UNE MOULE QUI SENT LE POISSON
Le Lutin d'Ecouves

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UNE MOULE QUI SENT LE POISSON

Par Le Lutin d'Ecouves - 07-03-2014 17:01:03 - 4 commentaires


La moule d'eau douce
 

Pas vraiment un sex-symbol, l'animal ... Contrairement à sa cousine marine, la moule d'eau douce n'a pas la frite car elle ne vit pas en colonie sur des rochers mais seule au fond des rivières où elle se livre avec application à sa tâche de filtration de l'eau (50L par jour).
 
 
A l'instar des huîtres, certaines moules d'eau douce comme la mulette produisent parfois des perles (une pour mille) mais ce qui est remarquable, c'est que certains individus peuvent vivre plus d'un siècle et mesurer une bonne trentaine de centimètres de long.

La sexualité de la moule d'eau douce est cependant d'une tristesse infinie.  Le mâle se contente de lâcher ses spermatozoïdes au gré du courant, ce qui n'est pas facile quand on n'a pas de main pour accélérer le processus ; quant à la femelle, elle doit se fier au hasard pour avoir la chance de se trouver sur le passage d'un flux de gamètes mâles et, si l'affaire est faite, elle stocke ses œufs fécondés dans une poche appelée marsupium.
 
Après éclosion, la galère ne fait cependant que commencer pour la future petite moule appelée à ce moment glochidium car elle est incapable de vivre de manière autonome et doit trouver un hôte pour y passer son stade larvaire. En général, il s'agit d'un poisson auquel elle se fixe grâce à des petits crochets dont la plupart des espèces sont pourvues. Une fois accrochée au poisson, la larve va se déplacer jusqu'aux branchies pour s'y fixer.

 
Glochidium de Moule Cygne : On est dans Alien !
Docu Wikipédia
 

Mais voilà, dans le cas de la lampsilis perovalis, les bébés ressemblent bêtement à des moules microscopiques, sans crochets permettant de faire de la varappe sur les poissons. Cependant, Maman a trouvé une parade : elle garde ses bébés après éclosion dans son marsupium auquel des milliers d'années d'évolution a donné la forme d'un petit poisson histoire d'en attirer de plus gros.



Leurré par le marsupium agité par des spasmes, le bon gros ballot de poiscaille s'approche et cherche à gober sa prétendue proie et c'est à ce moment que la moule lui balance la dernière génération dans les branchies où les bébés vont se réfugier et se nourrir en attendant de quitter leur hôte à un âge plus avancé. Le poisson, ça va le gratter un moment ...

Branchies infectées par des glochidia (c'est au pluriel)
 

Une petite vidéo de l'attrape-nigaud :

Musique : Edgar Froese
 

Renseignements et docus tirés en partie du site du FMCS.
 

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4 commentaires

Commentaire de Benman posté le 07-03-2014 à 18:42:00

Ah, un flyer du Lutin, ça fait du bien. Décidément, tu ne rentres pas dans le moule pour nous démouler ce billet qui a la frite. Bizarrement quand je regarde le film, je me dis que la moule commence sa vie comme un morpion... Finalement, c'est cohérent.

Commentaire de Arclusaz posté le 07-03-2014 à 21:39:15

Un titre tout en poésie.... et on se couchera encore moins cons ce soir grâce à toi.

Franchement, le marsupium en forme de poisson, c'est bluffant !

merci Maître

Commentaire de jepipote posté le 11-03-2014 à 06:52:57

j'suis un peu déçu, quand j'ai vu le titre je m'attendais à autre chose :) ça fait du bien de te lire quand même !!

Commentaire de PhilKiKou posté le 13-03-2014 à 15:21:43

État des populations (avant d'aller à la pêche aux moules.. )
( http://baladesnaturalistes.hautetfort.com/archive/2010/04/17/la-moule-perliere-d-eau-douce.html )

Cette moule constitue un excellent indicateur écologique. L'habitat de la Moule perlière correspond à des eaux fraîches, courantes, pauvres en calcaire, à fond de gravier ou de sable mais dépourvu de vase. Elle tolère très mal la présence de phosphates, ne supporte pas des eaux avec plus de 5 mg/l de nitrate et ne peut se reproduire avec plus de 1 mg/l ! (rappelons que la norme autorisée est 50 mg/l).
En tant que filtreur, elle accumule de nombreux toxiques (métaux lourds, pesticides...) qui peuvent la tuer ou nuire à ses capacités de développement et de reproduction. Il est possible que les perturbateurs endocriniens soient également un facteur de régression de l'espèce, comme c'est démontré pour d'autres mollusques.
La création de lacs de retenue (absence de courant), de microcentrales électriques (changement des débits), les pratiques agricoles (eutrophisation des cours d'eau, pollution par les pesticides, augmentation de l'érosion des sols et par suite de la turbidité), ainsi que l'introduction de truites arc-en-ciel (impropres au développement du glochidium) ont entraîné la quasi-disparition de cette espèce sur pratiquement toute son aire de répartition.
D'où le statut particulier de cette espèce, qui relève de l'annexe III de la Convention de Berne et sa cotation UICN : menacée d'extinction.

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