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CORONANNIVERSAIRE

Par Le Lutin d'Ecouves - 01-04-2020 15:46:49 - 13 commentaires

 1er avril 1978
 
En fait, nous ne nous sentions pas vraiment concernés par le mariage, nous étions peu adeptes de ces institutions héritées de nos parents nés dans les années vingt mais, au bout de dix-huit mois de vie commune, le problème se posa pour des raisons professionnelles. 
 
Josette émergeait de l'ENA (Ecole Normale d'Alençon) et j'y plongeais : notre carrière d'instituteurs laïques gratuits et obligatoires débutait. Eh oui, à l'époque, on pouvait se retrouver responsable à vingt ans d'une classe de trente gamins et vivre d'un traitement de fonctionnaire aussi maigre qu'un sandwich SNCF mais suffisant pour de jeunes adultes dont les besoins se limitaient à un peu de nourriture et deux ou trois fringues. Or, la question des postes se posait...
 
Dans l'Orne, jeune instit voulait et veut toujours dire perdu dans la cambrousse et, à cette époque, il n'était pas question d'obtenir de mesures de rapprochement de conjoint si justement on n'était pas conjoints. Sans parler des fameux postes doubles avec logement (en mauvais état) de fonction réservés exclusivement aux couples mariés. Il fallait donc que l'on se marie.
 
Au bureau de l'état-civil de la mairie d'Alençon, nous avions eu le choix entre le samedi 1er et le samedi 8 avril. Nous avions trouvé très amusant de nous marier un 1er avril, un pied de nez aux valeurs institutionnelles de nos parents en quelque sorte. Nous vivions comme si le temps n'existait pas sans penser aux conséquences de nos actes. L'idée même de fonder une famille ne nous avait pas effleuré et d'ailleurs notre fille ne devait arriver que presque sept ans plus tard

Ma future épouse étant fille de couturière, sa mère avait tenu à lui faire un ensemble jupe-boléro bordeaux, surtout pas blanc car c'était la couleur traditionnelle du mariage. J'étrennai ce jour mon premier costume payé par ma mère, il était bleu et en velours. Très années soixante-dix comme la moustache que je portais surtout pour me vieillir. A vingt et vingt-deux ans, dans la vie active, il faut pouvoir être pris au sérieux et certains artifices peuvent servir.
 
Il faisait un temps de  mars ce samedi d'avril avec des rafales de vent et des giboulées. Cérémonie à la mairie (surtout pas à l'église, ce qui fit se désister les grands-parents de Josette nés à la fin du XIXème siècle) puis vin d'honneur chez ma mère. Mon copain et témoin Daniel avait déniché une connaissance qui était équipé d'un réflex, appareil de luxe à l'époque, et qui voulait bien faire les photos du mariage car nous étions trop pauvres pour nous payer un professionnel. Le gars tirait lui-même ses clichés couleur et il avait certainement utilisé des produits périmés car les photos furent toutes ratées, couvertes d'une brume rougeâtre du plus mauvais effet. Nous nous en fichâmes, le souvenir n'avait pas d'importance pour nous.
 
Repas du soir chez Chalumeau, le restaurant ouvrier à côté de chez mes beaux-parents. Parents, frères et sœurs avec leur marmaille plus les témoins et un oncle par famille, nous étions trente. Inviter toute la famille de mon épouse tontons, tatas et cousins et nous dépasserions la centaine, pas possible pour le budget.
 
Vers deux heures du matin, avec plus d'un gramme d'alcool dans le sang comme cela se faisait à l'époque, nous étions partis nous coucher et puis voilà. Nous étions mariés et cela n'eut pas d'autre conséquence qu'administrative.
 
L'âge venant, les restaurants devenant plus abordables pour nous, nous prîmes l'habitude de fêter ce poisson d'avril plus dignement. Mon meilleur souvenir étant cette petite cabane au bord de l'immense plage de Bordeira sur la côte vincentine au Portugal. Nous avions fêté nos quarante ans de mariage d'une daurade pêchée le matin même par le restaurateur accompagnée d'une bouteille de vinho verde. Une repas de fête simple comme le fut notre mariage.
 
Cette année c'est 42 qui comme chacun le sait est la réponse à la grande question sur la vie, l'univers et le reste. Drôle d'anniversaire confiné... j'ai quand même acheté un gâteau en allant chercher le pain. La queue faisait dix mètres de long, nous étions cinq à attendre. Je suis ensuite allé chez le traiteur acheter du gratin de poisson. Ça s'impose.
 
Un anniversaire de mariage en ces temps de privation de liberté ça finit un peu en queue de poisson. Mais après tout, nous prenons cela avec légèreté comme nous le fîmes en ce jour de 1978.

 
 
 

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