KikouBlog de Le Lutin d'Ecouves - Avril 2014
Le Lutin d'Ecouves

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NAGUÈRE, DES ECOLES - EPISODE 16

Par Le Lutin d'Ecouves - 27-04-2014 20:21:42 - 4 commentaires

Féminisme
 

Les années se suivent et ne se ressemblent pas ; cette année, le CM2 est composé de seize garçons et seulement six filles. De plus, contrairement à l'année précédente, les gars sont plutôt du genre balèze. Même si aucune fille ne présente de difficulté particulière, hors de question pour elles de dominer outrageusement la classe comme celles de la promo précédente. Les gars étant particulièrement gentils, tout se passe bien mais je veille cependant à ce que mes filles ne souffrent pas de leur situation ultra minoritaire.
 
Conscient du rôle de reproduction sociale de l'école, j'ai toujours été attentif à la préservation de l'équilibre entre les sexes, mettant souvent le doigt là où ça fait mal dans ce pays des droits de l'homme qui a trop souvent oublié ceux de la femme.
 
Cela peut prendre la forme de phrases à analyser en grammaire ...
 
Encadre les compléments circonstanciels et indique leur nature :
En France, les femmes ont le droit de vote depuis 1944.
Les femmes turques ont eu le droit de vote dix ans avant les françaises.
 
... ou de phrases amusantes à compléter en orthographe.
 
Ecris as, a ou à :
Mamie … désintégré les monstres avec son parapluie … rayon laser.
 
L'histoire reste la matière privilégiée pour aborder la condition féminine, ce qui me permet de citer le rôle des femmes durant la Révolution ou lors de la Commune de Paris.
 

Considérant que le macho est une insulte à la gent masculine, il y en a un que je ne rate pas, c'est le Napoléon qui, non content de rétablir l'esclavage dans les colonies, prive les citoyennes du peu de droits qu'elles avaient obtenu pendant la Révolution :
 
(extrait de mon cours)
Napoléon définit  la place de la citoyenne dans la société à l’article 1124 du code civil : "Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux." 
 
Voilà une bonne matière à débat ...
 
 
Si, en sport, le rééquilibrage est plus délicat (les garçons courent effectivement plus vite que les filles), les sciences sont parfois sujettes à d'intéressantes découvertes :

S... découvrant les gènes XX des filles et XY des garçons :
"Ah oui, X, c'est les filles donc finalement, il y a de la fille dans le garçon ..."
 
Satisfait de mes efforts en faveur de l'égalité filles/garçons, j'aborde les derniers mois de ma carrière, ignorant qu'entre la satisfaction et la suffisance il n'y a pas plus d'espace qu'entre le X et le Y.

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A un trimestre de la retraite, un incident lors d'une leçon de mathématiques m'a interpellé et mis dans l'embarras :

Situation de départ : les enfants étaient amenés à calculer le temps mis par deux concurrents lors d'un semi-marathon. Il s'agissait d'introduire le calcul sur les nombres sexagésimaux. Quelques enfants défilèrent au tableau, proposant des solutions dont certaines étaient parfois très intéressantes comme celle de N ... qui me calcula ainsi 2h04 - 15 min :

"De 5 pour aller à 14, 9 et je retiens 1 _ 1+1=2, pour aller à 60 = 4, je retiens 1 _ 1 pour aller à 2 = 1. 1h 49 min." 
Bizarre mais imparable !

Après présentation d'autres types de solutions, je proposai les techniques habituelles d'addition et de soustraction qui consistent à transférer des paquets de 60 pour faciliter le calcul.



Je fis un bilan des résultats et des méthodes utilisées et je m'aperçus que, si les 2/3 des garçons avaient réussi dans leurs recherches, aucune des six filles n'avait abouti malgré leurs très bons résultats en maths jusqu'ici. J'étais bien embêté de les avoir mises dans cette situation.

Ce ne fut qu'après discussion et analyse des brouillons que je découvris le pot aux roses : les filles avaient été victimes de leur rigueur. En effet, respectueuses des règles, elles avaient répugné à écrire les unités de temps dans les opérations (ce qui ne se fait jamais pour les autres unités) ; de plus, adeptes du travail propre et bien léché, elles n'avaient pas osé raturer les chiffres comme on doit le faire dans ce genre de calcul.
 
Les garçons avaient réussi grâce à leur plus grande facilité à contourner les règles. Mon enseignement précis et rigoureux avait desservi les filles qui m'avaient fait confiance et suivaient à la lettre mes préceptes.
 
L'incident fut vite oublié mais me donna matière à réflexion sur la façon dont les hommes gravissent les échelons de la réussite sociale.

******

Deux jours plus tard, je m'aperçus que mercredi, c'était l'anniversaire de C... .
"Alors, ma grande, qu'as-tu eu pour tes onze ans ?"

La blonde timide sortit un pied de sous sa chaise pour me montrer une superbe Converse rose. 
"On m'a offert les mêmes chaussures que vous ..."

J'ai pris cela pour un hommage.



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NAGUÈRE, DES ECOLES - EPISODE 15

Par Le Lutin d'Ecouves - 26-04-2014 16:03:14 - 4 commentaires

Question de taille
 
 
Cette année-là, les filles du CM2 dominaient les garçons de la tête et des épaules intellectuellement et physiquement. Véritables canonnières en hand-ball, elles avaient aussi le tir précis et puissant en maths comme en français. A côté de ces graines d'Amazones, mes petits garçons si doux et si gentils faisaient profil bas, tiercelets qu'ils étaient face à ces demoiselles dominatrices.

En cette fin d'année, conformément au programme de sciences, j'abordai la reproduction en zoologie puis en biologie humaine. Plus mûres et plus sûres d'elles, les filles me bombardaient de questions toutes aussi précises les unes que les autres ; questions auxquelles je répondais en nommant les choses de manière rigoureuse, sans circonlocutions ; quand des enfants s'interrogent, on ne tourne pas autour du pot, on appelle un chat un chat, si j'ose m'exprimer ainsi.

Je me suis d'ailleurs maintes fois interrogé à ce propos : pourquoi des enfants de dix-onze ans (des filles majoritairement) posent-ils à leur maître d'école des questions qu'ils ne poseraient pas forcément à leurs parents ? Un ami médecin m'en a donné une explication fort judicieuse :

"En tant qu’enseignant, tu es un neutre, non chargé d'enjeux affectifs. On peut te parler comme au docteur, cela reste sans conséquence pour eux."

N'empêche, cette année les filles faisaient fort et, en observant mes petits garçons du coin de l’œil, je m'aperçus qu'ils étaient un peu effarés par l'inextinguible curiosité de ces demoiselles dont le froid n’atteignait jamais les pupilles. Les pauvres gars, tout intimidés par ces femmes en devenir, ils ne semblaient pas rassurés et, quand face au schéma du système reproducteur féminin, une fille fit remarquer que, d'après ce qu'elle avait vu chez son petit frère, ça n'allait pas le faire (comme on dit chez nous ...), je pris la parole dans l'intention de rassurer un peu les garçons.
 
"Ne vous en faites pas, les organes se développent aussi chez les garçons, même si c'est un peu plus tard que chez les filles.
- Ah oui, et ça prend quelle taille ? me questionne une effrontée, le sourire au coin des lèvres."

Là, je suis coincé, il me fallut répondre pour rester crédible.

"La moyenne mondiale tourne autour de 15 à 16 cm."

Face à moi, un rang complet de filles dont les yeux s'arrondirent puis se baissèrent vers le double-décimètre traditionnellement posé en haut de la table d'écolier. L'une d'entre elles posa même un doigt sur la quinzième graduation pour se faire une idée.

Je profitai du blanc pour passer à autre chose, ne souhaitant pas dépasser les limites de mes attributions pédagogiques. J'observai cependant que mes gentils tiercelets avaient le sourire ...


 

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EN VOITURE, GERMAINE !

Par Le Lutin d'Ecouves - 18-04-2014 18:54:23 - 1 commentaire

 

On savait faire des voitures en ce temps-là !


Dimanche, j'ai grimpé Médavy avec une Ferrari. Le récit ICI.

 

 

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UNE ÂNERIE SANS BORNE

Par Le Lutin d'Ecouves - 04-04-2014 18:43:58 - 18 commentaires

Misère de misère, à mon âge me retrouver dans une telle situation !  Bon, quand on est jeune et qu'il faut se faire remarquer des filles, on est bien obligé sinon on ne se reproduit pas ...
 
Oui, je veux parler des défis stupides que se lancent les jeunes mâles : pour moi, ça a commencé par qui pissera le plus loin, qui grimpera le plus haut (mon record : presque 30 m sur un séquoia à 14 ans), qui se pignolera le plus vite (j'ai perdu) ; puis ce fut des concours idiots du genre emballer la plus moche (je me suis fait jeter) ou picoler le plus pire (j'ai gagné, beuââârk).
 
En fait, je ne me suis pas reproduit plus qu'un autre (plutôt moins) alors, j'ai laissé tomber les challenges à la mormoil et je suis devenu un petit bourgeois comme tout le monde.
 
Bourgeois mais nonobstant sportif ... Dans ce milieu qu'est le monde de la transpiration, les paris débiles et autres gageures absurdes sont légion mais, conscient de mes limites, je n'ai jamais trop ouvert la boîte à clabauderies, laissant mes amis m'entraîner dans d'improbables aventures sportives et néanmoins enrichissantes. Que ce soit Allain ou Philippe le Mustang, j'ai toujours suivi, fréquemment souffert, parfois vomi et quelquefois abandonné. Mais non, rien de rien, je ne regrette rien. Et puis d'abord, je n'étais pas responsable ...
 
Et v'là t'y pas que par crânerie, stupidité, imbécillité, vanité, fatuité, suffisance ou orgueil mal placé, à l'âge avancé de 58 ans, j'ai dit un jour après trois bières : "Pour fêter ma retraite en septembre, je vais faire les 100 km de Millau."

Quel idiot, quel abruti, quelle andouille ! Mais quel ballot ! Qu'est-ce qui m'a pris, moi qui vais être grand-père dans deux mois, de débiter pareille coquecigrue. En vérité, l'âge où l'on bave n'est point à l'abri des balivernes.
 
Enfer et course à pied, maintenant je ne puis plus reculer de peur de me faire ... euh, ridiculiser. Je fus un sot d'adolescent, je me retrouve un sot d'homme avec cette idée crétine d'impressionner mon entourage en me faisant passer pour un surhomme du bitume ; un matamore du macadam, oui !
 
A vouloir se reproduire à tout prix, on reproduit ses erreurs, c'est la malédiction du mâle. Et moi, je n'avais plus besoin de me reproduire.

C'est comme ça que le tranche-montagne de bas étage que je suis, le fanfaron qui m'habite s'est  mis  à remplir un funeste formulaire.
 
 
Chlonk ! Zut, la lettre est dans le fond de la grande boîte jaune de la Poste. Je suis foutu ! 


 

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