensante et pivot du groupe.
 
Robert Fripp - Photo Greg Cristman
 
En cette année 2016, je pensais sincèrement que Fripp, arrivé à 70 ans, avait tourné la page et que le Roi pourpre était défunt. Que nenni !  Pour fêter l'entrée dans sa huitième décennie, King Robert a réuni d'anciens et de récents collaborateurs pour une tournée de deux ans (2015 et 2016) qui vient de déboucher sur un album live de luxe : Radical Action To Unseat The Hold Of Monkey Mind, un coffret de 3CD live + un Blu-ray en concert de 2h40min, le tout m'ayant coûté seulement 33 euros.

A priori, je m'attendais à un festival de Frippertronics et autres Soundscapes comme dans les productions du début des années 2000 où tout était piloté à partir des guitares qui pouvaient imiter la flûte, le hautbois et les nappes de cordes ou même parfois la voix. Depuis 1981, le groupe était devenu essentiellement métallique tout en gardant son extrême sophistication sonore et surtout rythmique.

Que nenni ! Le King Crimson cuvée 2015-16 revient sur des sons plus classiques avec, entre autres, le retour de Mel Collins qui assure (et pas qu'un peu) les parties saxo et flûte comme du temps des premiers albums. Un autre vieux compagnon, Tony Levin qui a partagé son temps entre Peter Gabriel et King Crimson, tient la basse. Voilà, avec Fripp, le club des 70 berges...

Pour cette rétrospective de luxe,  le Roi pourpre s'est adjoint trois batteurs (Pat Mastelotto, Bill Rieflin et Gavin Harrison) dont un tient aussi le clavier. Là, le clavier, on l'attendait ! Au départ, King Crimson avait bâti une partie de ses paysages sonores sur l'utilisation du mellotron, un drôle de clavier échantillonneur qui fonctionnait avec des morceaux de bandes magnétiques. Ce petit clavier pouvait ainsi reproduire la voix, les cordes, le hautbois, la flûte ("Strawberry fields forever" des Beatles) mais avait un gros défaut, les bandes s'abîmaient et devaient être changées régulièrement. Eh bien, Fripp a fait échantillonner le son du mellotron qu'il a ainsi ajouté aux claviers utilisés par lui-même et Bill Rieflin lors du spectacle. On est ainsi confondu d'entendre des classiques comme "Epitaph" et "The Court of the Crimson King" avec une telle précision, comme si 47 ans avaient été effacés d'un coup.

Ce bel édifice serait cependant bancal sans Jakko Jakszyk à la guitare et à la voix. Là, je tire mon chapeau car il opère un véritable tour de force en étant Greg Lake dans les morceaux des deux premiers albums, Boz Burrell dans la chanson tirée du quatrième et John Wetton dans les morceaux datant des années 73-74. 

Le tout fait une musique intensément Crimsonnienne d'une redoutable précision avec en plus la chaleur des instruments de Collins et de la voix de Jakszyk. Et ce n'est pas tout, Fripp nous octroie une trentaine de minutes de musique nouvelle ou récente (dont deux morceaux de son album A scarcity of Miracles - 2011).

Par respect pour ces grands artistes qui n'ont jamais cédé à la facilité, aux modes ou aux sirènes du Show-Biz, je ne mettrai pas mes morceaux préférés en ligne, dommage car la pièce triple "Radical action" vaut son pesant d'intelligence. Je me contenterai donc de vous présenter les deux (néanmoins excellents) extraits du show délivrés par la chaîne officielle de DGM live.

D'abord "Starless" qui concluait l'album Red :
 
 
 
Puis "Easy Money" de l'album Larks' tongues in aspic, un festival de percussion pourpre.

 
 
Un dernier détail : le concert se termine bien sûr par "21st Century Schizoid Man" à fond les manettes. Ô joie !
 
 
 

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LE MAUVAIS SORT

Par Le Lutin d'Ecouves - 07-11-2016 16:01:58 - 5 commentaires


Un long nez surmonté de deux petits yeux rapprochés et un béret crasseux vissé par là-dessus, le gars Camus ne payait pas de mine. Dans son village, c'était le simple d'esprit qu'on tolérait à cause du Père. Le Père, on le respectait grâce à ses dons de rebouteux ; il était effectivement très doué et on venait de loin pour le voir. Il avait appris ce métier dans un camp de prisonniers en Allemagne puis, à son retour, il avait repris sa petite ferme sur les hauteurs à quelques kilomètres d'Alençon tout en remettant les épaules ou les hanches dans le bon sens. J'avais moi-même eu affaire à lui pour un sévère torticolis qu'il avait effacé en deux passages du pouce. Vraiment, on le respectait pour cela... et on le craignait aussi car il se disait qu'il était un peu sorcier, qu'il possédait le Petit et le Grand Albert et que sa femme, qui était légèrement folle, tournait chaque soir une grosse pierre sur le haut de son armoire pour conjurer le sort.

Je le connaissais depuis mon enfance, le gars Camus ; il venait régulièrement chez Pépère et Mémé boire un café et en profitait pour pérorer des heures sur de supposés complots organisés par les "Gars d'la CGT" qui, c'est sûr, allaient faire parler d'eux un d'ces jours. Bizarrement, ces gars étaient présentés comme des héros positifs ou comme d'horribles malfaisants selon l'humeur de l'incurable bavard qu'était l’interlocuteur de mes grands-parents. De toute façon, ceux-ci ne l'écoutaient pas, Pépère parfois même s'endormait assis. Mémé lâchait alors l'horrible tricot au crochet qu'elle confectionnait pour lancer : "Ben Raymond, tu dors ?", ce qui le réveillait en sursaut mais ne perturbait nullement le débit du gars Camus perdu dans le flot délirant de son discours décousu.
 
Le gars Camus était inoffensif, toujours prêt à rendre service à mes grands-parents, de plus, il leur apportait souvent une salade, des radis ou des carottes selon la saison en paiement de leur supposée attention à ses interminables clabaudages qui finissaient invariablement par emplir sa bouche de fils de bave, ce qui me faisait penser à l'agonie du poisson fraîchement pêché terminant lamentablement sa vie sur l'herbe de la berge. Le gars Camus n'était ni sensé n beau ni ragoutant mais c'était un gentil. Il était content de voir du monde, de visiter ses "petits vieux" comme il disait.
 
Au bout d'un long moment, il finissait (tout d'même) par repartir non sans réinsérer de vieux journaux dans son paletot (Y'a rien d'mieux pour le froid") et d'enfourcher sa Mobylette en direction de la colline d'Héloup à deux pas d'Alençon.
 
Tout allait bien tant que le Père était encore vivant. On a beau être un célèbre rebouteux et un sorcier putatif,  on n'en est pas moins mortel. En quelques années, la Mère puis le Père furent emportés et le gars Camus se retrouva seul dans la ferme familiale. Il n'avait jamais vraiment travaillé mais la faiblesse de ses revenus était compensée par ses tout petits besoins. Il avait un toit, ça lui suffisait même si l'ancienne ferme devenait progressivement un sacré foutoir.
 
Le gars Camus continuait de sillonner la région sur sa mobylette, étant plus ou moins bien reçu ici ou là en fonction de la tolérance ou de l'éducation des gens visités. Cela dit, la mort du Père avait certainement ouvert une brèche dans l'esprit du fils qui, progressivement, se crut héritier des pouvoirs de son géniteur. C'est là que ses ennuis commencèrent. Dans tout le pays, il se vantait d'être capable de soigner par influence ou même de conjurer les sorts. De conjurer à jeter, il n'y a qu'un pas qu'il n'hésitait pas à franchir s'il se faisait rabrouer.
 
A Héloup, chacun savait qu'il était "simple" et on se préoccupait peu de lui, cependant, il lui arrivait bien quelques avanies comme lorsque, mécontent d'être expulsé d'un champ par un paysan, il lui balança du sel à la figure en lui disant :"Ton champ eh ben y f'ra qu'des orties, j'peux t'le dire !" En quelques passes, il jeta son sort et courut bien vite de peur d'avoir la fourche aux fesses. Le paysan n'était pas né de la dernière pluie et, la nuit suivante, il fit discrètement le guet dans sa parcelle prétendûment maudite. Bien lui en a pris, aux alentours de minuit, il vit le gars Camus arriver avec une grande pouche emplie de graines d'orties qu'il avait cueillies dans la soirée. Les semailles furent rapides et le gars Camus détala bien vite au premier coup de fusil chargé de gros sel.
 
On aurait pu en rester là mais la suite fut plus tragique. Dans les années soixante-dix, il y avait encore de nombreuses petites exploitations qui vivotaient et qui pouvaient sombrer au moindre problème. Les paysans qui les tenaient n'était pas encore les techniciens de maintenant et la mentalité de certains n'avait pas évolué depuis le XIXème siècle.
 
Les frères Hérisson, âgés d'une vingtaine d'années, n'avaient plus que leur mère pour les aider à tenir leur ferme. Et leur ferme, elle allait mal, les bêtes crevaient sans qu'on en devine la cause. Il s'agissait certainement de problèmes d'hygiène et peut-être aussi de malchance mais la mère ayant bourré le crâne de ses fils d'histoires de "j'teux de sorts", ils préféraient croire qu'on les avait envoûtés. Comme ils avaient déjà eu des différends avec le gars Camus pour des broutilles, le sorcier était tout trouvé. Par contre, dénicher quelqu'un pour conjurer le sort était une autre paire de manches...
 
Il faut dire qu'un sort, c'est dangereux pour celui qui le lance et pour celui qui le renvoie. C'est comme s'il était attaché à un gros élastique : si tu le lances et qu'on te le renvoie, tu le prends dans la figure et si tu le renvoies et que tu rates ton coup, le sort il te saute amont le dos. Pas facile.
 
La famille Hérisson en était à ce type de réflexions alors qu'elle regardait "Les cinq dernières minutes" avec le commissaire Cabrol et l'inspecteur Ménardeau ce soir du 28 février 1976. L'épisode intitulé "Le collier d'épingles" déroulait une intrigue policière autour d'une sombre histoire d'envoûtement dans une région dite "reculée"... Cette histoire pépère pleine de poncifs sur un monde paysan déjà disparu était bien anodine mais les fils Hérisson, à bout qu'ils étaient, la prirent au premier degré et, encouragés par la mère, prirent un fusil et se dirigèrent vers Héloup en pleine nuit.
 
Le gars Camus ne fermait jamais sa porte et c'est silencieusement que les frangins pénétrèrent dans sa maison, crevant de trouille à l'idée que le sorcier se réveille et leur jette un ultime et mortel sort. Une décharge de chevrotine en plein visage mit fin à l'existence du pauvre gars, il avait cinquante ans. Un innocent tué par deux simplets. Trois vies gâchées.
 
Les deux frères furent vite confondus et avouèrent leur crime. Ils furent lourdement condamnés. On laissa leur mère tranquille bien que celle-ci maintint à l'audience que ses garçons avaient fait ce qui devait être fait.
 
La presse nationale fit de cette affaire une croustillante histoire de sorcellerie au pays des cul-terreux, nous faisant tous passer, nous Ornais, pour des sauvages incultes et superstitieux. Les journaux parisiens adorèrent, ils en rajoutèrent en faisant du gars Camus un inquiétant sorcier régnant maléfiquement sur une population d'ignares. C'est en rabaissant les autres que certains aiment se voir grands. Le gars Camus ne méritait pas ça, notre région ne méritait pas ça, même les frères Hérisson ne méritaient pas ça.
 
Le bruit finit par s'estomper et quarante ans après, il n'y a plus grand monde à se rappeler l'affaire, à peine quelques mentions dans deux ou trois ouvrages sur la sorcellerie. Et mon souvenir d'un gars pas bien malin mais inoffensif qui apportait des légumes à mes grands-parents et s'enfonçait quelques heures plus tard dans la nuit au guidon de sa Mobylette.
 
 



Extrait de Télé 7 jours pour le programme du 28 février 1976
 

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SIX APPEAL

Par Le Lutin d'Ecouves - 21-10-2016 23:10:36 - Aucun commentaire

 


Trois garçons et trois filles, c'est vraiment l'éclate !

Le récit ICI.

 

 

DANS UN REPLI DU TEMPS

Par Le Lutin d'Ecouves - 16-10-2016 18:46:55 - 5 commentaires

 
Si les matins du monde ressemblent au chant des orgues
Immobiles et pétris par les assauts du temps,
 
 
Si rien ne reste, que nos ombres dans le reflet
Sauvage et fier d'un vaste flot d'indifférence.
 
 
Tu me diras encore la chaleur de l'instant,
Tu me diras enfin que l'univers est nôtre.
 
 
Et je pourrai sentir au creux de ton regard
La douce éternité de notre connivence .
 
 
Et nous pourrons renaître, et nous pourrons danser,
Poussières oublieuses de l'univers immense.
 

Photos prises sur les bords de la Cèze le 28 septembre 2016.

 

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CHEZ DENISE

Par Le Lutin d'Ecouves - 06-10-2016 12:23:03 - 8 commentaires

Carrouges, 4 octobre 2016
 
Cécile a encore prévu trop de nourriture. Il faut dire qu'elle a passé sa vie à faire cuire des gamellées pour une famille de cinq enfants et quelques cousins sans compter les petits en nourrice...
 
Nous ne traînons pas, la mise en bière est pour quatorze heures et Cécile n'a jamais été en retard en quatre-vingt-neuf années d'existence. Elle est plutôt du genre à être en avance, du genre à arriver à midi quand elle est invitée à la demie, "J'vais t'aider à mettre la table, il y a de la vaisselle à faire ?"; je n'oublie pas de plaisanter avec elle avec mon mauvais goût assumé quand elle exprime son indifférence face à sa propre disparition, "Pressez-vous Cécile ! Que voulez-vous que je fasse de l'héritage quand j'aurai passé les quatre-vingts ?". Je ne peux plus la choquer, elle me connaît depuis bientôt quarante-trois ans.

Ils étaient six, tous nés dans une petite ferme juchée tout en haut d'une colline à près de quatre cents mètres d'altitude, la montagne pour un Normand, tous nés de Marie et Julien venus du XIXème siècle, tous nés après le Chemin des Dames et Verdun dont le père avait arpenté la boue et le sang. Ils ne sont plus que trois, Denise s'en est allée.

La colline de Carrouges domine la plaine, la vue est vraiment fabuleuse. Je prends un cliché avec mon téléphone. On devine à droite les lisières d'Ecouves qui ont vu naître et prospérer le Clan. Je pense à ces fins d'été lors desquelles on se retrouvait à plus de quatre-vingts dans la cour de la ferme pour le repas de famille. Ça grouillait, il y avait des enfants partout, du bruit, du pinard et du cidre, du soleil et de la charcuterie, une nature sauvage et des myrtilles à perte de vue. Et des toilettes dans le jardin.

J'ai vu six générations se succéder à partir des grands-parents. Eux, ils ont plié bagage il y a une trentaine d'années. Ceux qu'on appelle les parents entament leur neuvième décennie et nous, les petits-enfants, sommes grand-parents à notre tour et même arrière-grands-parents pour les plus âgés. Ça donne le vertige !

Je reviens vers la maison de retraite, il est temps. La salle mortuaire est trop petite,  mon épouse et sa mère entrent et je reste à l'extérieur mais j'entends quand même l'hommage de Jannick. Avec ses mots simples, la plus jeune des cinq enfants de Denise égrène les anecdotes, des petits bouts de souvenirs, de minuscules instants de vie si lointains mais encore palpitants de l'affection réciproque que se portaient Denise et ses enfants. La vie avait été très dure pour eux, alors ils s'étaient serrés les uns contre les autres pour se tenir chaud. 

St-Martin-l'Aiguillon, nous nous garons sur la place de l'église. Elle est pleine cette église, je me retrouve avec ma femme et ma belle-mère au deuxième rang. La famille proche est dans les stalles mais Cécile qui enterre pourtant sa sœur, préfère cet endroit discret. Elle ne se fait pas d'illusions sur la vie ni sur la mort, la religion lui importe peu et elle n'aime pas faire de cérémonies. Elle est pragmatique. Elle sait qui seront les prochains sur la liste et elle l'accepte volontiers.

Comme d'habitude, il fait froid dans l'église. Le prêtre n'est pas en très bon état mais il fait correctement son travail. Il tire un peu la couverture de son côté, faisant passer la tante Denise pour une paroissienne assidue. Point trop n'en faut mais, après tout, c'est son métier.

L'office dure une heure : debout, assis, debout, assis... puis vient le temps de la bénédiction du cercueil. Comme à chaque fois, nous sommes plusieurs à penser à l'enterrement de la Grand-Mère au début des années quatre-vingts : dans le silence de l'église de la Lande-de-Goult, le goupillon passait de main en main suivi du son cristallin de la monnaie tombant dans le panier de quête ; soudain, le "cling" attendu se transforma en un gros "plouf", une petite fille (maintenant grand-mère) avait confondu vase d'eau bénite et récipient à monnaie. La crise de rire avait eu lieu à la sortie de l'église à l'abri des regards.

Pas de gaffe cette fois-ci, certains font le signe de croix, d'autres s'inclinent, quelques-uns touchent affectueusement le cercueil. En tant que famille, nous devons sortir après celui-ci. Je constate de nombreux yeux rougis parmi les petits-enfants de la défunte. La mort n'a pas encore de sens pour eux et ils expriment ainsi leur désarroi. Ma génération sait déjà l'ordre naturel des choses, quant à Cécile, elle n'exprime que sa dignité et sa sobriété. Un enterrement dans le Clan se doit d'être simple et digne. C'est réussi.
 
Qu'il fait froid dans ce petit cimetière malgré ce beau ciel bleu. Denise rejoint son mari parti il y a bien longtemps. Quelques roses dans la fosse... Nous cheminons enfin vers le village situé à trois ou quatre cents mètres. Une collation nous attend dans la salle communale. Voyant la foule, Cécile a le bon mot : "Denise, elle n'est pas partie toute seule..."
 
Les visages s'ouvrent, ils sont contents de se revoir, surtout ceux de ma génération, les nostalgiques des banquets de la fin août. Bientôt des sourires et même quelques rires timides. Mon épouse est en grande discussion avec ses cousins. Elle a remonté quatre siècles de l'histoire de cette branche familiale, les cousins sont très attentifs ; je passe en plaisantant :

"Y'a pas d'quoi être fiers, vous descendez tous d'un repris de justice, les regards convergent vers moi, ben oui, le Grand-Père, il est passé en jugement au tribunal d'Alençon !
- Et qu'est-ce qu'il a fait ?
- Il a été pris avec un sanglier de contrebande, Josette a retrouvé cette mention sur son livret militaire en cherchant dans les archives de l'Orne."
Les yeux des cousins pétillent d'humour mais aussi de fierté. C'est vrai, ils descendent d'un braconnier légendaire.

Comme à l'accoutumée, je fais un sort aux gâteaux au chocolat. Je passe entre les groupes qui discutent, contents de partager pour un temps un peu de cette ancienne chaleur clanique. Ils sont issus d'une fratrie de six qui est restée soudée jusqu'au bout, pas de jalousies, pas de chicanes, juste quelques frottements, ce qui donne parfois des histoires cocasses.
"... quand il a su que sa fille était enceinte à à peine vingt ans, il a dit :"J'aurais préféré perdre une vache plutôt que d'voir ça !
- Ben oui mais quarante ans après, ils sont toujours ensemble, non ?
- Ben oui, c'est vrai."
Une multitude de destins, de joies et de drames qui ressortent à l'occasion de cette rencontre, une infinité de situations et de points de vue mais un ciment commun : cette tolérance faite de simplicité et de modestie, un respect d'autrui que j'ai rarement vu autre part.

Tous n'ont pas eu une vie rêvée, loin s'en faut, mais aujourd'hui, ils ont accompagné Denise dans sa dernière demeure et chez Denise, il y a toujours quelque chose de chaud qui mijote, quelque chose que chacun ramène chez soi comme un trésor.




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HUMOUR ARDÉCHOIS

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-10-2016 09:30:36 - 2 commentaires

 
Vu à la limite de l'Ardèche et du Gard :
 
 
Les habitants de Vagnas (07) apprécieront...

(Précision : à l'instar d'Aubenas, ville proche, on ne prononce pas le S final de Vagnas. Les dames saisiront la nuance.)

 

Merci à Josette pour son œil exercé.


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TOURS DE COCHON

Par Le Lutin d'Ecouves - 19-09-2016 15:09:42 - 1 commentaire

 

 

Damned, quel événement !

 

Le récit ICI.

 

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